Centre sportif: Gatineau versera 13,4M$ à Decarel

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La Ville de Gatineau versera la somme de 13,4 millions $ à l'entrepreneur Decarel dans le dossier du centre sportif.

Patrick Woodbury, LeDroit

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La Ville de Gatineau et l'entrepreneur Decarel ont finalement mis fin à quatre années de guerre juridique sans merci, mardi, grâce à un règlement hors cour dans le dossier du centre sportif.

L'entente survenue à la fin janvier lors d'une conférence de règlement à l'amiable présidée par le juge en chef de la Cour supérieure du Québec prévoit que la Ville de Gatineau devra payer la somme de 13,4 millions $ à Decarel, ce qui comprend les 4,2 millions $ toujours retenus par la municipalité.

De son côté, Decarel s'engage à corriger, à sa charge, et selon un mécanisme d'arbitrage prévu à l'entente, les déficiences au centre sportif. Ainsi, l'immeuble obtiendra notamment sa certification LEED. L'entrepreneur obtiendra aussi la radiation de 14 hypothèques légales grevant le centre sportif.

Cette entente «de la dernière chance» permet donc aux contribuables gatinois d'éviter un long et coûteux procès au cours duquel la Ville de Gatineau serait visiblement sortie perdante. Decarel poursuivait la Ville pour 24,7 millions $. Gatineau poursuivait de son côté Decarel et son assureur pour une somme de 9,3 millions $. Toutefois le centre sportif qui, en 2008, devait coûter 42 millions $ aux Gatinois, leur aura finalement coûté 52 millions $ et 1,4 million $ en frais juridiques et d'arbitrage.

«Une bonne nouvelle»

«Nous avions la volonté de tourner la page sur ce dossier, a lancé le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Si on ne réglait pas, on s'en allait directement dans un long procès qui aurait été très difficile pour tout le monde, un procès qui nous aurait coûté à lui seul plus de 1 million $. Selon moi, ce règlement est une bonne nouvelle pour les contribuables gatinois.»

Même le système judiciaire lui-même ne voulait pas d'un tel procès, a laissé entendre le maire de Gatineau. Cela expliquerait d'ailleurs la présence du juge en chef François Rolland pour présider les rencontres menant au règlement à l'amiable. «Son intervention démontre l'envergure de la poursuite, a noté M. Pedneaud-Jobin. Dans le système judiciaire, un an de procès, c'est une charge énorme pour bien des gens et c'est un coût important. Un adage dit qu'une mauvaise entente vaut mieux qu'un bon procès. On est un peu là-dedans.»

Le maire de Gatineau est demeuré évasif sur les leçons que devra retenir l'administration municipale du dérapage lié au centre sportif. «Il est tôt pour dire quelles seront les leçons apprises, a indiqué le maire Pedeaud-Jobin. Les services vont faire cette analyse, notamment les gens qui vont constituer le Bureau des grands projets. Je ne tiens pas pour acquis que le blâme va tout d'un côté ou de l'autre. Les Gatinois peuvent s'attendre à ce qu'on porte un jugement sur ce qui s'est passé, sur ce que nous avons fait et sur nos relations avec nos partenaires, et nous allons le faire.»

D'ici là, le maire de Gatineau préfère se rattacher au fait que, selon lui, les Gatinois profitent d'un des «plus beaux centres sportifs en Amérique du Nord». Plus de 12 500 personnes s'y rendent chaque semaine, a-t-il souligné. «Ça permet de mettre Gatineau sur la carte, ça attire des compétitions, dit-il. Pour notre argent, nous avons une belle infrastructure.»

Futur centre multifonctionnel: Gatineau joue «comme les Seahawks»

L'entente hors cour survenue entre Gatineau et Decarel aura un impact direct sur 14 sous-traitants qui attendaient toujours d'être payés pour les travaux qu'ils ont effectués au centre sportif. 

Richard LeBlanc, avocat spécialisé dans les dossiers liés au domaine de la construction, s'attend à pouvoir régler le dossier de ses clients d'ici environ trois mois. Ce dernier représente quatre sous-traitants qui ont intenté une poursuite contre Decarel. «Nos négociations sont déjà bien amorcées, dit-il. Certaines choses restent à ficeler, mais ça devrait aller vite. Mes clients sont heureux, même s'ils ne retrouveront pas la totalité de leur dû.»

Me LeBlanc se permet toutefois de douter de la qualité de la réflexion que fera la Ville de Gatineau. La Ville dit vouloir tirer des leçons de cette mésaventure. L'avocat spécialisé estime que l'exercice est bien mal amorcé. «Gatineau va maintenant vouloir se faire les dents et gagner de l'expérience avec le centre multifonctionnel, dit-il. C'est parti tout croche. Séparer le centre multifonctionnel en deux lots est une aussi bonne décision que celle prise par les Seahawks de Seattle de lancer le ballon lors du dernier jeu du Super Bowl, dimanche dernier. Ça ne marchera pas et ça va coûter très cher à la Ville. Il n'y a absolument personne dans l'industrie qui pense que c'est une bonne idée.»

Selon lui, la Ville de Gatineau devrait plutôt tenter de reconstruire les ponts avec l'industrie de la construction, plutôt que de la suspecter et de tenter de la surveiller. «Quelle sera l'expérience des gens au Bureau des grands projets?, demande-t-il. Gatineau ne prend pas le temps de réfléchir et de faire confiance aux gens dans l'industrie capable de l'aider à faire les bonnes choses.»

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