Calvaire mortel à l'hôpital de Gatineau

De Sale Gauthier a rendu l'âme avant même... (Martin Roy, LeDroit)

Agrandir

De Sale Gauthier a rendu l'âme avant même que sa femme Aline ne puisse arriver à son chevet.

Martin Roy, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

«Une semaine de calvaire.» Voilà comment Aline Breton Gauthier décrit les derniers jours de vie de son mari, décédé en août dernier à l'hôpital de Gatineau.

De Sale Gauthier avait reçu en janvier 2013 un diagnostic de sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi connue sous le nom de la maladie de Lou Gehrig. Bien que ses capacités diminuaient, le septuagénaire qui a dirigé pendant huit ans le Conseil régional de développement de l'Outaouais continuait à manger grâce à l'aide de son épouse, se déplaçait en marchette et était toujours capable de parler.

Tout a basculé à la mi-août 2015, après une chute ayant nécessité son transport à l'hôpital de Gatineau, où il rendra son dernier souffle une semaine plus tard. La veuve de M. Gauthier est encore sous le choc, presque incrédule, en livrant le récit de cette semaine où son mari devait simplement se remettre d'une fracture au niveau de l'épaule.

«Une semaine de calvaire.» Voilà comment Aline Breton... (Martin Roy, LeDroit) - image 2.0

Agrandir

Martin Roy, LeDroit

Entre son arrivée à l'urgence le samedi et son transfert vers une unité de soins le mardi, elle affirme avoir eu toute la misère du monde à obtenir de la nourriture pour son mari, qui prenait normalement deux repas par jour, en plus d'être nourri par gavage à autant de reprises.

«Ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas le gaver à l'urgence, raconte-t-elle. Il a été 24 heures sans rien manger, ça n'a pas de bon sens. [...] J'ai fini par apporter du gavage de la maison. À un moment donné, je suis arrivée là et ils lui avaient apporté un cabaret, mais il ne pouvait pas manger seul, il n'avait plus de force dans les bras.»

Mme Breton Gauthier affirme aussi que les médicaments de son époux, qu'elle avait remis aux paramédics, ont été oubliés pendant trois jours au poste de l'urgence.

«Un soir, alors que je venais de le faire manger, ils sont arrivés avec un gobelet de médicaments, mais c'était bien marqué qu'il devait les prendre une heure avant de manger ou deux heures après, raconte Mme Breton Gauthier. Ils m'ont dit qu'ils n'avaient pas eu le temps de venir avant, mais s'il ne le prend pas une heure avant de manger, le médicament n'a aucun effet. Ça faisait au moins 15 fois que je le leur disais.»

Elle dit aussi avoir informé à maintes reprises le personnel que son mari ne devait pas être couché sur le dos, puisque cela l'empêchait de respirer convenablement. «J'avais averti de l'inscrire au dossier, assure Mme Breton Gauthier. Quelqu'un est venu pour le coucher sur le dos, il a dit "non, non, non" et la fille lui a tout simplement dit: "Je sais faire ma job, vous ne me direz pas comment faire ma job." Et il s'est mis à pleurer.»

Souillé dans son lit

Alors que De Sale Gauthier n'avait jamais éprouvé de problèmes d'incontinence malgré la SLA, Mme Breton Gauthier dit l'avoir trouvé à quelques reprises souillé dans son lit, après de vains appels avec sa petite sonnette.

Le samedi 22 août, jour du décès de son mari, Mme Breton Gauthier a eu tout un choc en sortant de l'ascenseur, une fois arrivée à l'étage où il était hospitalisé. «Je l'entendais crier "Aline" à tue-tête, dit-elle entre deux sanglots. Je suis arrivée et j'ai vu qu'il avait deux piqués complètement souillés, tout imbibés d'urine. [...] Il ne voulait plus que je le laisse.»

Après l'avoir calmé, Mme Breton Gauthier est revenue à la maison et devait retourner à l'hôpital pour l'heure du souper. «Ma décision était prise, je le sortais de là.»

Elle y est toutefois retournée de manière précipitée après que l'hôpital eut téléphoné. De Sale Gauthier n'allait pas bien. Il a finalement rendu l'âme avant que sa femme arrive à son chevet. «J'ai l'impression que dès que je suis partie, il a décidé de décrocher. [...] C'est difficile à dire, mais à l'hôpital, ils l'ont achevé.»

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais n'a pas voulu réagir à cette histoire, en indiquant ne pas commenter les cas particuliers pour des raisons de confidentialité. La porte-parole, Geneviève Côté, souligne toutefois que les gens sont invités à contacter le bureau du commissaire local aux plaintes et à la qualité des services s'ils jugent ne pas avoir reçu des soins ou services appropriés.

Aline Breton Gauthier n'a pas entamé pour l'instant de démarches auprès de cette instance, mais souhaite que son récit fasse «changer les choses».

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer