Congestion sur les lits de courte durée

Pendant que le personnel de l'hôpital de Hull entasse deux patients dans des... (Ivanoh Demers, Archives La Presse)

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Ivanoh Demers, Archives La Presse

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Pendant que le personnel de l'hôpital de Hull entasse deux patients dans des chambres simples lorsqu'il manque de place dans les aires de débordement de l'urgence, 29 personnes y occupent un lit de courte durée en attendant qu'une place se libère dans un centre d'hébergement ou une autre ressource adaptée à leurs besoins, a appris LeDroit.

Il y a donc près de 15% des quelque 200 lits de courte durée que compte l'établissement du boulevard Lionel-Émond qui sont actuellement occupés par des patients qui devraient, en temps normal, obtenir des soins auprès d'un autre type de ressource. À l'hôpital de Gatineau, 24 patients sont dans la même situation.

La porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), Geneviève Côté, a fait savoir que ces patients attendent soit pour une place dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), soit pour d'autres types de services, comme de la réadaptation ou des soins à domicile, avant de pouvoir céder leur lit d'hôpital à un autre patient. «Évidemment, aussitôt qu'une place se libère pour ces gens-là, nous procédons rapidement à leur transfert», assure Mme Côté.

Cette situation ne date pas d'hier. À titre d'exemple, en janvier 2011, l'hôpital de Hull comptait 17 lits occupés par des patients en attente d'une place dans un autre type de ressource. Douze cas étaient au même moment enregistrés à l'hôpital de Gatineau.

Désengorgement

La directrice des soins infirmiers du CISSSO, Gail Ryan, affirme que divers «chantiers» sont en cours afin d'améliorer les choses, tout en admettant qu'il n'est pas possible de créer de nouvelles places «du jour au lendemain».

Cette congestion sur les lits de courte durée à l'hôpital de Hull vient donc compliquer la gestion de l'hospitalisation de patients.

Comme LeDroit le rapportait dans son édition de mardi, une nouvelle «procédure de désengorgement» en vigueur depuis l'été force parfois deux patients à cohabiter dans une chambre normalement conçue pour n'accueillir qu'un seul lit.

Mardi, la Gatinoise Claude Lafortune a dénoncé dans nos pages les conditions dans lesquelles elle a été hospitalisée à la suite d'une méningite, puisque faute d'espace pour placer deux lits dans une chambre simple, elle a dû se contenter d'une civière et vivre divers désagréments liés à la configuration des lieux, non adaptée pour deux patients.

La procédure de désengorgement qui vise à dédoubler des chambres simples aux étages est utilisée lorsque la salle d'urgence déborde. Le personnel peut en premier lieu dédoubler des civières, puis utiliser sept civières dans le corridor, neuf «civières de surcapacité», et jusqu'à 26 places dans une unité de débordement avant d'enclencher la nouvelle procédure de désengorgement. Neuf chambres privées sur un total de 48 peuvent ainsi être utilisées pour y installer deux patients.

Au CISSSO, mardi, on indiquait que le plus récent épisode de dédoublement de chambres simples devait prendre fin d'ici la fin de la journée.

«Un processus d'évaluation» de cette mesure a été lancé dès la réception de la plainte de Mme Lafortune, la semaine dernière. «Nous allons corriger tout ce qu'il y a à corriger avant de réutiliser à nouveau cette procédure», affirme Geneviève Côté, qui précise qu'il s'agit d'une mesure réservée aux «situations exceptionnelles».

«Mon mari pleurait comme un bébé»

Un septuagénaire s'est retrouvé démuni lorsqu'il a été transféré d'un lit aux soins intensifs vers une civière dans une chambre simple dédoublée de l'hôpital de Hull, plus tôt ce mois-ci.

Alors qu'il avait subi l'amputation d'un orteil, ses pieds dépassaient de la civière, où il avait peine à bouger, dénonce sa conjointe.

«Mon mari pleurait comme un bébé», raconte avec émotion Denise Boivin. Son époux, Philippe Boivin, 74 ans, a subi au début du mois une intervention visant à débloquer une artère dans une jambe, en plus de l'amputation d'un orteil. Une complication a suivi, raconte sa femme, ce qui a nécessité son transfert aux soins intensifs, où il est demeuré alité pendant cinq jours.

En début de semaine passée, l'état de santé de M. Boivin a permis son transfert sur une unité de soins au huitième étage de l'hôpital. «Il a fallu qu'ils sortent les chaises et le petit bureau qui séparait les deux places, et la dame à côté de lui avait un lit d'hôpital ordinaire, mais mon mari n'avait qu'une civière, déplore Mme Boivin. Il sortait des soins intensifs, il avait de la misère à bouger. Mon mari, il mesure 6' 2" et pèse 220 livres, donc ses pieds dépassaient.»

Denise Boivin affirme que les quelque 24 heures passées par son mari dans une chambre dédoublée ont été pénibles, car il devait utiliser le bouton d'appel chaque fois qu'il souhaitait, par exemple, changer l'inclinaison de sa civière.

«Mon mari pleurait comme un bébé, c'était atroce, raconte Mme Boivin. Ce n'est pas humain. Il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait pas rien faire. Il fallait qu'il sonne chaque fois, et des fois, ça prenait 30 ou 45 minutes avant qu'il se passe quelque chose.»

Mme Boivin affirme qu'après discussion avec le médecin traitant de son mari, elle a pu le ramener à la maison afin d'en prendre soin dans un espace plus confortable pour sa convalescence.

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