Le programme de don d'organes ébranlé en Outaouais

«Si nous ne sommes pas là pour parler... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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«Si nous ne sommes pas là pour parler aux familles de ce qu'est une greffe, et de l'importance de ce don, il y aura moins de familles capables de prendre une décision éclairée», a expliqué l'infirmière Annie Leduc en conférence de presse.

Patrick Woodbury, LeDroit

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L'abolition de deux postes d'infirmière responsable du programme du don d'organes en Outaouais fait craindre des décès supplémentaires dans la région, dit la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Les restrictions budgétaires dans ce programme affecteront de façon directe le don d'organe, selon le personnel infirmier, qui a dénoncé la politique du ministre Gaétan Barrette, jeudi matin.

Une de ces deux infirmières, Annie Leduc, explique que sans leurs interventions à temps plein, beaucoup de familles seront laissées à elles-mêmes lorsque viendra le temps de prendre une décision sur le don des organes de leur proche décédé. «Malheureusement, nos pauvres familles vont être délaissées aux soins intensifs. Il va y avoir des gens qui sont en attente qui vont décéder, dû à cette situation administrative-là.»

Une trentaine de personnes est en attente d'une greffe en Outaouais. Les trois quarts attendent un rein.

«Si nous ne sommes pas là pour parler aux familles de ce qu'est une greffe, et de l'importance de ce don, il y aura moins de familles capables de prendre une décision éclairée», explique Mme Leduc. L'infirmière rappelle qu'en 2013, au Québec, 130 des 165 donneurs provenaient d'hôpitaux ayant une telle infirmière ressource.

L'abolition de ces deux postes est absorbée par la création d'un autre plus restreint, «cinq jours aux deux semaines», pour remplir le même mandat. Les deux infirmières ont refusé de remplir leurs fonctions dans ces nouvelles conditions, jugeant que trop peu de temps leur était alloué pour bien remplir leur tâche.

Les infirmières ont fait témoigner un homme ayant bénéficié d'une greffe, et des membres d'une famille qui a été soutenue lors du décès d'un des leurs. Cette famille a pris la décision de donner les organes, avec le soutien d'une des deux infirmières.

Un grand-père sauvé par une greffe

Pour Rodrigue Beauchamp, le programme d'éducation et de sensibilisation au don d'organes lui a sauvé la vie.

Sans le rôle que jouent les infirmières attitrées au programme qui vient d'être réduit, à Gatineau, M. Beauchamp estime qu'il ne serait plus ici, aujourd'hui, pour s'occuper de ses deux petits-enfants de deux et de trois ans. Il a reçu une greffe pulmonaire il y a six ans. «Je vis à travers ces familles qui décident que oui, ils font le don d'organes. Les familles peuvent voir leur père, leur mère, leur fils, vivre à travers quelqu'un d'autre.»

Le survivant peut aujourd'hui respirer librement. Avant la greffe, il pouvait à peine parler, le souffle court. «Pour un maigre 22000$, on va couper un programme qui est essentiel. Ça prend de l'information, un suivi. Ça va prendre des années à rebâtir...»

Seulement 1 % des personnes qui décèdent font le don de leurs organes. Lorsque le mourant ne peut se prononcer, 42 % des familles refusent le don, pour diverses raisons, ou parce qu'elles ignorent les dernières volontés du disparu. C'est à ces familles que les infirmières doivent s'adresser pour leur expliquer l'importance du don.

L'Outaouais compte 39 décès reliés au manque de donneurs, l'année dernière. Des deux postes à temps plein dédiés à de programme, il n'en restera qu'un, à raison de cinq jours aux deux semaines.

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