Un pogo fait déborder le vase

L'assiette constituée d'un pogo, de navet et de... (Courtoisie)

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L'assiette constituée d'un pogo, de navet et de patates.

Courtoisie

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L'expression veut que ce soit une goutte qui fasse déborder le vase. Dans le cas de la famille d'une résidente du centre d'hébergement de La Pêche, c'est un pogo qui a causé le débordement.

La famille d'une dame de 72 ans a été consternée en apercevant le contenu de son assiette, alors qu'elle rentrait d'un séjour à l'hôpital, le soir du 29 juin dernier.

« Il y avait du navet rugueux, les patates, c'est quasiment de la colle pour la tapisserie, et le pogo, elle n'aurait même pas été capable de croquer la saucisse et de l'avaler, ça donnait l'impression d'être du caoutchouc, s'insurge son conjoint, Raymond Renaud. [...] C'est dégueulasse, même mon chien n'aurait pas mangé ça. Et au prix que ça coûte, ils pourraient faire un effort pour leur servir quelque chose de nourrissant. »

À la suite d'un ACV subi dans la quarantaine, la dame a été en mesure de demeurer à la maison pendant près de 20 ans, sous les soins de son mari. Avec l'âge et la dégradation de l'état de santé de son épouse, M. Renaud n'a eu d'autre choix que de demander une place au CHSLD des Collines, dans le secteur Masham de La Pêche.

Dégradation

L'homme affirme qu'au début, les repas servis aux patients étaient de bonne qualité et qu'il en achetait lui-même sur place, deux à trois fois par semaine, pour manger en compagnie de sa femme.

« Ça, c'était avant les coupes, avant le programme d'austérité. Là, ce n'est plus mangeable, lance-t-il. Le soir du pogo, c'est ça qui a fait déborder le vase. C'est là que j'ai pris la décision de prendre la photo et je me suis dit que ça devait changer. Moi-même, j'ai 73 ans, et un jour, c'est moi qui vais rester là aussi. [...] Je ne veux pas virer le monde à l'envers et je ne cherche pas de coupable, je cherche juste à améliorer la situation de ma femme et du monde en général. [...] Je ne jette pas le blâme sur personne en particulier, mais le gros bobo là-dedans, c'est signé M. Barrette (le ministre de la Santé). »

Raymond Renaud souligne que les équipes soignantes « font vraiment leur gros possible », mais estime qu'il y a malgré tout des choses à changer. En plus de la qualité des repas qui laisse selon lui à désirer, M. Renaud déplore avoir dû acheter un four à micro-ondes pour sa femme afin de réchauffer ses plats puisqu'ils arrivent souvent froids, dit-il.

Après avoir vu la photo de l'assiette servie à la septuagénaire, le président du groupe Santé Outaouais 2020, Andrew Gibson, estime que c'est « carrément indécent ». Tout en rappelant que diverses situations touchant les CHSLD ont fait les manchettes dernièrement, M. Gibson estime que le dossier devrait être approfondi « pour voir si effectivement il y a une dégradation à travers le temps et si c'est lié à des coupures dans le contexte de l'austérité ».

Pas de pogos au menu, dit le CISSSO

Les pogos ne font pas partie des menus réguliers des centres d'hébergement, où « les repas sont toujours préparés selon le Guide alimentaire canadien », assure le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO).

Sans vouloir commenter directement les critiques formulées par la famille d'une résidente ayant reçu un pogo dans son assiette au CHSLD des Collines, la porte-parole du CISSSO, Patricia Rhéaume, a indiqué que certains aliments n'étant pas affichés au menu peuvent parfois être servis à la demande de résidents. 

« Il ne faut pas oublier que c'est un milieu de vie, souligne Mme Rhéaume. Si, par exemple, une personne décide de demander à un proche de lui apporter quelque chose d'autre à manger, on n'a pas de contrôle là-dessus. Il peut aussi y avoir des soupers thématiques, comme un barbecue ou un souper spaghetti, mais il y aura toujours un choix de menu qui est santé. »

Le CISSSO note qu'en plus de suivre les lignes directrices du Guide alimentaire canadien, les repas servis en CHSLD « sont variés » et vérifiés par des nutritionnistes, tout en tenant comptent « des limitations et des diètes de certains résidents ». « On est à l'écoute des besoins et des goûts particuliers de chaque résident, ajoute Mme Rhéaume. Il y a aussi souvent des sondages qui sont faits, et la famille peut faire des commentaires et des suggestions, du moment qu'on respecte la politique alimentaire du ministère de la Santé. »

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