Attentats d'octobre: des leçons à apprendre un an plus tard

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Le caporal Nathan Cirillo (à gauche), 24 ans, quelques minutes avant qu'il ne soit atteint mortellement par balle alors qu'il faisait la garde devant le cénotaphe à Ottawa, au matin du 22 octobre 2014.

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La semaine prochaine sera marquée par la commémoration des attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa, qui ont fait deux morts chez les Forces armées canadiennes, en plus des auteurs. La surprise et la peur se sont estompées dans la capitale fédérale ces derniers mois, laissant la place à de douloureux souvenirs. Malheureusement, selon un spécialiste en terrorisme et en sécurité intérieure, le Canada n'a pas appris toutes les leçons enseignées en octobre 2014.

La sécurité plus visible sur la Colline parlementaire est l'une de seules leçons durables qu'a retenue le Canada, un an après les attentats de St-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa. Même la loi antiterroriste C-51, adoptée par le fédéral dans la foulée des événements tragiques, ne fait pas le travail, selon un éminent spécialiste de la question de la sécurité et du terrorisme.

«Nous avons appris au moins deux choses», affirme d'emblée le professeur invité à la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa, Wesley Wark. «La vidéo qu'a faite l'auteur de l'attentat d'Ottawa du 22 octobre, Michael Zehaf-Bibeau, sur son cellulaire, démontre qu'il avait un agenda politique. Il affirme attaquer le Canada à cause de la présence militaire en Afghanistan. Cela montre que vous n'avez pas qu'à souffrir d'un désordre mental pour agir de la sorte.»

L'autre leçon est celle de la sécurité «immédiate». Des policiers d'Ottawa équipés d'armes automatiques surveillent les environs du Monument commémoratif de guerre, protégeant le public et la garde d'honneur. La sécurité a aussi été revue et corrigée au parlement. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a décidé de prendre le contrôle de la sécurité de l'endroit et d'y ajouter des effectifs.

Il s'agit d'une mesure découlant de l'examen de la Police provinciale de l'Ontario, qui a émis une série de recommandations à la police fédérale à la suite de l'attaque du 22 octobre. On lit dans ce rapport que «les incidents [...] ont brutalement rappelé que le Canada est mal préparé pour empêcher ce genre d'attaque et pour y faire face».

Cerner la menace

Le pays doit regarder plus loin que la sécurité «immédiate», précise M. Wark. «Il n'y a pas d'engagement clair des autorités sur le développement d'un plan permettant d'en savoir davantage sur l'historique des attentats. Du côté du Québec (concernant l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu), il y a une sorte d'échec des services de renseignements. Les informations et rapports policiers sont restés dans l'ombre. On ne s'est pas fait de jugement à la question suivante: [l'auteur de l'attentat Martin Couture-Rouleau] représentait quelle menace?»

La réponse du fédéral à ces deux attaques a été l'adoption de la loi C-51. Le législateur a voulu faciliter le partage d'informations entre les organismes et ministères, étendre les pouvoirs du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et criminaliser l'appui et la propagande terroriste.

Selon M. Wark, les mesures prises par le gouvernement à la suite des attentats du World Trade Center, le 11 septembre 2001, ont été mieux expliquées que C-51. «On ne sait pas si C-51 va prévenir d'autres attaques. Les leçons ne sont pas claires, pour les Canadiens. Selon moi, ce n'est pas une bonne loi. Il faut montrer aux gens pourquoi c'est vraiment nécessaire», enchaîne le professeur.

Un à-côté pendant la campagne

Lorsque le premier ministre Stephen Harper a déclenché les élections, il a déclaré que la campagne allait tourner autour de l'économie et de la sécurité nationale. «La sécurité nationale est devenue un à-côté, commente le professeur. Pour connaître les positions des partis, on doit se rabattre sur leurs plateformes électorales.»

Le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert comptent abroger C-51, alors que le Parti libéral dit vouloir la modifier pour apporter un certain équilibre entre la sécurité et les libertés individuelles.

Sur son blogue, le professeur Wark cite l'ex-première ministre Kim Campbell qui avait affirmé que «les élections n'étaient pas un bon moment pour discuter des enjeux sérieux».

Il y a selon lui, un manque flagrant de discussions sur la sécurité intérieure, et un signe clair «d'immaturité politique» dans la population canadienne.

Deux journées à ne pas oublier

Le 20 octobre, Martin Couture-Rouleau a attendu deux heures dans le stationnement d'un centre commercial de Saint-Jean-sur-Richelieu avant de se diriger, avec sa voiture, sur deux militaires qui marchaient vers les bureaux du ministère des Anciens Combattants. L'un d'eux, l'adjudant Patrice Vincent, est mort. Son collègue a été blessé. Couture-Rouleau est abattu par la police.

Le 22 octobre, Michael Zehaf Bibeau a fait irruption d'une vieille voiture, ouvert le feu sur le caporal Nathan Cirillo, qui montait alors la garde au Musée commémoratif de guerre, et a traversé la rue Wellington pour s'engouffrer dans le parlement, toujours armé de sa carabine. Le sergent d'armes Kevin Vickers est devenu un héros national après avoir réussi à abattre le tireur.

Les deux tireurs, des sympathisants de l'État islamique, sont qualifiés par le premier ministre Stephen Harper de «terroristes», alors que d'autres parlent de «loups solitaires».

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