La renaissance d'une industrie - pourtant bien présente autrefois, par ses brasseries des deux côtés de la rivière - a toutefois traîné de la patte, alors que des projets de microbrasseries et de commerces voués au culte de la bière artisanale ont vu le jour un peu partout au Québec depuis 20 ans. Le nombre de « broue-pubs » et de microbrasseries possédant de l'équipement de brassage opérationnel se rapproche de la centaine, calcule Mario D'Eer. Pas tous ont leur permis commercial, mais la volonté y est certes, ajoute-t-il.
Avant l'ouverture de la microbrasserie Les Brasseurs du Temps (BDT), en 2009, l'Outaouais et la Côte-Nord s'avéraient les deux seules régions du Québec sans identité artisanale depuis le boom brassicole des années 1990.
« C'était difficile d'acheter ou d'obtenir de façon générale un permis de brassage en Outaouais », explique Alain Geoffroy, président de BDT.
Le moratoire imposé à cette période par l'ancienne Ville de Hull sur l'octroi de permis d'alcool a largement contribué aux retards et au développement de microbrasseries. Dans les années 1980 et 1990, la promenade du Portage, communément appelée la « strip de Hull », était reconnue mondialement pour ses « débordements alcooliques ».
Ça explique un peu pourquoi les élus gatinois ont hésité avant d'embarquer dans l'aventure du BDT. Ils ne connaissaient pas nécessairement le phénomène des microbrasseries, axé sur la dégustation et non la consommation excessive, estime Alain Geoffroy.
« Il faut arrêter de penser que la bière est pour les alcooliques. Les BDT ont réussi à mettre la bière au sein de la culture des gens de l'Outaouais », renchérit le Gatinois Philippe Wouters, sommité incontestée de la bière.
Question d'éducation
Le bistro L'Autre Oeil du secteur Aylmer a également fait sa part dans l'éducation brassicole régionale. Le bar de bières spécialisées a vu le jour en juin 1998, avec 23 cervoises à sa carte. Depuis 14 ans, son menu a franchi le cap des 550 bières et les enseignements se sont multipliés auprès des clients qui demandaient habituellement « une Bleue » ou « une Ex. »
« Nous ne sommes pas les premiers à avoir innové. Mais je suis fier de dire que nous avons pris en charge le développement et l'éducation au chapitre de la bière, car personne d'autre ne le faisait », indique Daniel Lagacé, propriétaire du bistro.
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