« Madame Café » perd sa place

Pierrette Marcoux distribuait du café bénévolement à l'Hôpital... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Pierrette Marcoux distribuait du café bénévolement à l'Hôpital de Hull depuis 10 ans.

Etienne Ranger, LeDroit

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Une bénévole de longue date de l'Hôpital de Hull se dit victime d'un traitement injuste de la part de ses supérieurs. Affectueusement baptisée «Madame Café» par des habitués de la place, Pierrette Marcoux affirme qu'elle a été écartée de son poste après avoir été visée par des plaintes dont elle ignore la nature.

Après avoir perdu deux filles, Mme Marcoux a voulu occuper ses temps libres. Elle a commencé à faire du bénévolat à l'Hôpital de Hull, pour y distribuer du café aux patients et à leurs proches, qui sont en contrepartie invités à faire un don volontaire à l'association des bénévoles. Depuis une décennie, elle s'y consacrait en moyenne six heures par jour, du lundi au vendredi. Elle déboursait 100$ par semaine afin de payer quelqu'un pour assurer son transport entre la maison et l'hôpital.

La première fois que ses supérieurs lui ont reproché quelque chose, c'était en 2013. «Je n'ai pas le droit de passer le café au premier étage parce qu'il y a un restaurant, mais une fois une garde-malade est arrivée et elle a pris un café, raconte l'octogénaire. Elle m'a dit: "Pierrette, je vais te prendre un café, ma bourse est en haut, il faut que je travaille 12 heures et je n'ai pas de bourse." Il aurait fallu qu'elle paye pour un café au restaurant, mais moi, j'étais près de la boutique, j'allais rapporter le chariot. Elle a pris le café, et ils m'ont suspendue deux jours, ils m'ont dit que c'était pour que j'apprenne à dire non.»

Plus récemment, Mme Marcoux a été convoquée pour une rencontre avec des supérieurs. «Ils m'ont dit qu'ils ont eu encore des plaintes et que j'allais arrêter le café, raconte-t-elle. J'ai demandé ce que j'avais fait, mais ils ne veulent pas me le dire. Mais je n'ai rien fait, je n'ai pas donné de café en bas. C'est faire de la peine à quelqu'un pour rien. Si j'avais fait de quoi, je l'aurais avoué et je me serais excusée. Ils m'ont dit qu'ils essayeraient de me trouver autre chose, que je pourrais travailler quand il manquerait quelqu'un, mais je ne suis pas un bouche-trou.»

Mme Marcoux a ensuite reçu des appels de supérieurs lui suggérant de «trouver une autre activité» pour ne pas s'ennuyer, dit-elle. Sa petite-fille, Roxanne Clément, affirme qu'elle est bouleversée. «Ça fait deux semaines qu'elle m'appelle et qu'elle pleure», raconte-t-elle.

Le porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), Sylvain Dubé, a fait savoir que les plaintes logées auprès de l'association des bénévoles provenaient de la Fondation Santé Gatineau, qui gère notamment le petit café de l'Hôpital de Hull.

«La Fondation avait fait une plainte à l'effet que la dame allait dans des endroits où elle ne devait pas aller et qu'elle offrait du café à des employés, a indiqué M. Dubé. [...] Mais les employés, s'ils ne vont pas au café, ça fait moins de sous pour la Fondation.»

M. Dubé note que les responsables des bénévoles ont revu avec Mme Marcoux l'itinéraire qu'elle devait suivre, «pour s'assurer qu'elle comprenait bien les choses».

Une nouvelle plainte a toutefois été déposée «récemment» par la Fondation «pour que ça arrête», a indiqué M. Dubé.

«Ils auraient pu s'y prendre d'une autre façon si c'est seulement ça», estime de son côté Roxanne Clément, qui déplore le traitement réservé à sa grand-mère dans ce dossier. Mme Marcoux a choisi de ne pas se présenter à un souper de reconnaissance des bénévoles, qui a lieu jeudi, par peur de représailles. «[Une supérieure] m'a appelée et m'a dit que si j'y allais, que je ne devais pas parler de tout ça parce que sinon ils allaient me demander de sortir.»

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