La retraite, après plus de 100 000 décisions à la Régie du logement

Pour Pierre Gagnon, la Régie est «un théâtre... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Pour Pierre Gagnon, la Régie est «un théâtre perpétuel où les causes sont souvent les mêmes, seulement les gens changent».

Patrick Woodbury, LeDroit

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Après plus de 100 000 décisions, le seul juge administratif de la Régie du logement à Gatineau a pris sa retraite. Le mois dernier, Pierre Gagnon a signé son dernier document, après avoir passé 35 ans à écouter des propriétaires et des locataires en conflit.

«C'est le plus gros tribunal au Québec, en terme de volume, fait valoir le Gatinois. C'est 70 000 dossiers par année au Québec.»

D'emblée, il concède que c'est la quantité de dossiers à traiter qui cause les délais excessifs, souvent reprochés à la Régie du logement. «Certains vont dénigrer tous azimuts la Régie, mais c'est aussi un fleuron, avec la Cour des petites créances. Lorsque cela a été créé (7 novembre 1979), c'était révolutionnaire.»

Enfin, se rappelle-t-il, les juges ont été mis sur le même pied que monsieur ou madame tout le monde. Pierre Gagnon se souvient d'avoir côtoyé Pauline Marois, lorsque celle qui s'est ensuite fait connaître au Parti québécois travaillait dans le milieu communautaire, dans l'ex-ville de Hull.

Trois grands défis

La Régie du logement, il la connaît par coeur. Il est temps, selon lui, de la transformer de fond en comble. «On est en 2016, mais on travaille dans un cadre des années 1980.»

Les trois grands défis d'aujourd'hui, qu'on ne connaissait pas à l'époque, sont le vieillissement de la population, l'immigration et l'insertion sociale, et les délais plus élevés que jamais, depuis cinq ou six ans. «C'est clair que tout le monde est frustré.»

Le nouveau retraité compare la situation québécoise à celle de l'Ontario. «Entre 1975 et 1977, il y a eu cinq refontes en Ontario. Au Québec, le code a été révisé en 1994, mais il n'y a pas eu de refonte. Il faut que les intervenants, les propriétaires, les locataires, s'assoient et changent le système, parce que le système tolère encore les taudis.»

M. Gagnon a toutefois un bon mot pour l'efficacité du système d'inspection à Gatineau, qui s'est amélioré.

De plus en plus de gens veulent quitter le milieu locatif pour acheter une propriété, alors que les immigrants passent d'abord par le système locatif en arrivant au pays. «Le système n'est pas fait pour eux, dit-il. Lorsqu'on arrive d'un pays tropical, on n'est pas habitué au climat, et à ce qui cause des moisissures, le chauffage, les fenêtres ouvertes en hiver, etc. De l'autre côté, des propriétaires qui viennent d'ailleurs peuvent être enclins à envoyer des gangsters pour vider la place lorsque le loyer n'est pas payé. Ils doivent savoir qu'il y a des tribunaux, ici, qui tranchent.»

De sa propre expression, la Régie est «un théâtre perpétuel où les causes sont souvent les mêmes, seulement les gens changent».

L'ex-régisseur a vu une grande majorité de gens se comporter correctement devant lui, mais a eu à l'occasion à traiter avec quelques personnes quérulentes qui l'ont pris en grippe, parfois jusqu'à la Cour d'appel. «J'ai l'impression qu'il y a plus de quérulence aujourd'hui, des gens qui abusent des tribunaux. Mais l'expérience générale est très positive.»

S'il n'avait pas été régisseur, il aurait voulu enseigner le latin. «Mais les cours de latin sont devenus optionnels à l'université, alors la demande a diminué.»

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