Violence sexuelle: les refuges du Nord n'ont qu'une faible part du financement fédéral

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Le gouvernement libéral s'est engagé à verser 89,9 millions $ sur deux ans dans le budget de 2016, pour la construction ou la rénovation de refuges et de maisons de transition pour les personnes voulant fuir la violence familiale.

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Joanna Smith
La Presse Canadienne

Le Nord du Canada est désavantagé lorsque vient le temps de distribuer du financement fédéral pour réduire la violence fondée sur le sexe, affirment des militants, qui déplorent que les sommes soient versées selon la taille de la population d'une région, plutôt que selon les besoins.

«Lorsque je vais à des rencontres dans d'autres refuges ailleurs au Canada, j'entends parler de ces refuges qui sont construits (ou rénovés) grâce aux sommes versées pour les rénovations, et je me dis: «Oh wow! Qu'en est-il du Nord?»», raconte Lyda Fuller, directrice générale du YWCA Yellowknife.

Le gouvernement libéral s'est engagé à verser 89,9 millions $ sur deux ans dans le budget de 2016, pour la construction ou la rénovation de refuges et de maisons de transition pour les personnes voulant fuir la violence familiale. L'investissement a également été mentionné dans la Stratégie du Canada pour prévenir et contrer la violence fondée sur le sexe, lancée récemment.

La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), par qui le financement est distribué, a divisé les sommes entre les provinces et les territoires, qui n'avaient pas à doubler les fonds pour recevoir leur part. L'argent a toutefois été distribué selon le modèle de financement par habitant, ce qui signifie que la somme reçue était proportionnelle à la population de la région.

L'Ontario, qui compte environ 14 millions de résidants, a ainsi reçu environ 28 millions $ pour la période de deux ans. De leur côté, chacun des trois territoires, dont la population totale est de 120 000 habitants, n'a reçu qu'un peu moins de 500 000 $ pour la même période.

Lise Martin, directrice générale d'Hébergement femmes Canada, précise que l'argent était bienvenu, mais que les petites sommes versées aux territoires rendent difficile d'y construire de nouveaux refuges et encore plus de trouver de l'argent pour assurer leur fonctionnement.

«C'est (un financement) plus que nécessaire, mais ça n'aura pas beaucoup d'impact sur la capacité d'accueil, pour ce qui est de créer de nouvelles places», explique-t-elle.

Un plan national réclamé

Mme Martin fait partie des militants qui souhaitent la création d'un plan d'action national pour lutter contre la violence fondée sur le sexe, un plan qui irait plus loin que la stratégie fédérale, en assurant un accès équitable à des services comparables, peu importe où l'on réside.

Mathieu Filion, porte-parole du ministre du Développement social Jean-Yves Duclos, a laissé entendre que ces enjeux pourraient être inclus dans la stratégie nationale sur l'habitation, prévue pour plus tard cette année.

«La stratégie nationale sur l'habitation permettra de nous assurer que davantage de Canadiens, incluant les survivants de violence familiale, auront accès à un logement qui répondra à leurs besoins et qui sera abordable», a-t-il expliqué par courriel.

Les territoires présentent les plus hauts taux de violence familiale au pays.

Selon Statistique Canada, on a rapporté à la police une moyenne 241 incidents de violence familiale par 100 000 habitants au Canada en 2015. Le Nunavut affiche la moyenne la plus élevée, avec 2504 incidents par 100 000 habitants, tandis que les Territoires du Nord-Ouest en ont 1938 et le Yukon, 731.

L'Ontario, avec 150 incidents par 100 000 habitants, présentait la moyenne la plus basse cette année-là.

Jonathan Rotondo, porte-parole de la SCHL, a précisé qu'au 31 mars, les 60 millions $ alloués pour la première année de financement ont servi à construire 325 nouveaux lits ou unités dans des refuges et des maisons de transition à travers le pays. Des réparations ou rénovations ont touché environ 4006 places additionnelles.

La Société d'habitation des Territoires du Nord-Ouest affirme que sa part du financement pour l'exercice 2016-2017 s'est élevée à 315 789 $, une somme utilisée pour effectuer «des réparations et rénovations urgentes» dans quatre des cinq refuges du territoire. Une somme de 157 368 $ doit être versée au territoire cette année.

Le YWCA Yellowknife gère également le refuge de Fort Smith, et Lyda Fuller, qui souhaite pouvoir offrir un accès aux personnes en fauteuil roulant, affirme que la société d'habitation du territoire a choisi d'utiliser l'argent pour des améliorations de base, comme le remplacement du réservoir à mazout.

«Nous avons retiré un tapis vieux de 35 ans!, s'exclame-t-elle en riant. Pas de nouveaux lits.»

La Société d'habitation du Nunavut dit avoir dépensé environ 395 000 $ en réparations et pour des améliorations dans deux refuges du territoire, et conserve les 78 000 $ restants pour les urgences ou des travaux additionnels.

La Société d'habitation du Yukon, de son côté, a décidé d'utiliser ses 473 166 $ pour un programme permettant à des organisations non gouvernementales de demander des subventions. Le directeur des politiques et des communications de l'organisme, Tim Sellars, indique que 170 000 $ ont été remis jusqu'à maintenant.




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