Foyers pour aînés: Québec rendra les gicleurs obligatoires

La tragédie de L'Isle-Verte a soulevé plusieurs questions... (Alain Roberge, Archives La Presse)

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La tragédie de L'Isle-Verte a soulevé plusieurs questions par rapport aux résidences pour aînés.

Alain Roberge, Archives La Presse

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne

Il sera désormais obligatoire pour la plupart des résidences privées pour aînés déjà construites de se doter d'un système de gicleurs, a annoncé mardi le gouvernement du Québec.

En présentant cette nouvelle obligation, le ministre québécois du Travail, Sam Hamad, a fait savoir qu'il donnait ainsi suite à une des recommandations du rapport du coroner Cyrille Delâge sur la tragédie de L'Isle-Verte. Lors de cet incendie d'une résidence pour personnes âgées en janvier 2014, 32 personnes ont perdu la vie et plusieurs autres ont été blessées. Le drame a mis en branle une grande révision de la sécurité des foyers pour aînés.

Les responsables de ces résidences certifiées disposeront d'une «période transitoire» de cinq ans pour se plier à cette nouvelle exigence.

Le ministre a également indiqué qu'il était parfaitement conscient que cette obligation entraînera des dépenses supplémentaires. Il estime le coût total des travaux pour les résidences du Québec entre 220 et 260 millions $. Il a indiqué que son gouvernement a donc prévu un programme de financement.

Par contre, aucun chiffre n'a été avancé pour le moment. Il faudra attendre le prochain budget pour voir dans quelle mesure les propriétaires de résidences recevront de l'aide et quelle forme elle prendra: crédit d'impôt, subvention ou prêt.

«La sécurité des aînés n'a pas de prix», a martelé Sam Hamad en conférence de presse à Québec avant de répondre que le gouvernement n'allait pas défrayer le coût total de cette nouvelle mesure.

«En partie», a-t-il dit, promettant que l'incitatif financier sera «assez intéressant».

Les travaux nécessaires pour l'installation d'un système de gicleurs peuvent être très onéreux. Leur installation au plafond exige que le système de tuyaux soit encastré. Lors de son témoignage devant le coroner Delâge, le copropriétaire de la Résidence du Havre à L'Isle-Verte, Roch Bernier, avait témoigné qu'il avait obtenu une soumission pour faire installer des gicleurs dans la parti ancienne de la résidence - celle qui a été complètement rasée par les flammes et où les résidants ont perdu la vie - et que la facture se serait élevée à 75 000 $.

Sans être une panacée, les gicleurs «vont aider le travail des services incendies et des vies pourront être sauvées», a indiqué le ministre Hamad.

Le coroner Delâge avait d'ailleurs eu cet avertissement dans son rapport dévoilé la semaine dernière: «Je voudrais ici que l'on me comprenne bien. Un système de gicleurs automatiques dans un immeuble ne règle pas tous les problèmes, particulièrement lors d'un feu de structure qui pourrait causer une fumée mortelle à l'intérieur d'un bâtiment sans l'intervention du système».

Par contre, ils peuvent retarder la progression du feu et permettre une évacuation plus sécuritaire.

Certains établissements n'auront toutefois pas à être équipés de gicleurs. Les bâtiments de type unifamilial accueillant au maximum neuf personnes et ceux ne comportant qu'un seul étage et ne regroupant pas plus de huit logements seront ainsi exemptés.

Ceux-ci devront toutefois respecter certaines conditions, notamment d'avoir à chaque étage une porte menant à l'extérieur du bâtiment.

L'annonce n'est qu'une première étape, a dit M. Hamad. Après, Québec regardera ce qui peut être fait pour les résidences pour aînés qui ne sont pas certifiées par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

L'Association des chefs en sécurité incendie du Québec (ACSIQ) a réagi positivement à la nouvelle.

Selon le responsable du comité de prévention incendie de l'ACSIQ, André Saint-Hilaire, cette annonce entraînera «une évacuation efficace et adéquate des résidants en cas d'urgence».

En outre, d'après lui, elle «facilitera le travail des services de sécurité incendie et, par le fait même, des vies pourront être épargnées».

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) applaudit l'annonce du gouvernement.

Mais il s'inquiète de l'impact de la mesure sur les petits foyers.

«Il existe une réelle pression financière sur les résidences pour aînés, principalement les petites et moyennes résidences, qui sont généralement établies en milieu rural. Le coût qu'engendrera cette nouvelle mesure risque malheureusement d'alimenter l'actuelle vague de 'décertification' de résidences pour aînés», a fait valoir Yves Desjardins, président-directeur général du RQRA.

Il estime que depuis les deux dernières années, environ 200 résidences ont quitté la certification du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

M. Hamad a aussi promis que son gouvernement allait maintenant s'attaquer aux autres recommandations du coroner Delâge.

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