Charlottesville : deux Québécois étaient de la manifestation néonazie

Shawn Beauvais-MacDonald (à gauche) a manifesté samedi dernier aux... (Edu Bayer, The New York Times)

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Shawn Beauvais-MacDonald (à gauche) a manifesté samedi dernier aux côtés de suprémacistes blancs et de néonazis américains à Charlottesville.

Edu Bayer, The New York Times

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne

Au moins deux Québécois ont fait la route jusqu'à Charlottesville, en Virginie, pour se joindre au camp des suprémacistes blancs lors du rassemblement qui a dégénéré et fait une victime, la semaine dernière.

L'un d'entre eux a fustigé la publication, sur une page Facebook antifasciste, d'une capture d'écran tirée d'un reportage tourné lors des événements de la semaine dernière où l'on voit son visage.

«Ces gens sont des idiots qui veulent faire avancer le récit des médias mondialistes pour faire taire toute personne qui est à droite du centre», s'est insurgé en anglais Shawn Beauvais-MacDonald sur sa page Facebook, mercredi.

La veille, il avait été suspendu du groupe d'extrême droite La Meute, dont il faisait partie.

«Shawn Beauvais-MacDonald était un membre de La Meute, mais d'un commun accord nous l'avons sorti du groupe hier le temps de faire la lumière sur cette affaire», a écrit mardi soir à La Presse canadienne le porte-parole de l'organisation, Sylvain Brouillette.

«Il se défend d'avoir été avec un groupe de suprémacistes blancs, il dit que c'est de la désinformation des médias anti-Trump. Nous n'étions pas là, alors ce n'est pas évident de savoir la vérité», a-t-il ajouté.

Quoi qu'il en soit, a insisté M. Brouillette, La Meute «se dissocie formellement des groupes de suprémacistes blancs, des groupes racistes et des groupes violents de toute orientation politique».

L'autre Québécois qui a fait le déplacement en Virginie est Vincent Bélanger-Mercure. «Je l'ai surtout fait «For the lulz», c-à-d que je m'attendais à y (être) diverti et ce fut bel et bien le cas», a-t-il écrit dans un échange de messages privés avec La Presse canadienne, mercredi.

Il a soutenu qu'il s'était rendu au rassemblement «Unite the Right» («Unissons la droite») pour protester contre le retrait d'une une statue équestre du général sudiste Robert Lee, qui a commandé les troupes confédérées durant la Guerre de Sécession.

Le biologiste se défend d'être un suprémaciste blanc. «Mais j'ai pas non plus honte d'être blanc», a-t-il écrit. «Je crois qu'en tentant d'uniformiser toutes les cultures par la globalisation, on fait disparaître de la beauté du monde», a ajouté Vincent Bélanger-Mercure.

Les jeunes hommes ont été aperçus dans un reportage réalisé par le média Vice en collaboration avec HBO sur les événements de Charlottesville, qui ont été condamnés par de nombreux politiciens à travers le monde.

Leur photo et celle de trois autres «présumés» Québécois ont été publiées sous forme d'avis de recherche, en quelque sorte, sur la page Facebook anti-Pegida Québec. La personne qui gère la page en question n'a pas voulu dévoiler son identité, ni s'entretenir au téléphone.

Dans un échange de messages privés, elle a soutenu «qu'il est important de dénoncer ce type de comportement» parce que ces gens «pourraient éventuellement poser des actes dangereux pour la population» et que «c'est le devoir des citoyens de dénoncer cela».

La manifestation en Virginie a donné lieu à de violents affrontements entre le camp composé de groupes néonazis et de membres du Ku Klux Klan (KKK) et l'autre camp, qui était composé de militants opposés aux positions de ces personnes se réclamant de l'»alt-right».

Les violences ont dégénéré au point où un homme a tué une jeune femme et blessé plusieurs autres personnes en fonçant avec son véhicule sur la foule. Le suspect, James Alex Fields fils, a été arrêté et fera face à plusieurs accusations, dont une de meurtre non prémédité.

Le premier ministre Justin Trudeau a réagi à cette flambée de violence sur Twitter dimanche dernier. «Le Canada n'est pas à l'abri du racisme et de la haine. Nous les condamnons sous toute forme et appuyons les victimes de Charlottesville», a-t-il écrit.

Du côté de Québec, certains politiciens, dont la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, ont dit s'inquiéter de la montée de l'extrême droite, alors qu'un rassemblement organisé par La Meute doit se tenir dans les rues de la capitale, dimanche.

Il y a effectivement une montée de cette mouvance au Québec et au Canada, selon David Morin, vice-doyen aux études supérieures et aux affaires internationales de l'Université de Sherbrooke et codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent.

«Il y a un discours d'extrême droite qui est beaucoup plus audible à l'heure actuelle au Canada. (...) On sent une tentative de normaliser un certain discours qui converge vers ce qu'on entend généralement dans l'extrême droite», a-t-il exposé en entrevue avec La Presse canadienne.

La situation au Canada, où l'on dénombre entre 500 et 1000 militants d'extrême droite radicaux, selon des études citées par le professeur Morin, n'a cependant aucune commune mesure avec celle aux États-Unis.

«Dans le cas des États-Unis, ça ne surprend personne; en tout cas, je suis surpris que les gens soient surpris. L'extrême droite américaine est organisée, présente depuis des décennies, elle a commis parmi les principales attaques contre le gouvernement américain», a-t-il lâché.




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