Rapport du coroner sur la mort de De Sale Gauthier

Un calvaire mortel dans «une des pires urgences du monde occidental»

Aline Breton Gauthier avait qualifié le séjour à l'hôpital... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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Aline Breton Gauthier avait qualifié le séjour à l'hôpital de son défunt mari de véritable «semaine de calvaire».

Martin Roy, Archives LeDroit

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Un coroner dénonce qu'un septuagénaire atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA) ait dû patienter 20 fois plus longtemps que le «délai idéal d'attente» pour voir un médecin à l'urgence de l'hôpital de Gatineau, qu'il estime être «parmi les pires du monde occidental pour les délais de soins».

Tout comme le commissaire aux plaintes du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), le coroner Pierre Bourassa s'est penché sur le décès de De Sale Gauthier, survenu en août 2015 au terme de ce que son épouse a qualifié de «semaine de calvaire».

Dans son rapport, dont LeDroit a obtenu copie, le Dr Bourassa ne se fait pas tendre à l'endroit de l'urgence de l'hôpital de Gatineau. Il soulève notamment la question du délai avant que M. Gauthier ne soit vu par un médecin, à la suite d'une chute survenue à sa résidence lui ayant causé une blessure à l'épaule.

D'après les informations obtenues par le coroner, trois patients arrivés plus tard que M. Gauthier et dont l'état était jugé moins prioritaire ont été vus plus rapidement que lui par un médecin. 

Environ 10 heures se sont écoulées entre l'arrivée par ambulance de M. Gauthier à l'urgence et le moment où il a vu un médecin. Or, souligne le coroner, «le triage de l'établissement avait accordé un niveau 3 au cas de M. Gauthier et selon l'ETG (échelle canadienne de triage et de gravité) le délai d'attente idéal est de 30 minutes».

«Pourquoi un tel délai?» se questionne le Dr Bourassa.

Il rappelle que le plus récent palmarès des urgences de La Presse octroie une note de D- à l'urgence de l'hôpital de Gatineau, la plus faible du classement. «Considérant que le commissaire à la santé et au bien-être indique que les urgences du Québec sont non seulement les pires au Canada, mais aussi les pires du monde occidental et qu'aucune urgence du Québec n'a obtenu plus bas qu'un D-, nous sommes forcés de conclure que les statistiques indiquent que cette urgence est parmi les pires du monde occidental pour les délais de soins», écrit le coroner. 

«Mort accidentelle»

Le coroner Bourassa conclut que De Sale Gauthier est décédé d'un trouble pulmonaire «consécutivement à une sclérose latérale amyotrophique compliquée d'une fracture récente de l'humérus droit». «Il s'agit d'une mort accidentelle avec composante iatrogénique probable», précise le DBourassa. 

Le Larousse définit l'adjectif «iatrogénique» ainsi: «Se dit d'un trouble, d'une maladie provoqués par un acte médical ou par les médicaments, même en l'absence d'erreur du médecin.»

Le CISSSO a pour sa part souligné que le Collège des médecins du Québec n'a pas été interpellé dans ce dossier, «car il n'y a pas de nécessité».

Le rapport recommande notamment au CISSSO «de prendre des mesures pour améliorer les délais de prise en charge médicale à l'urgence de l'hôpital de Gatineau», et qu'une copie soit acheminée à l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec «pour révision et possible inspection si jugée nécessaire par l'ordre professionnel».

Le Dr Bourassa suggère aussi au CISSSO «d'améliorer le processus du relevé des prescriptions et des ordonnances administratives pour réduire les délais à des valeurs acceptables à l'hôpital de Gatineau», puisqu'il a observé «des délais significatifs» dans le dossier de M. Gauthier.

L'enquête n'aurait pas dû attendre, s'insurge le coroner Pierre Bourassa

Une investigation aurait dû être lancée dès le décès de De Sale Gauthier, et non pas seulement après la médiatisation de son dossier. C'est ce que souligne le coroner Pierre Bourassa au terme de son investigation, déclenchée en janvier dernier après que LeDroit eut rapporté le récit de la dernière semaine de la vie du septuagénaire.

«Curieusement, le jour du décès, le médecin inscrit à l'endos de la feuille sommaire d'hospitalisation "décédé subitement sans cause évidente", ce qui devrait être automatiquement un avis au coroner ou au moins au directeur de l'établissement», écrit le Dr Bourassa dans son rapport.

«De plus les causes et circonstances indiquent un aspect traumatique (chute avec fracture de l'humérus) précédant le décès, ce qui représente aussi un motif d'avis obligatoire au coroner.»

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