Accueil des réfugiés: le défi de soigner et éduquer

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Les bagages des réfugiés sont parfois lourds à porter, tant au sens propre que figuré.

Nathan Denette, PC

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Mama Afou
Le Droit

Les bagages des réfugiés sont parfois lourds à porter, tant au sens propre que figuré. Mais les organismes de la région se disent prêts à faire face à ce défi.

Santé: la vigilance avant tout

Les services de santé canadiens sont à pied d'oeuvre depuis l'annonce du gouvernement de Justin Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés d'ici février.

Avant leur départ et à leur arrivée dans les aéroports canadiens, les réfugiés subiront une batterie de tests pour détecter des maladies telles que la tuberculose ou d'autres maladies infectieuses. Ensuite, ce sont les villes qui prendront la relève pour faire des examens plus approfondis.

À Ottawa, cinq centres de santé communautaires prendront en charge les réfugiés pour leur faire un bilan de santé. «On leur fournira les premiers soins, on leur fera des tests sanguins pour détecter le diabète, les problèmes de coeur, de l'anémie, indique Tess Frémont-Côté, du Somerset West Community Health Centre. On leur soumettra aussi des examens dentaires et gynécologiques».

«Nous allons être vigilants pour détecter tout signe de stress ou de détresse mentale.»

Dr Doug Gruner

Après avoir fait ces tests dits «primaires», les réfugiés seront dirigés vers des médecins de familles. Une liste de médecins de familles et de spécialistes tels que des dentistes a été préparée afin de répertorier les médecins qui désirent offrir leurs services aux réfugiés. Le Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO) a aussi mis en place une ligne de service de consultation pour permettre aux médecins de famille de communiquer directement avec les spécialistes.

«Nos délais de réponses varient entre 24 et 72 heures, dit Hugo Lemay, du CHEO. Les médecins vont aussi accéder aux mécanismes de référence.»

À Gatineau, les réfugiés seront guidés vers la clinique de réfugiés de la ville où sera évalué leur état de santé physique et leur bien-être par des professionnels de la santé et des professionnels psychosociaux. Ensuite, si des suivis sont nécessaires, les nouveaux arrivants, qui auront obtenu entre-temps un document de couverture temporaire d'assurance-maladie de la Régie de l'assurance-maladie du Québec, emprunteront les «corridors de services habituels», écrit le Ministère de la santé et des services sociaux sur son site Internet.

Évaluer l'état de santé mentale

Le souci majeur pour les professionnels de la santé sera l'état de santé mentale des personnes qui arriveront, estime le Dr Doug Gruner.

«Beaucoup de réfugiés souffriront de stress post-traumatique à cause des violences dont ils ont été témoins. Nous allons être vigilants pour détecter tout signe de stress ou de détresse mentale», confie-t-il.

Cependant, ces tests ne seront pas automatiques, explique Hugo Lemay du CHEO. «Les lignes directives nous disent de ne pas faire des tests mentaux de façon systématique pour ne pas réveiller certains traumatismes.»

Dans les écoles, les commissions scolaires se préparent à l'éventualité de faire face à des enfants pouvant souffrir de stress post-traumatique.

«On a une dizaine de psychologues au conseil scolaire, explique Nadine Peterson, de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais. On va aussi faire des rencontres avec les familles pour voir le bagage de l'enfant et faire un suivi au cas par cas».

Les commissions scolaires à Ottawa se préparent aussi à cette éventualité. En plus des psychologues en poste, certains conseils ont formé leurs enseignants.

«Notre conseil scolaire a donné des cours à des profs pour détecter et gérer le stress de certains élèves, précise Nicki Dunlop, du Ottawa Catholic School Board.

Éducation: les écoles sont «prêtes»

Même si le nombre d'enfants syriens attendus dans la région demeure toujours flou, les écoles se disent «prêtes» à les accueillir.

«On peut les recevoir dès demain», assure Nadine Peterson, directrice du Service des ressources éducatives de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSPO). Même son de cloche du côté des conseils scolaires francophones et anglophones d'Ottawa. «On est prêt et on a hâte d'accueillir ces enfants», indique Nicki Dunlop du Ottawa Catholic School Board (OCSB).

Habitués à recevoir des centaines d'immigrants ou réfugiés, les organismes scolaires des deux côtés de la rivière des Outaouais ont développé une certaine expertise en matière d'accueil de nouveaux élèves qui, très souvent, ne maîtrisent ni le français ni l'anglais.

«Ce n'est pas la première fois qu'on accueille des réfugiés», explique Réjean Sirois, directeur de l'éducation du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). «Le conseil est bien outillé pour accueillir les réfugiés, on a un programme d'accueil, du personnel spécialisé.»

Pour Mme Peterson, la différence, cette fois-ci, réside dans le fait que l'arrivée est plus massive et plus médiatisée. «On est habitués à recevoir ce type d'élèves, mais étant donné que c'est une arrivée massive, plus politique, les milieux sont plus sensibles et réagissent plus», confie-t-elle.

Apprendre la langue

Du côté québécois de la rivière des Outaouais, la priorité des écoles sera la «francisation» des élèves, explique Nadine Peterson. Pour arriver à cet objectif, les commissions scolaires ont créé depuis plusieurs années de nombreuses classes d'accueil pour intégrer les enfants au système scolaire de la région.

La CSPO, qui reçoit le plus d'immigrants en Outaouais, a neuf classes d'accueil au primaire et deux au secondaire. Les écoles où sont offertes ces classes se situent en milieu urbain, proche des logements sociaux et des services dont auront besoin les réfugiés.

Généralement, après une année, les élèves immigrants intègrent les classes dites «ordinaires», afin de poursuivre le programme éducatif normal. Toutefois, ce processus peut prendre plus de temps.

«On risque de les garder un peu plus longtemps, car ils viennent au milieu de l'année, révèle Mme Peterson. Aussi, certains d'entre eux ne sont pas scolarisés depuis plusieurs années. On s'attend à un retard.»

À Ottawa, les parents réfugiés qui choisiront les écoles anglophones verront leurs enfants intégrer des classes ESL (English as a second language). Contrairement au système québécois, les élèves apprendront la langue tout en assimilant les autres matières.

«Le ministère de l'Éducation nous dit que l'élève doit apprendre la langue en même temps que le curriculum scolaire, explique Nicki Delop de l'OCSB. On encourage les profs à être créatifs. Ils pourront utiliser par exemple Google Translate pour communiquer avec l'élève.»

Les conseils scolaires ontariens francophones veulent quant à eux miser en priorité sur la francisation des élèves.

Toutefois, pour M. Sirois du CECCE, l'enjeu principal à Ottawa sera d'attirer les réfugiés vers les écoles francophones.

«On va mener une stratégie de publicité auprès des réfugiés et vendre les mérites de notre conseil. On va les encourager à choisir le français, car l'anglais, ils peuvent l'apprendre dans la communauté.»

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