L'automutilation chez les ados inquiète les médecins

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Le plus souvent, il s'agit de patients âgés de 12 à 17 ans qui s'infligent des coupures sur différentes parties de leur corps en utilisant toutes sortes d'objets.

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Alison Auld, Sue Bailey
La Presse Canadienne

Les services de santé mentale du pays sont débordés face au nombre grandissant d'adolescents qui se présentent aux urgences avec des blessures auto-infligées et des pensées suicidaires, affirment des pédopsychiatres.

«Nous voyons deux fois plus d'enfants qu'il y a 10 ans», souligne le Dr Hazen Gandy, chef de la division de psychiatrie communautaire au Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO).

Le plus souvent, il s'agit de patients âgés de 12 à 17 ans qui s'infligent des coupures sur différentes parties de leur corps en utilisant toutes sortes d'objets, des lames de rasoir aux extrémités pointues d'un rapporteur d'angles, explique-t-il.

«Ils peuvent aussi se brûler. Ou encore s'infliger des contusions en se cognant les poings à répétition sur un mur. C'est en quelque sorte une façon de donner au corps toute une série de stimulations différentes qui leur permettent de ne plus se sentir aussi mal à l'intérieur.»

Le spécialiste explique que les blessures auto-infligées sont un symptôme de problèmes plus profonds, comme l'anxiété ou la dépression, causés par des facteurs complexes. Ce qui est clair, dit-il, c'est que la multiplication de ces cas affecte le système de santé à travers le pays.

«L'une de mes plus grandes inquiétudes, c'est qu'alors que ces services sont de plus en plus sollicités, un grand nombre de professionnels de la santé mentale sont eux-mêmes au bord de l'épuisement», affirme le Dr Gandy. Il pratique à Ottawa depuis 20 ans et affirme que les délais d'attente pour les soins aux patients externes sont maintenant de huit à dix mois.

«C'est un problème dans tout le pays», souligne-t-il.

Augmentation sans précédent

Les récentes statistiques de l'hôpital montrent une augmentation sans précédent des visites aux urgences d'enfants en situation de crise de santé mentale. En 2012-13, le CHEO a reçu des demandes d'aide de 2900 jeunes âgés de moins de 18 ans, une hausse de 64% par rapport à 2009-2010. Il s'agit du plus grand nombre de visites aux services d'urgence en santé mentale pour enfants de tout l'Ontario.

Plusieurs spécialistes soulignent par ailleurs que de nombreux jeunes patients qui ont besoin d'aide pour des blessures auto-infligées ne présentent pas les caractéristiques principales d'un trouble psychiatrique. Les médecins n'ont pas de réponses claires pour expliquer pourquoi ils voient de plus en plus d'enfants qui s'automutilent.

La Dre Kathleen Pajar, chef du département de psychiatrie au centre de santé IWK de Halifax, affirme que le nombre d'enfants s'infligeant des blessures ou ayant des idées suicidaires augmente constamment dans son établissement, et que ses collègues ailleurs au Canada et aux États-Unis constatent la même tendance.

«Beaucoup de ces enfants ne présentent pas vraiment les critères typiques de ces troubles», affirme-t-elle. «Ils semblent plutôt souffrir d'une sorte de crise existentielle, ils se disent: "Je suis vide, je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas où je vais, je n'ai aucune base et je ne sais pas comment gérer mes émotions négatives."»

Multiples facteurs

La Dre Pajar pense que plusieurs facteurs poussent les adolescents à s'automutiler. Les familles sont plus fragmentées, les adolescents de sa région semblent fumer plus de marijuana et plusieurs n'ont pas la capacité de gérer le stress, les conflits ou les pertes, dit-elle.

Le Dr Gandy est d'accord et souligne que les garçons et les filles qui se présentent aux urgences partagent souvent le même trait de personnalité: une faible capacité d'adaptation.

«Ils ne vivent pas beaucoup d'événements négatifs dans leur vie», dit-il au sujet de ces jeunes patients qui viennent de milieux relativement aisés et bénéficient du soutien de leurs parents. Lorsque quelque chose va mal dans leur vie, que ce soit une rupture amoureuse, un décès ou de mauvaises notes à l'école, plusieurs jeunes sont complètement dévastés.

«Ils passent en quelque sorte d'une situation où ils sont des enfants fonctionnels et plutôt normaux à une situation qu'ils ne peuvent subitement plus surmonter. Ils ne peuvent la gérer. Ils sont déprimés. Ils se présentent aux urgences désespérés», explique le Dr Gandy.

Le Dr Laurence Katz, professeur de psychiatrie à l'Université du Manitoba, qui reçoit aussi des patients à l'hôpital pour enfants de Winnipeg, souligne que même si la demande de soins en santé mentale pour adolescents a augmenté au pays, les ressources n'ont pas suivi.

«Il y a clairement une demande accrue et cela crée une crise dans le système», affirme-t-il.

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