Aide médicale à mourir: les infirmières «étonnées» de leurs pouvoirs

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Dans le cadre des consultations ayant mené à l'adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie du Québec, l'OIIQ avait plaidé que les infirmiers praticiens préféraient que ce geste soit posé par les médecins, à tout le moins dans un premier temps.

Martin Chamberland, La Presse

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne

L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a été «étonné» d'apprendre que certains de ses membres pourront prodiguer l'aide médicale à mourir en vertu du cadre proposé par le fédéral.

Cette disposition a été incluse dans le projet de loi d'Ottawa sans que le regroupement québécois ne soit consulté, a souligné vendredi la responsable du développement et du soutien professionnel, Suzanne Durand, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Dans le cadre des consultations ayant mené à l'adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie du Québec, l'OIIQ avait plaidé que les infirmiers praticiens préféraient que ce geste soit posé par les médecins, à tout le moins dans un premier temps.

«Concernant toute la question d'évaluer un patient qui est dans des situations complexes de soins  (...) pour en arriver à une décision qui est loin d'être anodine, c'est-à-dire l'aide médicale à mourir, on préférait que ce soit un geste médical», a expliqué Mme Durand.

«Compte tenu que c'était très nouveau aussi comme option thérapeutique, on voulait peut-être se donner un peu de temps pour mettre en place les choses de façon correcte avec les médecins. Dans un premier temps, je trouvais ça un peu prématuré», a-t-elle spécifié.

La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a fait valoir jeudi que l'inclusion de ces professionnels de la santé permettrait aux citoyens de régions éloignées de se prévaloir de l'aide médicale à mourir, un droit dorénavant constitutionnel.

«C'est vraiment important en particulier pour les communautés rurales et isolées qui n'ont pas accès à un médecin à proximité», a-t-elle dit en point de presse dans le foyer de la Chambre des communes.

«Je crois profondément qu'un large éventail de professionnels de la santé a la formation et l'habileté requises pour prodiguer une foule de soins du début à la fin de la vie», a insisté Mme Philpott, qui est elle-même médecin.

Du côté de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) du Québec, on dit vouloir prendre le temps d'«analyser de manière plus approfondie» la mesure législative d'Ottawa avant de commenter cette disposition précise.

Mais «on salue toute initiative qui permet aux infirmières praticiennes spécialisées d'élargir leur champ de pratique», a écrit dans un courriel Manuel Dionne, conseiller aux communications du regroupement syndical.

Le Québec compte entre 300 et 350 infirmières praticiennes spécialisées à l'heure actuelle. D'ici cinq à huit ans, selon le plan du gouvernement québécois, ce nombre devrait passer à environ 2000, a indiqué l'OIIQ.

Le gouvernement de Justin Trudeau a déposé jeudi son très attendu projet de loi C-14 sur l'aide médicale à mourir, une réponse législative à la décision rendue par la Cour suprême du Canada en février 2015.

La mesure législative, que le gouvernement espère faire adopter avant la date butoir du 6 juin, amende le Code criminel pour exempter certaines personnes, dont les médecins, pharmaciens et infirmiers praticiens, de l'infraction d'aider quelqu'un à se donner la mort.

L'aide médicale à mourir serait réservée aux patients dont «la mort naturelle (doit être) devenue raisonnablement prévisible (...) sans pour autant qu'un pronostic ait été établi quant à son espérance de vie», prévoit la mesure législative.

Le «flou» entourant le vocabulaire du projet de loi indispose l'OIIQ, a signalé Suzanne Durand.

«Nous, au Québec, on l'a bien balisé; on parle de patients qui sont en soins de fin de vie. Au fédéral, on parle d'une mort raisonnablement prévisible», a-t-elle souligné.

«Ça risque d'être complexe pour les cliniciens de savoir ce qu'on entend par là», a suggéré Mme Durand.

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