La facture grimpe malgré le rapatriement

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Le nombre de résidents de l'Outaouais ayant obtenu des services de santé à Ottawa a diminué entre 2015 et 2016, mais la hausse des tarifs ontariens fait en sorte que la facture pour le gouvernement du Québec n'a pas pour autant baissé.

Des données obtenues par Le Droit auprès de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) révèlent que la facture totale pour les soins de santé consommés à Ottawa par des patients de l'Outaouais a atteint 109,9 millions $ en 2016, une hausse de 4,5 millions $ par rapport à l'année précédente.

La majeure partie des remboursements alloués par la RAMQ vont dans les coffres des centres hospitaliers de la capitale fédérale. En tête de liste, l'Hôpital d'Ottawa a réclamé l'an dernier 32,8 millions $ pour des services rendus à près de 19 000 personnes demeurant en Outaouais. Suivent le Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (26,4 millions $), l'Hôpital Montfort (14,6 millions $) et l'Institut de cardiologie d'Ottawa (14,4 millions $).

La facture pour les services professionnels rendus en cabinet ou en établissement totalise quant à elle 13,9 millions $ pour 2016 - une baisse d'environ 150 000 $ par rapport à l'année précédente. À cela s'ajoute un montant de près de 3,2 millions $ versé par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) dans le cadre d'un programme spécifique pour des soins « identifiés comme n'étant pas disponibles en Outaouais », une facture qui est remboursée par Québec.

Moins de patients

Pendant que la facture globale pour la RAMQ augmente, le nombre de patients demeurant en Outaouais ayant obtenu des services de santé à Ottawa - à l'hôpital ou en cabinet - a suivi une courbe inverse. Les remboursements demandés au Québec concernaient l'an dernier quelque 4200 individus de moins qu'en 2015.

Cela s'explique par une hausse tarifaire du côté ontarien, un élément sur lequel Québec n'a évidemment pas de contrôle, note le président-directeur général du CISSSO, Jean Hébert.

« Les tarifs des services externes augmentent de manière considérable, et l'augmentation des tarifs peut générer une augmentation des coûts même s'il y a une baisse des volumes d'activités, explique-t-il. C'est ça qu'il faut comprendre. Il ne faut pas juste suivre l'argent. Moi, ce que je suis, ce sont les volumes d'activités pour augmenter l'autosuffisance générale en offre de services, mais je n'ai pas d'emprise sur les coûts. »

M. Hébert a d'ailleurs montré au Droit diverses données montrant une baisse substantielle de consommation dans les hôpitaux en Ontario au cours des deux dernières années, non seulement au niveau du nombre d'hospitalisations, mais aussi au chapitre de la durée des séjours pour les patients de l'Outaouais occupant un lit dans un hôpital frontalier.

Les coûts des services devant être remboursés à l'Ontario ont, pendant ce temps, grimpé de façon variable. Une consultation externe régulière, comme une visite à l'urgence ou une échographie, coûtait ainsi 335 $ en 2016-2017, ce qui représente une hausse de 8,4 % par rapport au tarif de 309 $ en vigueur deux ans plus tôt.

« Pour les visites à l'urgence en Ontario, sans rapatriement, donc avec un nombre de visites aux urgences égal à celui de 2014-2015, les montants payés à l'Ontario auraient été supérieurs de 1,1 million $ en 2015-2016 et de 1,4 million $ en 2016-2017 », a donné en exemple M. Hébert.

Un rapatriement qui rapporte

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Le pdg du CISSSO, Jean Hébert, n'a jamais caché qu'il souhaitait que l'argent économisé en consommation de soins de santé à Ottawa revienne dans les coffres de la région afin de poursuivre les travaux de rapatriement.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

Les dirigeants du réseau de la santé de l'Outaouais ont pu monnayer le rapatriement de milliers de patients consommant des soins de santé sur la rive ontarienne, une première étape qui pourrait mener à l'obtention d'un financement récurrent pour développer de nouveaux services dans la région.

Le président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), Jean Hébert, n'a jamais caché qu'il souhaitait que l'argent économisé en consommation de soins de santé à Ottawa revienne dans les coffres de la région afin de poursuivre les travaux de rapatriement.

Une première réponse est arrivée à la fin avril, par le biais d'une lettre du sous-ministre Michel Fontaine adressée à M. Hébert. La missive, dont Le Droit a obtenu copie, permet d'apprendre que Québec a accepté de verser au CISSSO un financement non récurrent de 2,3 millions$ pour la dernière année. Le ministère de la Santé a ainsi attribué un montant de 1,5 million$ « relativement au rapatriement des clientèles outaouaises utilisant des services en Ontario » et 800 000$ pour le fonctionnement de la mini-urgence pédiatrique, dont les activités ont notamment permis de réduire les visites de jeunes patients québécois au Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario.

Discussions en cours

Le grand patron du CISSSO continue maintenant à travailler dans l'espoir que cette première étape soit suivie d'une annonce pour un financement récurrent. Le tout se ferait dans le cadre d'un « Plan d'action Outaouais 2.0 », soit une nouvelle mouture du statut particulier octroyé au réseau régional en 2007 par le premier ministre Philippe Couillard, qui était à l'époque ministre de la Santé. Des discussions sont toujours en cours avec Québec à ce sujet, et Jean Hébert voit « une ouverture » pour définir quelque chose qui dépassera l'aide ponctuelle.

« Après avoir convenu de la stratégie à mettre en place dans le cadre d'une version renouvelée du Plan d'action Outaouais, la pertinence d'allouer un financement additionnel récurrent sera revue par le [ministère] en fonction des résultats de rapatriement atteints par votre établissement », indique le sous-ministre dans sa lettre à M. Hébert.

Le CISSSO s'affaire donc à « identifier une série de projets » visant à accroître le rapatriement, une démarche qui devrait mener « prochainement » à l'annonce de « certains développements », a fait savoir M. Hébert.




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