«Pour que la honte change de camp»

En 2014 au Québec, 5340 infractions sexuelles ont... (Etienne Ranger, LeDroit)

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En 2014 au Québec, 5340 infractions sexuelles ont été signalées. Au total, 84 % des victimes sont de sexe féminin, alors qu'une très large proportion des auteurs présumés (96 %) sont de sexe masculin.

Etienne Ranger, LeDroit

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« On vous croit », « Ni viande ni objet » ou encore « Malgré 20 oui, un seul non suffit ». Les slogans percutants étaient bien en vue sur les affiches brandies par quelques dizaines de manifestants qui ont déambulé dans les rues de Gatineau mercredi soir pour dénoncer la culture du viol, dans la foulée de l'affaire Gerry Sklavounos et des récents événements sur les campus universitaires.

Tenu simultanément dans d'autres villes québécoises dont Montréal et Québec, ce rassemblement pacifique avait pour but de lancer un seul et unique message : la banalisation des agressions sexuelles, dont est victime une femme sur trois, doit cesser. Sous escorte policière, les participants ont marché sur une distance d'un kilomètre, du pavillon Alexandre-Taché de l'Université du Québec en Outaouais jusqu'à la Maison du citoyen. 

Choquées par l'actualité qui a marqué les derniers jours, Marie-Ève Boisvert et Marie-Pier Séguin avaient rédigé un manifeste et ont toutes deux décidé d'orchestrer cette manifestation, dans l'espoir que la société change ses mentalités peu à peu.

« C'est aberrant tout ce qui se passe et ce qui s'est dit ou écrit depuis. On n'a qu'à penser à certains chroniqueurs comme Éric Duhaime, Lise Ravary ou Sophie Durocher. C'est épouvantable ce qu'ils disent. Ils culpabilisent les victimes, comme si elles devaient avoir honte. Je pense que c'est la preuve qu'on ne va pas bien, que nous sommes une société malade. On ne dit pas que tous les hommes sont des agresseurs potentiels, ce n'est pas ça du tout le message que l'on envoie. Sauf qu'il y a un problème de société et il faut le régler maintenant », s'exclame Mme Boisvert, rappelant que bon nombre de gens ne saisissent pas encore la notion de consentement, pourtant fort simple. 

Elle-même victime d'une agression sexuelle à l'âge de 11 ans, Marie-Pier Séguin se désole de voir que la culture du viol est encore un problème systémique 17 ans plus tard. 

« C'est survenu alors que j'étais à l'école primaire et j'ai dénoncé mon agresseur. Mon école était à l'époque très mal outillée pour répondre à ce genre de chose là et je me rappelle de m'être fait traiter de menteuse par les enseignants. On m'a dit que j'avais fait expulser un garçon, que j'avais détruit une vie. Je ne me suis jamais fait offrir un soutien quelconque et ce malgré mon âge. [...] Je trouve que les choses n'ont pas trop évolué, c'est même pire », déplore la jeune femme. 

Il s'est maintenant écoulé deux ans depuis qu'elle a révélé à ses proches l'agression dont elle a été victime et depuis, son seul souhait est d'en parler sur toutes les tribunes pour sensibiliser les générations à venir. 

« J'ai juste envie de donner une voix à ceux qui n'en ont pas. Plus je vois ce qui se passe et que je lis les commentaires des gens, plus j'ai envie de dénoncer. Je veux dire aux victimes qu'il y a un après », renchérit Mme Séguin.

En 2014 au Québec, 5340 infractions sexuelles ont été signalées. Au total, 84 % des victimes sont de sexe féminin, alors qu'une très large proportion des auteurs présumés (96 %) sont de sexe masculin. Qui plus est, on estime que neuf agressions sexuelles sur dix ne sont pas déclarées aux autorités policières.

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