Amour, poupées et doudous

Sophie Guindon crée des papoums, de jolies petites... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

Agrandir

Sophie Guindon crée des papoums, de jolies petites poupées cousues à la main.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dans son atelier de La Fab, à Chelsea, Sophie Guindon accumule les bouts de tissus colorés, les bobines de fils à broder et à coudre, ainsi que la bourre nécessaire pour concevoir ses attachants et doux lutins, animaux et doudous destinés aux petits... voire à quelques éternels enfants pourtant devenus grands. «Chaque année, il y a au moins une personne adulte qui m'achète une Papoum pour lui ou elle!» clame fièrement la créatrice. Bienvenue dans le petit monde imaginaire de l'entreprise artisanale outaouaise Papoum, papoum.

Ici, des doudous à tête d'éléphants gris et de lapins d'un bleu ou d'un rose vibrant se côtoient. Là, des poupées de toutes les couleurs forment une joyeuse ribambelle et des toutous en forme de harfang et de castor se serrent les pattes sur une tablette. Leurs rangs sont pourtant un brin clairsemés.

«J'ai été "vandalisée" au Marché de Noël du week-end dernier! J'ai même dû coudre sur place, pour répondre à la demande», explique Sophie Guindon, qui a vendu plus d'une centaine de ses Papoums, lors de l'événement tenu au Musée canadien de l'histoire. 

«C'est vraiment encourageant, une telle réaction du public. Je sens un regain d'intérêt de la part des gens pour des produits conçus et faits chez nous. De plus, j'ai l'impression que la nouvelle génération de parents est aussi plus préoccupée par la santé de ses enfants», renchérit celle qui utilise des tissus biologiques et du polyester recyclé pour confectionner ses créations agréables et réconfortantes au toucher. 

Mme Guindon doit d'ailleurs rapidement reprendre l'aiguille, puisque les commandes des 24 boutiques québécoises qui vendent ses produits remplissent son carnet, en prévision des Fêtes. Si bien que ce qui a commencé par quelques dizaines de poupées vendues en 2006-2007, équivaut aujourd'hui à quelque 2000 Papoums écoulées par année.

La main à l'ouvrage

Il y a moins de 10 ans, pourtant, la créatrice, entrepreneure et maman n'avait encore jamais touché à une machine à coudre.

«À la naissance de mon deuxième enfant, j'ai reçu de la part d'une amie une petite poupée qu'elle avait faite à la main. J'ai eu envie, juste pour le plaisir, d'essayer d'en coudre une, moi aussi...» raconte la principale intéressée en souriant.

Si elle s'était préalablement fait la main entrepreneuriale dans la boulangerie mise sur pied dans la Petite-Nation avec son ex-conjoint, Sophie Guindon vivait le début d'une longue aventure personnelle dans le milieu de la création artisanale.

Il y a moins de 10 ans, Sophie Guindon... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit) - image 2.0

Agrandir

Il y a moins de 10 ans, Sophie Guindon n'avait encore jamais touché à une machine à coudre.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

Au cours de la dernière décennie, elle a dû monter des dossiers pour obtenir de l'aide au démarrage d'entreprises auprès de son CLD; trouver ses fournisseurs de matières premières; développer son réseau de distribution; établir ses plans de marketing et de mise en marché; mettre sur pied et entretenir son site Web; faire sa comptabilité; négocier un prêt de 10 000$ (entre autres pour lui donner l'occasion de faire «précoudre» 2000 doudous par l'atelier Les Petites Mains à Montréal, il y a deux ans); embaucher une couturière à forfait, responsable de coudre les petits corps de ses différents modèles.

Et rembourrer les têtes de ses poupées et toutous, leur broder des yeux et des bouches, apporter les coutures finales à chaque créature, en plus de concevoir de nouvelles Papoums.

«Ce n'est que depuis septembre que je peux vraiment me consacrer à mon entreprise à temps plein», soutient Mme Guindon. 

Cette dernière se dit d'ailleurs particulièrement fière de son harfang. «Ça fait peut-être drôle à dire d'un bébé hibou, mais c'est moi, ce toutou! Il incarne vraiment le résultat de ma créativité, que je me sens de plus en plus à l'aise d'exprimer dans ce que je fais.»

Stimuler l'imaginaire

L'artiste s'était initialement inspirée des poupées allemandes Waldorf pour développer ses premiers modèles de lutins, aux expressions minimalistes, afin de permettre à l'enfant de projeter sur la poupée ses propres émotions.

«Je n'ai jamais aimé les jouets de plastique, non seulement parce qu'on n'est pas toujours certain de ce qu'ils contiennent, mais aussi parce qu'ils briment parfois trop l'imaginaire des enfants», mentionne Sophie Guindon.

Les animaux se sont par la suite greffés à sa collection, les uns avec leurs corps doudous, les autres évoquant plus un toutou en bonne et due forme. Elle ne cache pas qu'elle aimerait positionner ses harfangs, castors et ours polaires dans les magasins de souvenirs, histoire d'offrir aux touristes une alternative «authentique» aux peluches d'animaux d'ici «made in China».

«J'ai plein d'idées de projets, mais je manque de temps et d'argent pour les développer!» lance Mme Guindon.

Tout en sortant un panier dans lequel s'entassent quelques prototypes de Papoums dérivés potentiellement prometteurs, elle regrette de ne pouvoir bénéficier de subventions régionales pour développer de nouveaux produits «étant donné que mon atelier est trop près de la ville».

Elle fait valoir que se lancer en affaires - et en vivre - n'est pas chose facile. Pas plus que de ne devoir mettre un prix sur son travail et assumer la valeur de ce qu'on crée.

«Quand les gens me demandent combien d'heures je peux mettre à faire une Papoum, j'ai toujours de la difficulté à répondre. Parce que si je leur dis que ça me prend environ 45 minutes à façonner le nez, les pommettes et les oreilles des têtes, à broder puis à terminer l'assemblage, ils oublient tout le temps que j'ai mis à la développer, à trouver mes tissus, à gérer les commandes, à préparer mes emballages, etc.»

«Cela dit, je me sens plus à l'aise maintenant avec cet aspect du milieu, parce que je suis en train d'y prendre ma place, lentement mais sûrement. Et parce qu'au-delà le côté business de tout ça, je fais ça pour la créativité et l'expression artistique», conclut Sophie Guindon.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer