Le Centre 24/7 plaide pour sa survie

La présidente du conseil d'administration du Centre d'aide... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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La présidente du conseil d'administration du Centre d'aide 24/7, Isabel Côté, et sa directrice générale, Nathalie Girard, se désolent du démantèlement planifié de l'organisme.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Les gens en détresse risquent de faire les frais de la tempête que traverse présentement le Centre 24/7, craint l'organisme.

À moins d'un revirement, dès le 1er avril, ce sera un employé du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) qui leur répondra, alors que le centre de la rue Caron s'en occupait depuis 27 ans.

Le centre d'aide en prévention du suicide craint que les interventions soient traitées en silo, plutôt que comme un tout. «Le Centre 24/7 est le seul au Québec qui offre tous les services, du début à la fin. Et on veut le démanteler», se désole Isabel Côté, la présidente du conseil d'administration de l'organisme.

Voyant sa survie menacée, le Centre 24/7 a montré les dents, mercredi matin, en conférence de presse. «Nous remettons en question le choix de démanteler un centre de crise qui a fait ses preuves [...] pour réorienter les services vers un centre en tutelle», a résumé Mme Côté, qui avait à ses côtés plusieurs représentants du milieu communautaire.

La directrice générale Nathalie Girard est entrée dans le vif du sujet: le taux de non-réponse du centre (68 %) à la ligne d'aide 1-866-APPELLE, un des arguments utilisés par l'Agence de la santé de l'Outaouais pour restructurer les services d'aide. «Ce n'est tout simplement pas vrai.»

«En présentant des chiffres comme ça, c'est facile de construire un discours d'incompétence et de nous dénigrer. Soit il y a une profonde méconnaissance du milieu, soit l'Agence veut gagner la guerre des médias...»

Isabel Côté
présidente du c.a. du Centre 24/7

«Ces statistiques ne tiennent pas en compte que, en plus des 3097 appels (en 2014), le centre en a reçu 9483 sur sa propre ligne. Et ça, l'Agence le sait très bien, a souligné Mme Girard. Quand quelqu'un reçoit un signal d'occupation, c'est parce que nos intervenants sont déjà occupés à répondre à des appels de détresse.»

En entrevue avec LeDroit, Mme Côté abondait dans le même sens. «En présentant des chiffres comme ça, c'est facile de construire un discours d'incompétence et de nous dénigrer. Soit il y a une profonde méconnaissance du milieu, soit l'Agence veut gagner la guerre des médias...»

Livrant un plaidoyer bien senti pour sa survie, le Centre 24/7 a appelé mercredi à un moratoire sur le transfert des responsabilités en santé mentale, prévu le 1er avril prochain, ainsi qu'une rencontre d'urgence avec la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois.

La réorganisation des services n'a pas du tout été réfléchie, déplore Mme Côté. «Les drames n'attendent pas les heures de bureau. On n'a qu'à penser à la fusillade dans la garderie de la rue Gamelin, en 2013...» D'ailleurs, tient-elle à souligner, la mission du Centre 24/7 dépasse la simple ligne téléphonique: on parle aussi d'accompagnement et d'hébergement. Elle y voit une autre faille dans la décision prise par l'Agence. «Le montant que le CISSSO va consacrer à la ligne Info-Social, c'est essentiellement la même chose que la subvention que nous recevions présentement pour toute la mission.»

Prêts à collaborer

Malgré tout, le Centre 24/7 se dit prêt à continuer de faire sa part pour s'assurer que les services aux gens en détresse ne paient pas le prix de ce désaccord.

«Nous sommes loin d'être contre la création de la ligne info-Social», affirme Mme Côté. «Mais on ne comprend pas qu'on redirige les sommes de cette façon.»

Dans son plan adopté à la mi-février, l'Agence de la santé proposait que le centre d'aide continue de s'occuper de l'hébergement d'urgence et de la prévention du suicide. Une somme annuelle de 200 000 $ permettrait notamment de maintenir quatre lits d'urgence.

«À peine de quoi payer un employé par lit», se désole la présidente du c.a. de l'organisme. «Sans compter le loyer, les factures... On voudrait savoir d'où ça vient, ces chiffres.»

À l'Agence de la santé de l'Outaouais, on préférait s'abstenir de commenter les déclarations de mercredi. «Pour l'instant, l'Agence étudie le dossier et prévoit réagir prochainement», a affirmé la porte-parole Geneviève Côté.

«Si je suis en vie aujourd'hui, c'est grâce à eux»

Louis (nom fictif) ne passe pas par quatre chemins: «Si je suis heureux - et en vie - aujourd'hui, c'est grâce au Centre 24/7.» Et quand il a entendu parler de la tempête que traverse le centre, il a tout de suite voulu raconter son histoire au Droit.

L'ancien camionneur de 53 ans a songé à mettre fin à ses jours, au milieu des années 1990, après une séparation particulièrement chaotique.

«Après avoir bu toute une soirée, je broyais du noir. Je suis allé au pont Alonzo, il était peut-être 23 h, j'ai pensé à sauter. Mais je me suis dit que laisser mon fils là, ça se faisait pas.»

C'est à ce moment qu'il s'est rappelé du Centre 24/7. «Je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose pour pas que je finisse en bas du pont.»

Passablement éméché, il se rend au centre situé sur la rue Caron - une visite impromptue, comme on l'appelle dans le milieu. Sur place, malgré son état, il est accueilli à bras ouverts, raconte-t-il, encore un peu surpris. «La première chose qu'ils m'ont demandée en me voyant arriver, c'est de raconter mon histoire - ma femme qui me trompe, le passage en cour, tout. Et ils m'ont gardé pour la nuit.»

Dans sa voix, la gratitude est palpable. «Le divorce a été pas mal tough. Quand j'avais des mauvais jours, j'appelais. [...] J'ai tout perdu avec ça : ma job, ma maison... Et c'est grâce à eux que j'ai tenu le coup.»

Aujourd'hui, Louis va beaucoup mieux. Il s'est remarié. Il a trouvé un nouvel emploi. «Ils m'ont appris à apprécier ce que j'avais. [...] Eux, ils te parlent en personne, au téléphone, ils te suivent. C'est toujours la même personne, elle te connaît.»

«J'ai eu de la chance qu'il y ait un centre comme celui-là pas loin de chez moi.»

De l'aide à portée de main

Sophie, 31 ans, est du même avis.

Souffrant de trouble de personnalité limite et d'anxiété, elle raconte avoir souvent fait appel au Centre 24/7. «À une certaine époque, j'appelais à peu près chaque mois.»

«Je n'avais pas encore de diagnostic à ce moment-là, j'étais souvent en crise. Et le 24/7, c'était la seule place que je connaissais vraiment», explique la jeune femme. «À un moment donné, j'étais tannée de me retrouver à l'urgence. [...] Les gens du 24/7, ils m'ont gardée en vie, avant que je me fasse diagnostiquer et que je sache se que j'avais vraiment.»

Encore aujourd'hui, avoir le numéro à portée de main la rassure, raconte-t-elle. «Quand t'es en crise à 5 h du matin, même si t'as un psy, le 24/7, c'est utile.»

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