Première visite mouvementée pour le ministre Barrette

Des travailleurs du milieu de la santé attendaient... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Des travailleurs du milieu de la santé attendaient le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de pied ferme vendredi matin.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Une cinquantaine de travailleurs du milieu de la santé attendaient le ministre de la Santé du Québec de pied ferme, vendredi, pour sa première visite en Outaouais depuis la présentation de son projet de réforme en profondeur du réseau.

Et il n'était pas question pour Gaétan Barrette d'entrer par la porte arrière des bureaux de l'Agence de la santé pour venir expliquer de vive voix son projet de loi 10 aux dirigeants régionaux du réseau. Visiblement affaibli par une vilaine grippe, le ministre Barrette a traversé la ligne bruyante de manifestants sans broncher, tant à l'arrivée qu'à son départ. 

Il a lui-même demandé à discuter avec les représentants syndicaux lors d'une rencontre d'une quinzaine de minutes, avant de se prêter à un long point de presse de plus de 30 minutes avec les représentants des médias où il a répondu à toutes les questions.

«Je n'ai jamais vu une tentative de réforme au Québec qui a été applaudie au départ, a-t-il lancé. Je n'ai jamais vu un projet de réforme qui n'a pas fait l'objet d'incompréhension ou de sorties publiques. Je fais confiance aux travailleurs du réseau, ils vont finir par comprendre. Je comprends très bien leur réaction actuellement, mais je suis convaincu qu'avec le temps ils vont voir que leurs appréhensions ne sont pas fondées.»

Le projet de loi 10 du ministre Barrette doit mener, rapidement, à une importante réforme du réseau de la santé. En Outaouais, s'il est adopté tel quel, ce projet de loi mènera à l'abolition de tous les établissements de santé pour les regrouper sous une seule direction. L'Agence de la santé disparaîtra du paysage afin d'être elle aussi amalgamée à ce nouveau méga établissement, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO). L'organisation comptera environ 8000 employés et disposera d'un budget avoisinant les 800 millions $.

«J'ai rencontré les représentants syndicaux ce matin, et ils sont convaincus que le projet de loi 10 va abolir les services sociaux, a-t-il lancé. Dans la réalité, il vise à les intégrer aux services de santé plus complexes afin d'améliorer la fluidité des services. Ils sont aussi convaincus que la résultante d'une restructuration sera des coupures de services, alors que c'est exactement le contraire. Ils ne sont pas de mauvaise foi, ce sont des êtres humains, ils sont très importants, ils font fonctionner le système de santé et là ils ont des inquiétudes et je tente d'y répondre. Cette tournée des régions sert à préciser la finalité de ce projet de loi.»

Les inquiétudes sont effectivement très vives chez les travailleurs du milieu de la santé. Ils craignent que cette nouvelle réforme ne vienne fragiliser un réseau qu'ils jugent déjà affaibli par les fusions de 2003. Selon eux, la réforme du Dr Barrette va «renforcer la culture de l'hospitalocentrisme et fera reculer l'approche préventive préconisée par plusieurs acteurs du réseau, dont le secteur communautaire».

Accusé de mentir

La représentante de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et de services sociaux (ATPS), Andrée Poirier, accuse le ministre Barrette de carrément mentir à la population. «C'est clair que cette réforme va nuire à la proximité des services, lance-t-elle. C'est inquiétant pour les territoires plus éloignés en Outaouais. Les efforts de compression jumelés à cette réforme vont se faire sur le dos de la population. Ça va faire augmenter les listes d'attente et nuire aux services destinés aux personnes les plus vulnérables. On ne peut pas couper des postes d'éducatrice dans les centres de jour pour personnes âgées et dire qu'on ne coupe pas dans les services. C'est faux de penser que cette réforme va améliorer la fluidité des services.»

Gaétan Barrette soutient que sa réforme est bien accueillie par les directions des établissements. «Dans le cas des syndicats, ça varie d'un endroit à l'autre, dit-il. J'ai confiance que ça va se résorber avec le temps.»

Les super-cliniques, une partie de la solution

«Vous aurez de la part du ministère de la Santé une attention très particulière à partir de maintenant», a affirmé vendredi le ministre Gaétan Barrette à l'intention des patients de l'Outaouais.

Ce dernier a précisé qu'à son avis, il est «incompréhensible» que la région de l'Outaouais ait autant de la difficulté à recruter des médecins. «Mais vous avez malheureusement de la difficulté pour toutes sortes de raisons, a-t-il ajouté. L'Outaouais a une situation particulière en terme de climat de travail, de recrutement et de développement. Si les gens ne viennent pas ici, c'est qu'ils reçoivent un mauvais message.»

Le ministre entend d'ailleurs s'attarder à l'adhésion des médecins de famille au concept de super-clinique dont un certain nombre doivent voir le jour en Outaouais d'ici la fin du présent mandat des libéraux. Par le passé, ce manque d'adhésion des médecins a souvent été pointé du doigt pour expliquer l'absence de clinique-réseau dans la région comme il s'en trouve à Montréal ou Québec.

«Il y a des réponses à ça, mais je ne peux pas les dire, a affirmé le ministre. Toutefois, les cliniques-réseau sont comme des Groupes de médecine familiale (GMF). Ces cliniques ont des contrats et elles doivent les respecter. C'est une problématique qu'on voit un peu partout au Québec. Il faut que ces contrats soient respectés.»

Les premières super-cliniques, la nouvelle mouture proposée par les libéraux, doivent voir le jour au début 2015, a mentionné le ministre de la Santé. Certaines cliniques n'attendent que l'approbation de Québec pour aller de l'avant. En Outaouais, tout est toutefois encore à faire.

Quant à savoir si la pénurie de médecins de famille qui afflige l'Outaouais depuis des décennies pourrait retarder la mise en place des super-cliniques, le ministre a pondu une réplique toute en nuance. «La réponse devrait être non, mais elle pourrait être oui.»

Le plan d'avenir du CSSSG tient toujours, dit Barrette

La vaste réforme annoncée par le ministre Gaétan Barrette viendra facilement se greffer au plan d'avenir développé par le Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG) qui veut faire de l'Hôpital de Gatineau un mégacentre ambulatoire, et de l'Hôpital de Hull, un établissement qui réunira les soins de santé spécialisés.

Le ministre a confirmé cette intention vendredi, lors de son passage dans la région pour venir expliquer les tenants et aboutissants de son projet de loi 10. Le CSSSG a présenté, il y a quelques mois, le fruit du travail entamé il y a plus de deux ans par une firme d'experts-conseils et par le Comité 2025. Ce groupe avait rejeté la possibilité de construire un méga-hôpital et préféré la création de deux pôles distincts à Gatineau et Hull. L'un pour les soins spécialisés, l'autre pour les services ambulatoires.

«Ce qui a été pensé est très correct et ça doit demeurer et être intégré à la réforme, a précisé le ministre Barrette. On va même aller plus loin et nous allons partir de ça pour faire des ententes de soins avec les établissements à Maniwaki et établir des corridors de services avec Buckingham et Wakefield. Le patient qui va rentrer avec un problème de santé sérieux à l'Hôpital de Maniwaki pourra compter sur des protocoles de services clairs qui détermineront son parcours de soins dans tout le reste du réseau. Le projet de loi 10 vise à faire en sorte que sur un territoire donné, tous les services soient accessibles et donnés de manière fluide.»

Une faculté, oui, mais pas en 2016

L'Outaouais aura sa faculté satellite de médecine, mais peut-être pas en 2016, comme le prévoit le plan initial présenté par l'Université McGill.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a précisé vendredi qu'il serait «honnêtement difficile» de confirmer maintenant que la faculté satellite pourra accueillir sa première cohorte d'étudiants en 2016.

«C'est une question d'infrastructure, a-t-il dit. Nous sommes en discussions avec l'Université McGill pour finaliser ce qui sera nécessaire comme ressources physiques. L'Université a des demandes supplémentaires. Le campus satellite va se réaliser, nous en sommes à déterminer quand.»

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