Voyager pour éviter de trébucher

Louise Julien, intervenante au programme Qualification des jeunes... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Louise Julien, intervenante au programme Qualification des jeunes des Centres jeunesse de l'Outaouais, partira en février pour un voyage humanitaire au Pérou en compagnie d'Amélie Leblanc-Britt et d'une autre adolescente.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Amélie n'a pas eu une enfance facile, se promenant entre «quatre ou cinq» familles d'accueil avant l'âge de six ans. À l'adolescence, la rébellion était maîtresse chez la jeune fille. À l'aube de prendre son envol de manière autonome vers la vie adulte, elle développe ses aptitudes en préparant une aventure qui n'a rien de banal pour elle: un voyage humanitaire auprès d'orphelins du Pérou.

Lorsqu'elle a entendu son intervenante parler de l'idée, Amélie Leblanc-Britt, 18 ans, a tout de suite voulu embarquer. Mais les choses n'étaient pas si simples. La jeune femme participe actuellement au Programme Qualification des jeunes (PQJ) des Centres jeunesse de l'Outaouais (CJO), une initiative qui lui permet de bénéficier de soutien et d'encadrement jusqu'à 19 ans afin de la préparer à la vie adulte.

Les CJO n'ayant jamais organisé une telle activité avec des jeunes, il a fallu défendre le projet, obtenir les autorisations. Louise Julien, intervenante au PQJ, a fait valoir que le voyage humanitaire serait l'occasion idéale de contribuer au cheminement vers la vie adulte, puisqu'il imposait une rigueur dans la préparation de toutes les étapes qui précèdent le vol vers le Pérou. Mme Julien a obtenu le feu vert de ses supérieurs. C'est elle qui partira avec Amélie, le 22 février prochain, pour un périple de deux semaines. Elles seront accompagnées d'une autre participante du PQJ, Carolanne (nom fictif, puisqu'elle est encore mineure).

Amélie l'admet sans gêne, elle a grandement cheminé au cours des dernières années. Assez pour lui permettre d'entreprendre cette aventure. Depuis maintenant 12 ans, elle est avec la même famille d'accueil. «Là où je suis, ça va bien, dit-elle. Si elle m'a endurée pendant 12 ans, c'est que ça va bien.»

Elle n'a pas de contact avec sa famille biologique.

«Quand j'étais ado, j'étais rebelle, donc je me mettais dans le trouble, dit la jeune femme. Je me tenais avec du monde qui me mettait dans le trouble, et j'étais très influençable. Avec le PQJ, ça m'a aidé sur le côté social pour ne pas embarquer dans la mauvaise influence des autres.»

À un peu plus de deux mois de son départ pour le Pérou, Amélie est fébrile, mais anticipe en même temps les sentiments qui l'envahiront en côtoyant les quelque 80 pensionnaires du Centre d'intégration de mineurs en situation d'abandon, un orphelinat communautaire situé à une vingtaine de kilomètres de Lima.

«J'ai peur de me sentir mal pour eux autres, dit-elle. D'être là pour deux semaines puis de repartir comme une voleuse. [...] Je pense que ça va changer mes valeurs, comment je vois le monde. [...] Eux autres aussi, ils ont un bagage. S'ils se sont retrouvés là, c'est parce que la vie n'était pas si belle que ça pour eux.»

Amélie a récemment présenté les grandes lignes du voyage qu'elle entreprendra avec Carolanne et Mme Julien lors d'une réunion du conseil d'administration du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais. Louise Julien se souvient très bien d'une phrase clé qu'Amélie a alors prononcée: «Je tiens à y aller parce que je veux comprendre comment eux s'en sortent.»

Comme quoi de part et d'autre, l'expérience sera enrichissante.

Une préparation particulière vers la vie adulte

Une cinquantaine de jeunes de la région participent au Programme Qualification des jeunes (PQJ), un outil leur permettant de bénéficier d'une année supplémentaire d'accompagnement de la part des Centres jeunesse de l'Outaouais une fois leur majorité atteinte, dans le but d'éviter leur marginalisation.

Issu d'un projet pilote mené dans quatre régions du Québec de 2002 à 2005, le PQJ vise essentiellement à assurer une meilleure transition vers la vie adulte, une fois les services des centres jeunesse terminés. Le programme s'adresse aux jeunes de 16 à 19 ans chez qui une vulnérabilité ou des besoins particuliers ont été identifiés dans leur processus de préparation à la vie adulte.

«Ce sont des jeunes qui ont connu de longues périodes de placement, et qui ont un réseau qui ne peut pas les soutenir une fois les services jeunesse terminés, ajoute Louise Julien, intervenante au PQJ en Outaouais. [...] Sans un ajout d'intensité d'accompagnement, ils risquent une grande vulnérabilité comme jeune adulte ou de la marginalisation.»

Trois principaux objectifs ont été établis par le PQJ: développer des réseaux de soutien, développer l'autonomie dans différents domaines (tâches de la vie quotidienne, hébergement, budget, habiletés sociales, soins personnels, etc.) et favoriser l'insertion socioprofessionnelle.

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