Remorquage à deux vitesses

«Quand je lui ai dit que le coût... (Martin Roy, LeDroit)

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«Quand je lui ai dit que le coût était insensé, il m'a dit que ce n'était pas grave, car mon assureur allait payer, que toutes les compagnies acceptaient de faire ça», raconte Marcel Martin.

Martin Roy, LeDroit

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Soucieux de sensibiliser la population à une pratique qu'il qualifie de «douteuse», un automobiliste gatinois fait une sortie en règle contre les compagnies de remorquage et les assureurs, qu'il pointe du doigt depuis qu'il a été victime d'un banal accident de la circulation cet hiver.

Tout a débuté le 22 décembre lorsque Marcel Martin a été impliqué dans un accrochage, à l'angle des boulevards de la Gappe et de l'Hôpital, dans le secteur Gatineau.  

Le Gatinois a vérifié l'étendue des dommages, en compagnie du second automobiliste impliqué dans l'accident, puis a téléphoné à un remorqueur afin qu'il transporte son véhicule au garage de son concessionnaire du chemin Montréal, à Ottawa. La distance à parcourir était d'à peine 15 kilomètres, un trajet d'une vingtaine de minutes, tout au plus.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsque par hasard, M. Martin a aperçu la facture du remorquage et la rondelette somme à payer: 640 $. 

Une réponse ahurissante

N'en croyant pas ses yeux, l'homme de 55 ans a questionné l'employé de l'entreprise Remorquage Tin-Tin. Sa réponse l'a laissé bouche bée. «Quand je lui ai dit que le coût était insensé, il m'a dit que ce n'était pas grave, car mon assureur allait payer, que toutes les compagnies acceptaient de faire ça, raconte-t-il. Je lui ai répondu qu'au bout du compte, dans mon livre à moi, quelqu'un paierait la facture, et que ce serait monsieur et madame Tout-le-Monde qui verraient leurs primes augmenter un an plus tard.»

Les choses ne se sont pas arrêtées là. Refusant catégoriquement que lui ou son assureur Desjardins paient cette facture, M. Martin a demandé combien le même remorquage du point A au point B lui coûterait, s'il ne le déclarait pas aux assurances. La réponse: 200 $, plus taxes. Au bout du compte, après négociations, une facture de 175 $ a été acquittée.

«Dans neuf cas sur 10, c'est le garagiste qui signe la facture, alors c'est un hasard si je l'ai vue, explique M. Martin. Autrement, ça aurait passé comme du beurre dans la poêle. On ne parle pas de 20 ou 50 $ de plus, c'est 300% plus cher! C'est énorme!» Le Gatinois soutient que si c'était à refaire, il agirait de la même façon et conseille aux automobilistes d'être vigilants.

«Si personne ne dit rien, ça va continuer à se passer comme ça», dit-il.

Après avoir informé son assureur de cette pratique, un cadre de l'entreprise lui aurait indiqué qu'on «travaillait là-dessus».

Invité à réagir, le président de Remorquage Tin-Tin, Marcel St-Pierre, n'a pas voulu commenter.

Une pratique connue et inacceptable

Le cas d'un conducteur gatinois, qui dénonce le gonflement de la facture de remorquage lorsque le client possède une police d'assurance automobile, a fait réagir l'Association des professionnels du dépannage du Québec (ADPQ).

Pour le pdg de l'organisation, Réjean Breton, cette pratique est inacceptable. L'ADPQ compte 385 membres, dont l'entreprise Remorquage Tin-Tin.

«J'ai déjà eu vent de situations de ce type, mais pas dans votre région. Bien entendu, on la déplore, il n'y a pas lieu d'avoir deux listes de tarifs. Par contre, on fait régulièrement l'analyse de factures et il y a plusieurs éléments à considérer. Parfois, je vois des remorquages qui ont coûté 800 $, alors qu'ils en valaient 500. D'autres fois, ils ont coûté 400 $, alors qu'ils en valaient 600.»

Du côté des assureurs, le Mouvement Desjardins affirme être conscient que des compagnies de remorquage peuvent parfois tenter d'exploiter des situations à leur avantage, mais qu'heureusement, il s'agit de cas relativement peu fréquents. 

«C'est une pratique qui n'est pas acceptable, affirme la porte-parole Valérie Lamarre. Cela dit, nous avons des mécanismes en place pour éviter la surcharge dans la facturation. Nous allons nous assurer qu'il y a un rapport logique entre le kilométrage effectué et le tarif. Nous n'hésiterons pas à remettre en question les factures qui nous semblent hors-normes ou excessives».

Le son de cloche n'est pas tout à fait identique du côté du Bureau d'assurance du Canada, pour qui cette pratique n'est pas enjeu ayant été rapporté par ses membres. 

«Ce qu'on sait toutefois, c'est qu'il y a un monopole des remorqueurs à certains endroits, alors ça explique que les assureurs ne soient pas nécessairement en mesure de négocier tout le temps. Ce que les assureurs veulent avant tout dans de tels cas, c'est que l'assuré se trouve en sécurité rapidement et que son véhicule soit dégagé du chemin, justement pour éviter d'autres accidents», explique la conseillère en affaires publiques, Caroline Phémius. 

Très au fait de la pratique, le président de l'Association pour la protection des automobilistes, Georges Iny, n'hésite pas à lui à la qualifier de «piratage», ajoutant que le carrossier est aussi à blâmer, dans certains cas.

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