En duo dans une chambre simple

L'Hôpital de Hull... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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L'Hôpital de Hull

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Une salle d'urgence remplie à pleine capacité et une unité de débordement qui déborde ont forcé le personnel de l'Hôpital de Hull à utiliser des chambres simples pour y installer deux patients, sans toutefois pouvoir y installer deux lits normaux.

La Gatinoise Claude Lafortune n'oubliera pas de sitôt ses quatre jours à l'Hôpital de Hull, où elle a été admise la semaine dernière en raison d'une méningite. La mère de famille a d'abord passé deux jours en isolation à l'urgence, et croyait se retrouver dans un endroit mieux adapté lorsqu'on l'a transférée au huitième étage de l'édifice du boulevard Lionel-Émond, une fois le risque de contagion écarté.

Chambre inadaptée 

Elle s'est toutefois retrouvée dans une chambre simple, où se trouvait déjà une patiente récupérant d'une chirurgie. Au lieu d'être placé en parallèle avec la fenêtre, au centre de la chambre, le lit de cette patiente a été installé dans l'autre sens, dans un coin. L'autre coin a été réservé à Mme Lafortune, mais faute de place pour un lit régulier, elle a dû se contenter d'une civière.

Il n'y avait qu'environ un mètre qui séparait le lit de sa voisine de sa civière, raconte Mme Lafortune. Et à une trentaine de centimètres de sa civière se trouvait un rideau, seul outil disponible pour obtenir un peu d'intimité.

Claude Lafortune affirme avoir «beaucoup regretté d'être allée... (Martin Roy, LeDroit) - image 2.0

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Claude Lafortune affirme avoir «beaucoup regretté d'être allée à l'Hôpital de Hull».

Martin Roy, LeDroit

« La chambre n'était clairement pas adaptée à cette situation, déplore-t-elle. Il y avait des prises électriques d'un seul côté de la chambre. Comme je devais recevoir des médicaments en continu par voie intraveineuse, mon soluté était branché dans la prise à rasoir située au-dessus du lavabo. C'était malheureusement très loin de ma tête de lit, et le fil passait dans les airs, ce qui était très dangereux. De fait, je me suis empêtrée dans les fils à quelques reprises, ce qui a presque arraché l'aiguille dans mon bras. »

Le rideau bordant sa civière ne cachait pas tout son recoin. Ayant un bébé encore allaité, Claude Lafortune devait utiliser un tire-lait afin de maintenir sa production. Afin de ne pas être à la vue de tous ceux qui entraient dans la chambre, il a fallu qu'une infirmière relie, à l'aide d'une épingle, le rideau bordant sa civière à celui près du lavabo.

Un soir, alors qu'elle tirait du lait, Mme Lafortune s'est retrouvée plongée dans l'obscurité, sans lampe pour l'éclairer. « Comme la chambre est conçue pour une seule personne, les lumières sont activées d'un côté, explique-t-elle. Lorsque ma voisine décidait d'éteindre, je me retrouvais dans le noir complet. »

La patiente n'hésite pas à dire qu'elle était « plus confortable » lorsqu'elle se trouvait en isolation à l'urgence. Avant de quitter l'hôpital après avoir obtenu son congé, Claude Lafortune a formulé une plainte par écrit, qu'elle a remise à l'infirmière-chef. « J'estime qu'il faut agir rapidement, avant qu'un accident grave ne se produise, mentionne-t-elle. Je sais que les hôpitaux sont engorgés, mais utiliser une chambre simple pour accueillir deux patients n'est pas une solution viable. »

Avec le recul, Mme Lafortune affirme avoir « beaucoup regretté d'être allée à l'Hôpital de Hull ». « J'aurais dû aller à Ottawa », conclut-elle.

Une nouvelle « procédure de désengorgement »

Le dédoublement de chambres simples à l'Hôpital de Hull s'inscrit dans le cadre d'une nouvelle « procédure de désengorgement » pour laquelle « certains ajustements » doivent encore être faits, reconnaît le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO).

Réagissant au récit d'une patiente ayant séjourné sur une civière à côté d'une autre patiente dans une chambre où il ne doit normalement y avoir qu'un seul lit, le CISSSO a fait savoir qu'une nouvelle façon de faire, en vigueur depuis l'été, permet de « dédoubler » un total de neuf chambres simples sur certaines unités de l'Hôpital de Hull. La procédure en question a été utilisée une fois en juillet, puis la semaine dernière.

« La semaine passée, l'urgence de l'Hôpital de Hull était particulièrement achalandée, donc on a dû recourir à la procédure de désengorgement », a indiqué la porte-parole du CISSSO, Geneviève Côté. La première étape consiste à ouvrir jusqu'à neuf « civières de surcapacité ». S'il manque encore de place, une unité de débordement comptant 26 lits est ouverte. « Lorsque l'unité de débordement est pleine, on peut dédoubler un certain nombre de chambres simples, soit un total de neuf chambres privées sur 48 », explique Mme Côté en précisant que cette procédure ne touche pas l'unité de santé mentale, ni celle de cardiologie.

Le CISSSO reconnaît que la situation n'est « pas idéale », et souligne que le recours à cette procédure a lieu « seulement lorsque la situation est exceptionnelle ». Geneviève Côté assure que cette pratique respecte les normes en matière de santé et de sécurité au travail, de même que celles sur la prévention des infections.

Tel que vécu la semaine dernière par la Gatinoise Claude Lafortune, les chambres dédoublées ne peuvent accueillir deux lits, de sorte que l'un des deux patients s'y trouvant doit se contenter d'une civière. « Mais il y a le même espace entre le lit et la civière que lorsqu'il s'agit d'une chambre double », affirme Mme Côté.

Le CISSSO affirme que puisque la procédure est relativement nouvelle, « il y a encore des choses qui doivent être peaufinées », que ce soit au niveau de la disposition des rideaux, de l'éclairage ou de l'accès aux prises électriques.

« Nous sommes sincèrement désolés que cette dame ait eu une expérience comme celle-là, et on est en train de faire les ajustements », a mentionné Mme Côté.

Lundi, trois chambres simples étaient toujours dédoublées à l'Hôpital de Hull, touchant ainsi six patients. Le CISSSO estime que malgré certains inconvénients, « ça demeure une meilleure alternative que d'avoir des corridors encombrés par des civières et ça demeure une meilleure alternative pour la sécurité des usagers aussi ».

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