Les dangers de se soigner sur Internet

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Internet a révolutionné le monde. Les gens y communiquent, s'y informent. Mais des risques pour la santé y sont aussi associés. Les patients sont nombreux à fouiller sur le Web pour y dénicher des informations sur leurs symptômes ou sur les traitements de pathologies. Ils arrivent parfois dans le cabinet de leur médecin avec un autodiagnostic, ou encore avec des pistes de traitements non conventionnels, qui sont parfois basés sur des données non prouvées scientifiquement. D'autres évitent carrément le recours à la consultation médicale.

Les pro-vaccins et les anti-vaccins se livrent une guerre de mots et de statistiques depuis longtemps, un phénomène amplifié par l'avènement des réseaux sociaux. Mais il n'y a pas que le débat sur la vaccination qui est en vogue. Les textes faisant état du «danger» lié à la consommation de gluten, les recettes de boisson visant à éliminer des «toxines» de l'organisme ou encore les suggestions de traitements alternatifs pour vaincre des maladies déclarées incurables par des médecins cumulent les partages et les clics.

Le Dr Jean-Pierre Courteau, adjoint médical au directeur régional de santé publique de l'Outaouais par intérim, est bien au fait de la prolifération d'informations plus ou moins fiables sur Internet. Le danger réside surtout, selon lui, dans l'analyse faite par les gens qui consultent ces informations. Les médecins vont évidemment rapidement s'inquiéter s'ils ont devant eux des cas extrêmes, comme des patients souhaitant renoncer à une chimiothérapie pour se tourner vers des options qu'ils jugent plus «naturelles».

«L'Internet a permis l'accès à toutes sortes de sources, sur des sujets en santé, notamment. Toutes les sources sont là, mais il n'y a pas de censure des sources, il n'y a pas de hiérarchie de la valeur scientifique de ces sources-là. [...] Ce à quoi les cliniciens doivent faire face, ce sont des gens qui sont allés sur Internet et qui arrivent parfois avec des autodiagnostics ou encore avec des idées bien arrêtées sur le traitement ou sur le médicament qu'ils devraient obtenir.»

Face à ce phénomène, un pharmacien montréalais a même lancé un blogue à saveur humoristique, lepharmachien.com, afin de déboulonner les mythes véhiculés sur le Web à grands coups de références issues de la «pseudoscience».

Cette accessibilité grandissante à l'information n'a toutefois pas que de mauvais côtés, s'empresse d'ajouter le Dr Courteau. «C'est un effet qui n'est pas totalement négatif dans le sens où les gens ont la possibilité de s'informer sur leur maladie, de poser les bonnes questions et de s'outiller», souligne-t-il.

N'empêche que dans certains cas, les médecins doivent passer davantage de temps avec leurs patients afin de «contrecarrer des croyances» qu'ils avancent.

«Ce n'est pas totalement négatif dans le sens où les gens ont la possibilité de s'informer sur leur maladie, de poser les bonnes questions et de s'outiller.»

Dr Jean-Pierre Courteau
adjoint médical à la Direction de santé publique de l'Outaouais

Quand vient le temps, par exemple, de parler des multiples «cures» proposées sur Internet pour éliminer les «toxines» du corps, la médecine conventionnelle et la médecine douce ne s'entendent pas.

«Pour la question des toxines, le terme qui est utilisé, on ne le comprend pas en médecine, explique le Dr Courteau. Nous, on utilise le mot toxine pour la toxine du botulisme, par exemple. Il y a deux vocabulaires différents.»

Pas nécessairement nuisible, mais...

Les adeptes de telles «cures» ne nuisent pas nécessairement à leur santé, précise le Dr Courteau. Tout dépend des techniques ou produits utilisés. Mais ils ne sont pas non plus assurés de l'améliorer, dit-il en souhaitant que ceux qui se lancent dans des cures de la sorte ne le fassent pas au détriment de leurs besoins essentiels. «C'est moins grave si tu dépenses 40$ en produits inutiles et que tu as suffisamment de revenus que si tu te prives d'aliments sains», donne-t-il en exemple.

Des dangers peuvent toutefois survenir lorsque des patients tournent le dos aux traitements médicaux conventionnels. Les cures préconisant un jeûne sont inquiétantes, note le Dr Courteau, qui se rappelle un professeur d'endocrinologie lui ayant mentionné ne pas souhaiter un jeûne à son pire ennemi.

Dans la région, le cas de la naturothérapeute Louise Lortie a aussi fait les manchettes pendant une dizaine d'années. Elle avait été reconnue coupable, en 2005, de l'homicide involontaire de Lisanne Manseau, une diabétique âgée de 12 ans. La jeune fille est décédée en 1994, trois jours après que Mme Lortie eut convaincu sa mère d'arrêter ses injections d'insuline au profit d'un traitement à base de jus de betterave et de bains contenant divers ingrédients, comme du cidre de pomme et du thym.

Lu sur Internet

«Quand on refuse d'écouter quelque chose, on peut avoir des otites, des douleurs d'oreilles.» (www.espritsciencemetaphysiques.com)

«Le lait cause dans le corps la production de mucus, spécialement dans le conduit intestinal. Les cellules cancéreuses s'alimentent de mucus. En éliminant le lait et en lui substituant du lait de soja, les cellules du cancer n'ont rien à manger, par conséquent elles meurent.» (www.lasantenaturelle.net)

«Même pris en petite quantité ou exceptionnellement, un aliment contenant du gluten provoque des lésions de l'intestin.» (www.sante-nutrition.org)

«En occupant et en saturant les récepteurs, les peptides provenant du gluten et de la caséine mal métabolisés, vont alors entraîner des dérèglements du comportement et favoriser le développement de maladies dégénératives et du système nerveux central. [...] Les peptides opioïdes dérivés du gluten ont un rôle étiopathogénique dans l'autisme.» (www.intolerancegluten.com)

«De par leur nature même, les ingrédients des vaccins sont extrêmement toxiques. [...] Pas seulement le sida, mais le cancer du sang chez les enfant qui en affecte de milliers peut aussi être dû en premier lieu à la nature extrêmement toxique des ingrédients de vaccins injectés directement dans le flux sanguin.» (www.sante-nutrition.org)

«La médecine traditionnelle orientale préconise une cure d'élimination une à deux fois par an, les naturopathes occidentaux aussi. [...] Selon d'autres médecines alternatives, des périodes de jeûne ou de monodiètes (manger un seul type d'aliment) plus ou moins longues sont préconisées pendant [les] cures de détoxication.» (www.antiageintegral.com)

«Maintenant, vous avez le miel de votre côté, et comme vous pouvez le voir, il peut même guérir tous les types de cancer les plus dangereux, même si on vous dit qu'il ne vous reste pas longtemps à vivre.» (www.espritsciencemetaphysiques.com)

La vaccination, «un acte de solidarité»

Une grande aiguille qui transperce la peau d'une petite cuisse ou d'un petit bras. L'image a beau susciter un pincement au coeur chez bien des parents, ils sont une majorité à faire vacciner leurs enfants afin de les protéger contre de graves maladies. D'autres résistent aux arguments des autorités de santé publique, et tentent par plusieurs moyens de présenter leurs arguments comme étant la vérité pure et simple.

Chaque individu est libre de se faire vacciner ou non, de faire vacciner ses enfants ou non. Mais les responsables de la santé publique insistent sur le fait qu'il importe, pour une société, d'aller chercher un taux de vaccination populationnel très élevé.

«C'est sûr que si on relâche les efforts de vaccination, on va se retrouver avec un système de santé qui non seulement a des difficultés de financement actuellement, mais qui est aussi obligé de traiter des gens qui ont des maladies qui sont réapparues, souligne le Dr Jean-Pierre Courteau, adjoint médical au directeur régional de santé publique de l'Outaouais par intérim. [...] Il faut qu'on ait suffisamment de gens protégés pour que les gens non protégés ne viennent pas en contact les uns avec les autres. La vaccination, c'est un acte de solidarité.»

Le Dr Courteau indique que les individus réfractaires à la vaccination «sont souvent des gens qui sont de niveau socioéconomique plus élevé, et assez éduqués». Les raisons les poussant à réfuter les recommandations médicales peuvent toutefois être multiples. «Il y en a qui ont été déçus par un traitement médical, il y en a qui ont besoin d'avoir l'impression d'être autodéterminants, de contrôler leur vie, donc ils n'aiment pas se faire imposer des connaissances ou des croyances.»

Les médias ont eux aussi un rôle à jouer, estime le Dr Courteau. Quand un reportage télé sur le débat entourant l'innocuité de la vaccination montre en boucle des images d'enfants pleurant au contact de l'aiguille, par exemple, la perception du téléspectateur peut en être affectée de manière inconsciente, croit l'expert en santé publique. «Pourquoi on ne montrerait pas des enfants qui n'ont pas la rougeole et qui jouent dans un parc?» demande-t-il.

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