La moitié des contrats à cinq entreprises

La Ville de Gatineau n'échappe pas à la concentration des contrats de... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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La Ville de Gatineau n'échappe pas à la concentration des contrats de construction. Près de 40% des contrats de pavage, égout et aqueduc ont été remportés par les trois mêmes entreprises depuis 10 ans, dont deux pointées du doigt à la commission Charbonneau.

LeDroit a scruté à la loupe la liste des contrats octroyés par la Ville de Gatineau entre 2002 et 2012. Notre analyse révèle que 119 des quelque 300 millions de$ dépensés en contrats d'infrastructures ont été confiés à Les Constructions CJRB, Construction Lafarge et Construction DJL. En ajoutant les contrats décrochés par Équinoxe JMP et Construction Edelweiss, plus de la moitié des travaux ont été l'affaire de seulement cinq entreprises depuis la fusion municipale.

Derrière le groupe des cinq, une dizaine d'autres entreprises ont totalisé entre 1 et 20 millions de travaux au cours de la dernière décennie. La concentration des contrats semble donc moins marquée ici que dans la région de Montréal. À Longueuil, c'est un petit groupe de cinq entreprises, dont Construction DJL présent à Gatineau, qui se partagent les deux tiers des contrats de pavage, trottoirs, aqueducs et égouts. Le nouveau directeur général de la Ville de Longueuil a confié à La Presse qu'il lui faudra mieux encadrer les appels d'offres.

À la Ville de Gatineau, on a refusé hier de commenter les résultats de notre compilation et de répondre à nos questions. On assure toutefois respecter «les règles d'adjudication des contrats» dans une réponse que nous a transmise par courriel le Service des communications. Ce courriel cite également le rapport du vérificateur général Alain Girard, selon qui la «Ville a mis en place des mesures de contrôle qui dépassent ses obligations légales et ses politiques».

Enquête

En 2004, DJL et Lafarge ont fait l'objet d'une enquête de la Ville de Gatineau parce que les prix pour l'asphaltage des routes étaient nettement plus élevés qu'ailleurs au Québec. Pendant cinq ans, les deux compagnies avaient été les seules à soumissionner sur les appels d'offres lancés par la Ville pour s'approvisionner en asphalte. L'ex-grand patron de l'Unité anticollusion (UAC), Jacques Duchesneau, a cité DJL comme faisant partie d'un cartel de l'asphalte lors de son passage à la commission Charbonneau. Quant à CJRB, elle a aussi fait l'objet d'allégations, entre autre lors du témoignage de l'ex-entrepreneur Lino Zambito.

Profiter de la manne

Les Constructions CJRB figurent au sommet de notre compilation. L'entreprise a récolté 42 millions de contrats depuis la fusion, une moyenne de 4,6 millions par année. Exception faite de 2006-2007, elle n'a jamais récolté moins de 1,6 million par année. CJRB a su profiter de la manne des programmes d'infrastructures fédéral-provincial en 2009-2010. Durant cette seule année-là, elle a récolté des contrats d'une valeur de 23,8 millions à Gatineau, principalement pour la réfection d'aqueducs et d'égouts au centre-ville. Fait à noter, ce montant comprend des «extras» d'une valeur de 745000$, ou 3%.

Construction DJL a aussi fracassé des records cette année-là. L'entreprise a remporté des contrats de 6,8 millions à Gatineau, notamment pour la réfection de services municipaux au centre-ville et la reconstruction du boulevard Gréber. DJL a toutefois connu ses années les plus fastes au début de la fusion. Elle a remporté des contrats d'une valeur de 18 millions entre 2003 et 2005, notamment pour la réfection des boulevards Maisonneuve et Saint-Laurent et l'élargissement de la montée Paiement. En 10 ans, DJL a réclamé des extras de 357610$ à la Ville de Gatineau.

Construction Lafarge a pour sa part été un joueur majeur, avant de s'effacer graduellement du paysage municipal à Gatineau. L'entreprise a connu son année la plus lucrative en 2007-2008 en décrochant des contrats d'une valeur de 12,7 millions pour la réfection de rues et de services municipaux. À titre de comparaison, l'entreprise n'a décroché que 593000$ l'an dernier.

Liste à la commission Charbonneau

Pour les fins de ce reportage, LeDroit s'est servi de la liste des contrats municipaux remise aux médias par le maire Marc Bureau, voilà deux semaines. La Ville de Gatineau avait auparavant refusé de divulguer cette liste de contrats et les dépassements de coûts qui y étaient associés en réponse à une demande d'accès à l'information du groupe Gesca (dont fait partie LeDroit).

Un spécialiste en analyse et en développement d'applications de base de données, Jean Philippe Richer, nous a offert sa précieuse collaboration. Il nous a aidé à trier les informations, ce qui nous a permis de compiler les données et d'effectuer certains recoupements.

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