Gatineau se trompe, disent les entrepreneurs généraux

Si pour la Ville de Gatineau, le Bureau des soumissions déposées du Québec... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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Étienne Ranger, Archives LeDroit

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Si pour la Ville de Gatineau, le Bureau des soumissions déposées du Québec (BSDQ) est un outil qui doit aider à faire baisser les prix de ses projets d'infrastructures, pour les entrepreneurs généraux, ce n'est rien de moins qu'un «incitatif à la collusion».

Gatineau est la première ville au Québec à forcer le dépôt de toutes les soumissions des sous-traitants au BSDQ, a appris LeDroit. «Il y a assurément bien des yeux tournés vers Gatineau, en ce moment, pour voir comment ça va se passer», note le directeur général du BSDQ, Guy Turcotte.

«Ça ne marchera pas», annonce pour sa part un entrepreneur général à l'opinion bien arrêtée sur le BSDQ. Ce dernier, qui désire conserver l'anonymat, affirme n'avoir aucune confiance au système du BSDQ. «Si ça coûte moins cher, dit-il, ce sera parce que la Ville aura modifié des éléments de son projet, notamment en utilisant plus d'acier et moins de béton dans la superstructure.»

Des pressions pour ne pas s'assujettir au BSDQ

Les entrepreneurs généraux contactés par LeDroit ne s'en cachent pas: ils ont fait des pressions auprès des sous-traitants, par le passé, pour ne pas que ces derniers assujettissent leur spécialité respective au BSDQ.

«Ça a toujours été une source de discorde entre les entrepreneurs généraux et les sous-traitants, affirme Raymond Brunet, de la firme Ed Brunet. Devant une compétition limitée, un sous-traitant peut déposer un prix complètement au-dessus du marché et être le plus bas soumissionnaire quand même. Mais je dois prendre son prix et je n'ai pas le droit de négocier. Ce sont les règles du BSDQ et à ce que je sache, le BSDQ n'a pas pu empêcher la collusion ailleurs.»

Guy Turcotte rappelle que l'organisation qu'il dirige a été fondée pour empêcher les entrepreneurs généraux de marchander avec les sous-traitants, sans aucune transparence. «Le retrait du BSDQ provoquerait l'anarchie totale dans l'industrie de la construction, surtout pour les projets publics, avance M. Turcotte. L'absence presque totale d'assujettissement régional chez vous a de bonnes chances de rendre les choses plus chaotiques que n'importe où ailleurs au Québec. C'est certain que ce qui se passe en Outaouais n'est pas à l'avantage du contribuable.»

À couteaux tirés

La Corporation des entrepreneurs généraux du Québec s'est attaquée au BSDQ devant les tribunaux à de nombreuses reprises, sans toutefois avoir eu gain de cause. Dans son mémoire déposé à la Commission Charbonneau, en juillet, la Corporation dépeint le BSDQ comme «un incitatif à la collusion lorsque le niveau de concurrence n'est pas élevé».

Cette situation survient régulièrement en région, soutiennent les entrepreneurs généraux contactés au cours des derniers jours. Ils avancent, par exemple, que certaines entreprises de peintres se servent du BSDQ pour contrôler les prix et le marché dans la région.

«C'est toujours comme ça quand il y a peu compétition dans une spécialité», affirme un des entrepreneurs contactés. La corporation a même cité en exemple les peintres de l'Outaouais devant la Commission Charbonneau. La peinture est la seule spécialité assujettie régionalement au BSDQ.

La Corporation des entrepreneurs généraux du Québec reproche au BSDQ d'être devenu, avec les années, «un club privé qui fixe les règles non seulement de dépôt et d'acheminement des soumissions, mais également de qualification des entrepreneurs spécialisés et de conformité de leurs soumissions destinées principalement aux projets d'infrastructures publiques».

Seulement 15% des entrepreneurs en construction au Québec sont inscrits au BSDQ, confirme M. Turcotte.

«Mais il n'y a aussi que 15% des entrepreneurs en construction au Québec qui embauchent cinq employés et plus», dit-il. Les entrepreneurs susceptibles de pouvoir travailler sur un chantier public d'envergure comme celui du centre multifonctionnel de Gatineau sont, en très grande majorité, enregistrés au BSDQ.

Mabelanger@ledroit.com

Il reçoit et achemine des soumissions d'entrepreneurs spécialisés de l'industrie de la construction pour les entrepreneurs généraux. Il repose sur l'application d'un code moral et éthique que les participants s'engagent à respecter. Il a été fondé en 1967 afin de favoriser une saine concurrence dans l'industrie de la construction. Certaines spécialités sont assujetties à travers la province, tandis que d'autres, une vingtaine, relèvent d'une volonté régionale. C'est là que l'Outaouais se distingue. Une seule spécialité régionale est assujettie, soit la peinture.

Fondé en 1996, cet organisme est voué exclusivement à la défense des droits des entrepreneurs généraux. Elle se distingue par sa vision patronale et son discours est entièrement ciblé sur les problématiques affectant directement les intérêts patronaux de ses membres.

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