Les urgentologues craignent le pire

Les patients orphelins souffriront de la réforme Barrette,... (Étienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

Les patients orphelins souffriront de la réforme Barrette, craint la Dre Valérie Caron, chef du département de l'urgence au CSSSG. «Il y en a qui ne sont pas capables d'avoir accès à un médecin de famille. [...] À un moment donné, ça devient (urgent) et ces gens-là, il faut qu'on les voie.»

Étienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les urgentologues gatinois craignent une hausse de la morbidité et de la mortalité chez les patients si le projet de loi 20 du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est adopté.

Dans une lettre adressée à la députée de Hull, Maryse Gaudreault, et à la ministre responsable de l'Outaouais, Stéphanie Vallée, dont LeDroit a obtenu copie, les urgentologues dénoncent « l'inquiétude » et « l'indignation » qui règnent depuis le dépôt du projet de loi 20, qu'ils qualifient d'« irresponsable ».

Aux yeux des signataires, c'est le patient qui risque de payer si le projet de loi est adopté. Selon eux, les dispositions du projet de loi pourraient faire disparaître une dizaine de quarts de travail par semaine aux urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau, ce qui représente « l'équivalent de deux médecins par jour et par site ».

Une situation « indécente »

Les temps d'attente sont déjà parfois « indécents », affirment les urgentologues du Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG), qui estiment que les plans du ministre Barrette ne feront qu'empirer la situation.

« Quand les temps d'attente s'allongent, les durées de séjour à l'urgence s'étirent et les taux d'occupation des civières grimpent, notent-ils. Le corollaire : plus de patients malades qui quittent avant d'être vus, une équipe surchargée qui ne suffit pas à la demande, plus de délai dans la dispensation de soins, plus de risque d'erreurs. C'est là une situation qui est clairement liée, dans la littérature médicale, à un surcroît de morbidité et de mortalité pour le patient. »

La Dre Valérie Caron, chef du département de l'urgence au CSSSG, donne l'exemple de patients dont l'état n'exige pas une consultation urgente, mais qui ont tout de même besoin de voir un médecin. « Il y en a qui ne sont pas capables d'avoir accès à un médecin de famille, et qui finalement vont avoir un cancer ou une maladie cardiaque, indique-t-elle. Ce ne sont pas des urgences vitales, mais à un moment donné, ça le devient et ces gens-là, il faut qu'on les voie quand même. »

La réponse de Gaudreault

La députée de Hull, Maryse Gaudreault, rétorque qu'elle doute que le nombre d'urgentologues diminuera.

« Ça, c'est la lecture que ces gens-là en font, a réagi Mme Gaudreault. Mais moi, je ne crois pas qu'il serait, à l'heure actuelle, possible de diminuer le nombre de médecins à l'urgence. [...] Dans la réalité, je ne crois pas que ce soit l'objectif ultime de ce projet de loi que de diminuer le nombre de médecins urgentologues à l'urgence de Hull. Si tel est le cas, je vais certainement intervenir auprès du ministre, parce que ce n'est pas l'objectif du projet de loi tel qu'on me l'a présenté et tel que je le lis. »

Mme Gaudreault estime plutôt que le projet de loi « vise exactement à atténuer toutes ces difficultés avec lesquelles les patients doivent conjuguer ici en Outaouais ». La députée affirme également qu'elle ne craint pas un départ de médecins de l'Outaouais vers l'Ontario si le projet de loi est adopté. « Je ne vois rien qui va venir diminuer le service aux citoyens », dit-elle.

Maryse Gaudreault rappelle par ailleurs que les différents acteurs touchés par le projet de loi 20 pourront se faire entendre, ce qui pourrait mener au dépôt d'amendements.

« La prémisse de départ [du projet de loi] est très louable et j'ai bon espoir que lors de la commission parlementaire et lors des consultations, on va pouvoir apporter des solutions aux éléments qui posent problème pour certains. »

La Dre Caron assure de son côté que les urgentologues du CSSSG ne veulent pas être « juste des acteurs passifs », et qu'ils souhaitent « agir » pour que les choses s'améliorent. « Mais ce projet de loi est très menaçant », s'inquiète-t-elle.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer