Les réformes Barrette de plus en plus dénoncées

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Le ministre Barrette maintient sans coup férir que ses réformes amélioreront l'accès aux soins.

Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

La grogne s'intensifie et s'étend à l'intérieur du réseau de la santé et des regroupements de patients à l'égard des réformes du ministre de la Santé, Gaétan Barrette et, surtout, de son style de gestion.

De nombreux groupes, lors de conférences de presse ne portant pas directement sur cette question, ont dénoncé la semaine dernière l'absence de consultation du ministre, la perte d'autonomie des institutions et la loi du silence découlant de la réforme des structures imposée par la loi 10, adoptée sous le bâillon en février dernier.

«On a mis une chape de plomb sur le système de santé», a déclaré l'avocat spécialisé en droit de la santé, Jean-Pierre Ménard. «Il n'y a plus de résistance d'aucune façon à l'intérieur du réseau. [...] Tout le monde est à la main et à la botte du ministre. C'est marche ou crève parce que le ministre a droit de vie ou de mort sur l'emploi des pdg, des conseils d'administration et tout le reste. On a imposé le silence partout avec un régime très directif, très centralisé», a-t-il poursuivi.

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Régine Laurent, abonde dans le même sens: «Pour un gouvernement qui se disait le gouvernement de la transparence, ça n'a jamais été aussi opaque, ce qui se passe dans le réseau de la santé; on n'a pas le choix que de le dénoncer parce qu'il faut que nos concitoyens voient les impacts des décisions que prend ce gouvernement.»

De son côté, le président du Conseil pour la protection des malades, Me Paul Brunet, accuse le ministre d'écarter tout discours qui ne le conforte pas dans sa position.

«De plus en plus, c'est difficile de rencontrer le ministre, c'est difficile d'échanger. C'est comme si, quand on n'a pas la même opinion que lui ou que son ministère, on ne nous parle plus. Et on a perdu toutes nos subventions en passant», a-t-il ajouté.

Le son de cloche de ceux pour qui le réseau existe ne semble en effet pas le bienvenu si l'on se fie à l'expérience du président de l'Alliance des patients pour la santé, Jérôme Di Giovanni, qui avait demandé au ministre dès le 30 septembre 2014 - en compagnie du Conseil pour la protection des malades, du Regroupement québécois des maladies orphelins et du Comité patients et survivants de la Coalition Priorité cancer - d'associer les patients à ses réformes et de créer un comité national des patients pour agir comme expert-conseil à ses côtés.

«Nous étions prêts à faire confiance»

«Nous étions prêts à lui faire confiance dans le cadre de cette réforme, se souvient avec amertume M. Di Giovanni. Quatorze mois plus tard, on n'a pas de réponse du ministre. On a écrit, on a appelé, on a communiqué avec ses attachés politiques et on a été ignorés.»

Cette propension marquée du ministre à aller de l'avant sans consulter inquiète la plupart des intervenants du réseau car les décisions qu'il prend affectent la nature même du régime et ses fondements, dont l'universalité et la gratuité. L'exemple de l'imposition de frais accessoires, décidé unilatéralement par le ministre Barrette et introduit dans la loi 20 une fois les consultations publiques terminées, en est un exemple frappant, selon le directeur général du réseau FADOQ, Danis Prud'homme.

«À la base, à ce que je sache, on a toujours un système de santé universel et gratuit et, malheureusement, c'est de moins en moins vrai et on est en train de le changer sans demander à la population ce qu'elle veut.»

Pour Régine Laurent, il ne s'agit là que d'une autre étape d'un travail de transformation en douce du système. «Quand on parle de désengagement, quand on parle de privatisation, pour moi c'est clair qu'on s'en va vers ça et ce qui est terrible c'est qu'on n'en parle pas à la population et que ça se fait petit morceau par petit morceau», déplore-t-elle.

Selon le docteur Simon-Pierre Landry, du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée, la désaffection du personnel commence à se manifester de façon très tangible sur le terrain.

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