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Bacs pour seringues souillées: des pharmaciens craignent le pire

Le pharmacien gatinois Claude Veilleux estime que la... (Martin Roy, LeDroit)

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Le pharmacien gatinois Claude Veilleux estime que la directive du ministère vient contrecarrer les efforts mis de l'avant.

Martin Roy, LeDroit

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Des pharmaciens du Québec craignent de voir des patients être contraints de jeter leurs seringues souillées dans des sacs à ordures ou des contenants non prévus à cet effet, à la suite d'une nouvelle directive ministérielle leur imposant une limite sur le nombre de bacs collecteurs qu'ils peuvent désormais commander.

Dans le pire des cas, des patients toxicomanes pourraient tout simplement abandonner leurs aiguilles usagées dans des parcs, faute d'avoir accès gratuitement au petit récipient jaune qu'ils ont appris à utiliser après des années de sensibilisation de la part des pharmaciens.

Depuis 2006, les patients devant s'injecter des médicaments et les utilisateurs de drogues peuvent se procurer gratuitement, en pharmacie, un petit bac jaune afin de disposer de leurs seringues de manière sécuritaire. Une fois le contenant rempli, ils n'ont qu'à le rapporter à leur pharmacie, qui s'occupe du transport jusqu'à l'hôpital.

Une nouvelle directive du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vient cependant de restreindre l'accès à ces bacs, a appris LeDroit. L'entreprise qui les fournit aux pharmacies pour le compte du ministère, Dufort et Lavigne, a reçu comme instruction de ne livrer qu'une seule caisse de contenants de 1,4 litre par mois à chaque pharmacie, et de ne plus distribuer de gros bacs de cinq litres.

Selon l'adjointe au président chez Dufort et Lavigne, Louise Arseneault, la directive est en vigueur depuis le 27 février dernier.

Chaque caisse de petits bacs en contient 36, une quantité jugée insuffisante pour certaines pharmacies.

«J'en donne une cinquantaine par mois minimum, affirme le pharmacien gatinois Claude Veilleux. J'ai donc besoin de deux caisses par mois. Je vais dire quoi aux patients? De mettre les seringues à la poubelle? Ou d'aller les porter eux-mêmes à l'hôpital? Ils ne le feront pas.»

Une technicienne de pharmacie d'un quartier défavorisé de Gatineau, qui préfère taire son nom, craint pour sa part le retour des seringues souillées abandonnées dans les lieux publics.

«On manque déjà de bacs, affirme-t-elle. Les patients nous disent qu'ils vont jeter leurs aiguilles aux poubelles. C'est ma plus grande peur. On a une grosse clientèle sur la méthadone ici. Qu'est-ce qu'ils vont faire avec leurs seringues souillées? Ils vont jeter ça dans les parcs? Les junkies ne payeront pas pour s'acheter eux-mêmes un bac. Et c'est le dernier de leurs soucis de savoir à quel endroit leurs aiguilles vont se ramasser.»

Cette technicienne est bien au fait des risques inhérents à la manipulation de seringues usagées. Elle s'est piquée accidentellement à deux reprises. La première fois, elle ignorait à qui appartenait l'aiguille. Elle a dû se soumettre à une batterie de tests et à une trithérapie préventive. La pharmacie où elle travaille a désormais une politique claire à cet égard. «On refuse tout ce qui est dans un contenant inadéquat, parce que c'est dangereux pour nous, indique la dame. On ne les prend sous aucune condition.»

Claude Veilleux, dont la pharmacie est située dans le Vieux-Hull, estime que la nouvelle directive du MSSS vient contrecarrer les efforts mis de l'avant au cours des dernières années pour sensibiliser les patients à l'importance de disposer de manière sécuritaire de leurs seringues après utilisation.

Il n'y a pas si longtemps, dit-il, les patients étaient nombreux à rapporter des seringues souillées dans des pots de margarine ou des bouteilles de liqueur, donne-t-il en exemple.

Les besoins varient beaucoup d'une pharmacie à l'autre, note également M. Veilleux. Les quartiers où la population est plus dense ou plus âgée sont par exemple plus enclins à compter un grand nombre de personnes diabétiques devant s'injecter de l'insuline.

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