Jouer sans déraper?

«La meilleure façon de faire de l'argent dans un casino, c'est d'être... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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«La meilleure façon de faire de l'argent dans un casino, c'est d'être Loto-Québec.»

Le professeur de sociologie Amnon Jacod Suissa, expert en dépendances, ne mâche pas ses mots lorsque vient le temps d'analyser les techniques de marketing de la société d'État pour attirer des gens dans ses casinos. «Ils font miroiter une utopie du gain, lance le professeur de l'Université du Québec à Montréal. Or, dans les faits, la meilleure façon de faire de l'argent dans un casino, c'est d'en être le propriétaire.»

La plus récente cure de rajeunissement du Casino du Lac-Leamy s'inscrit d'ailleurs, selon M. Suissa, dans un objectif de renouvellement générationnel de la clientèle, avec une offre de jeu plus interactive et un virage boîte de nuit haut de gamme. «On veut cibler des générations plus jeunes, parce que si ces jeunes développent une certaine attirance au jeu, ils sont là pour plusieurs années, estime l'expert en dépendances. [...] C'est une façon de les attirer à l'intérieur d'un environnement de jeu.»

À l'heure actuelle, des contrats d'auto-exclusion sont en vigueur pour 1500 «clients actifs» de la maison de jeu gatinoise, pour des durées variant entre trois mois et cinq ans.

Tout en se préoccupant des joueurs pathologiques et des joueurs dits problématiques, la Direction de santé publique de l'Outaouais (DSPO) porte une attention particulière aux personnes à risque de tomber dans le «jeu préjudiciable».

Le Dr Jean-Pierre Courteau, adjoint médical à la DSPO, souligne qu'il existe trois catégories de joueurs à risque. Il y a les joueurs pathologiques, qui souffrent d'un «syndrome de santé mentale» dont les critères diagnostiques sont bien établis, qui représenteraient environ 0,5% de la population. Les joueurs problématiques, qui comptent pour environ 3% de la population, n'éprouvent pas de dépendance, mais le jeu peut engendrer chez eux «des problèmes familiaux, sociaux, légaux, d'absentéisme et de dépression ou des impacts sur les proches et les enfants», indique le Dr Courteau.

L'autre catégorie est liée au «jeu préjudiciable», un problème sur lequel les autorités de santé publique «exercent une vigilance» puisqu'il touche une «plus grande proportion» de joueurs, et que les personnes touchées n'ont pas tendance à identifier elles-mêmes la situation à risque.

«La définition du jeu préjudiciable, c'est lorsque les personnes commencent à vivre un stress en lien avec le jeu, que ça cause de la pression sur le budget, et que ça cause des problèmes dans les relations humaines», explique le Dr Courteau. Les autorités de santé publique effectuent donc une «veille permanente» de l'offre de jeu de Loto-Québec, indique le Dr Courteau, dans l'objectif «de jouer le rôle de contrepartie».

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Le directeur général du Casino du Lac-Leamy, Alain Miroux, note que l'établissement atteint «le plus haut niveau» reconnu par la World Lottery Association en matière de prévention du jeu pathologique. «Quand les gens viennent, je veux qu'ils aient du fun, assure M. Miroux. Si à un moment donné, le jeu n'est plus un jeu, que ça te cause un stress, que ça te cause un risque, ça ne me tente pas de te voir. [...] On est extrêmement préventif.»

Outre l'auto-exclusion, le casino peut décider de refuser l'accès à des clients, souligne le patron de la maison de jeu. Des enquêteurs sont sur place pour intervenir en cas de besoin et diriger les joueurs à risque vers les ressources appropriées, et tous les employés sont formés «pour détecter la détresse», ajoute M. Miroux.

«Je suis sûr que leurs intentions sont bonnes, rétorque Amnon Jacob Suissa. Mais quelle est la finalité première du casino? C'est de faire de l'argent.»

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