Seringues souillées: le débat prend un virage politique

Jean-François Lisée... (PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL)

Agrandir

Jean-François Lisée

PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Pendant que le Parti québécois (PQ) accuse le gouvernement de régresser en limitant la distribution gratuite aux pharmacies de bacs pour récupérer les seringues usagées, les libéraux répliquent qu'aucun compromis ne sera fait sur la sécurité du public et promettent qu'il n'y aura pas de pénurie.

«Notre préoccupation première reste la même, celle de protéger la santé de la population. On a créé le programme en 2006 justement pour faire en sorte que les aiguilles soient récupérées de façon sécuritaire», de dire Alexandra Bernier, attachée de presse de la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois.

La politique a été modifiée, dit-elle, parce qu'après avoir effectué un sondage auprès des établissements à la suite d'une hausse marquée des commandes, le ministère en est venu à la conclusion qu'il y avait une utilisation inadéquate des contenants jaunes. Ceux-ci n'étaient pas exclusivement réservés pour des fins domestiques et on pouvait par exemple y retrouver des cotons-tiges, mentionne Mme Bernier.

«Les bacs resteront gratuits et seront distribués en fonction de l'historique de l'établissement. Mais c'est évident qu'il pourra y avoir des demandes afin de modifier le nombre selon les besoins de chaque endroit», martèle-t-elle, précisant qu'il n'y a pas lieu de revoir la décision.

Pour sa part, le PQ demande au gouvernement de revenir sur sa décision d'imposer une limite sur la quantité de bacs.

«Ce qu'on voit, surtout lorsqu'il est question de prévention et de santé publique, c'est que le gouvernement fait de la régression», dénonce le porte-parole de l'opposition officielle en matière de services sociaux et de prévention, Jean-François Lisée.

«Chaque dollar investi maintenant, [...] c'est économique pour plus tard, et ça évite des problèmes.»

Le député de Rosemont estime que dans le cas des utilisateurs de drogues injectables, la situation est encore plus critique.

«C'est un exploit d'avoir réussi à amener une population marginale à accepter de remettre les seringues dans des bacs, et une fois qu'on a réalisé ça, là, il risque de manquer de bacs, dénonce-t-il. [...] On demandera [que le gouvernement] retire la directive immédiatement et qu'il rétablisse le statu quo, affirme M. Lisée. Il ne faut pas attendre un incident, parce que chaque incident peut avoir de graves conséquences.»

Les craintes demeurent

De son côté, le directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO), Yves Séguin, note que la nouvelle directive imposant une limite sur le nombre de bacs que peuvent commander les pharmaciens pourrait avoir «un impact majeur».

L'organisme qu'il dirige a beau recevoir des contenants dans le but de les distribuer gratuitement aux toxicomanes, plusieurs s'en procurent aussi auprès de leur pharmacie.

«Il s'agit de notre deuxième bâton dans les roues concernant la récupération de seringues, dénonce-t-il. Avant, on avait accès à des boîtes noires qui pouvaient contenir une dizaine de seringues, mais ça fait à peu près deux ans qu'on n'en a plus. Les bacs jaunes, c'est très visible, c'est très gros, alors que l'étui noir était plus discret. Il a fallait convaincre les gens de prendre les bacs jaunes, mais là si en plus il risque d'y avoir des difficultés pour se procurer des bacs jaunes, ça défait tout.»

M. Séguin affirme qu'il est «quasiment impossible» de savoir combien de personnes, dans la région, consomment des drogues injectables. Chose certain, dit-il, tout changement bouscule les habitudes et nécessite un important travail de sensibilisation de la part des travailleurs de rue.

- Avec Daniel LeBlanc

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer