«Chatte», «boules», «queue», #gardecapourtoi

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« Ta chatte », « tes boules », « ta queue », #gardecapourtoi. C'est en utilisant le langage des jeunes que le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) souhaite les sensibiliser aux conséquences des sextos dans le cadre d'un programme de prévention unique au Québec.

Aussi connu sous le terme anglais sexting, le sextage fait des ravages chez les adolescents. Tant chez ceux qui participent que chez ceux qui sont victimes de cette pratique qui consiste à utiliser un appareil mobile pour créer, échanger ou transmettre des messages textes à caractère sexuel.

Les statistiques parlent d'elles-mêmes. Depuis 2014, le SPVG a traité plus de 80 dossiers de pornographie juvénile liés au sextage. C'est plus de la moitié de l'ensemble des dossiers de pornographie juvénile.

Pendant ce temps, un jeune sur trois admet avoir déjà envoyé ou reçu un sexto. Et un sur cinq dit avoir déjà partagé un sexto qu'il a reçu. « Ça veut dire qu'un jeune sur cinq pourrait être accusé de distribution de pornographie juvénile », prévient le SPVG sur l'une des affiches dévoilées dans le cadre du lancement de son programme de prévention.

Une affiche qui sera utilisée durant cette campagne... (Courtoisie, SPVG) - image 2.0

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Une affiche qui sera utilisée durant cette campagne de sensibilisation.

Courtoisie, SPVG

D'autres affiches combinent des images en apparence banale - une chatte, la queue d'un lézard, des boules de billard et de quilles - afin de faire référence aux termes utilisés par les jeunes pour décrire des parties intimes. Le tout est associé à un mot-clic créé spécialement pour le programme, #gardecapourtoi. Le pendant anglophone est aussi disponible, avec le mot-clic #keepitprivate.

« La campagne peut sembler osée, mais elle s'adresse à nous, les jeunes, dans un langage qu'on comprend », a souligné Pierre-Olivier Bouchard, 16 ans, coprésident de la Commission jeunesse de Gatineau (CJG).

Le SPVG a mis sur pied le programme avec un budget de 20 000 $ sur trois ans, le tout en collaboration avec le Directeur des poursuites criminelles et pénales, le Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS) de l'Outaouais, la CJG et les écoles secondaires de son territoire.

« Les adolescents qui ont grandi avec le cellulaire, le iPod, la tablette, le portable à la main s'adonnent à un jeu dangereux avec leurs appareils électroniques, insiste l'agente Sandrine Poulin. Les adolescents s'adonnent ainsi au sextage pour séduire ou pour attirer l'attention. Il faut donc impérativement leur faire comprendre que ce jeu est plus que dangereux. Il est criminel, puisqu'il s'agit de pornographie juvénile. »

En plus des affiches, le programme permettra à la totalité des élèves de 1re secondaire du territoire de Gatineau de suivre un atelier sur la question. Un PDF interactif a aussi été créé pour répondre aux interrogations des parents, tandis qu'une trousse est destinée au personnel des écoles pour les aiguiller dans leurs interventions. Les jeunes pourront quant à eux consulter le site Internet du SPVG, où une section abordera différents enjeux liés aux sextos, tout en leur offrant une banque d'images à utiliser pour répondre de manière humoristique à une demande de sextage.

Une vidéo sera par ailleurs lancée l'été prochain afin d'être notamment diffusée dans les cinémas avant la projection des films, le tout dans le but que la prévention ne prenne pas de vacances pendant que les jeunes ne sont pas sur les bancs d'école.

Le SPVG prévoit faire une analyse, dans un ou deux ans, des résultats de ce programme qui pourrait être exporté à l'extérieur de la région si d'autres corps policiers manifestent de l'intérêt.

Graves impacts

« Il n'y a aucun moyen pour faire supprimer définitivement une image » partagée à partir d'un sexto.

Le désarroi est grand chez les victimes du sextage et leur entourage quand ils réalisent qu'en cette ère du numérique, toute image reste quelque part. L'agente Sandrine Poulin, qui oeuvre en milieu scolaire pour le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), en sait quelque chose.

« Nous avons la difficile tâche d'informer les victimes et leurs parents qu'il n'y a aucun moyen pour faire supprimer définitivement une image d'une photo ou d'une vidéo », a-t-elle expliqué.

Des victimes vont ainsi s'absenter de l'école pendant une ou plusieurs journées après avoir vu un sexto les concernant être partagé sur les réseaux sociaux ou dans son entourage. D'autres vont carrément changer d'école. Mais parfois, « ça se répand d'une école à l'autre », souligne Joëlle Trahan, intervenante au Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles de l'Outaouais.

Les conséquences sont aussi graves pour les jeunes qui envoient ou partagent des sextos, note le Directeur des poursuites criminelles et pénales, car au-delà de l'âge de 12 ans, ils s'exposent à des accusations criminelles liées à la production, à la possession et à la distribution de pornographie juvénile, ainsi qu'à la publication non consensuelle d'une image intime.

Dans le milieu scolaire, on se réjouit du nouveau programme. « Cette campagne-là, qui a été pensée par des jeunes, avec le vocabulaire des jeunes, je pense que ça va avoir un effet », a mentionné le président de la Commission scolaire des Draveurs, Claude Beaulieu.




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