Le PQ choisit PKP

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Pierre Karl Péladeau a été élu au premier tour de la course à la chefferie du Parti québécois.

Mathieu Belanger, Reuters

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Alexandre Robillard
La Presse Canadienne
Québec

Pierre Karl Péladeau est devenu le huitième chef du Parti québécois, vendredi, au terme d'une course à la direction sur laquelle l'ombre du conglomérat Québecor, dont il est actionnaire de contrôle, n'a cessé de planer.

M. Péladeau, député depuis à peine un an, a réussi à remporter la majorité des votes des membres du PQ dès le premier tour de scrutin, avec un résultat de 57,6 pour cent, succédant ainsi à Pauline Marois.

Ses deux derniers adversaires en lice, Alexandre Cloutier et Martine Ouellet, n'ont pas pu forcer le deuxième tour tant espéré pour contrer M. Péladeau, âgé de 53 ans, qui est demeuré favori dans la course malgré son inexpérience.

M. Cloutier, un avocat de 37 ans qui est député péquiste depuis 2007, a obtenu 29,21 pour cent des appuis, contre 13,21 pour cent pour Mme Ouellet, une ingénieure mécanique de 46 ans à l'Assemblée nationale depuis 2008.

Le taux de participation s'élève à 72,9 pour cent des quelque 71 000 inscrits sur les listes du PQ.

Les résultats du scrutin ont été dévoilés vendredi en soirée par le président de la course à la direction, Jacques Léonard, devant des militants réunis au centre des congrès de Québec.

Quelques minutes avant l'annonce du vainqueur, les trois derniers candidats dans la course, qui en comptait cinq à son lancement officiel il y a trois mois et demi, ont successivement pris la parole devant leurs partisans.

M. Péladeau a rappelé qu'il ne s'attendait pas à être précipité dans une course à la direction aussi rapidement, après les élections, et que sa réflexion pour sa candidature s'est faite graduellement au contact des militants.

«Et c'est là que j'ai été en mesure de saisir tout cet enthousiasme, a-t-il dit. Et c'est là que j'ai rencontré, j'ai vu, j'ai entendu et écouté des hommes et des femmes, des militants et des militantes qui croient plus que jamais que le Québec doit devenir un pays.»

Après qu'il eut pris la parole, la foule d'environ 1000 personnes dans une salle du centre des congrès a scandé son nom: «PKP, PKP, PKP».

En saluant ses deux collègues candidats, Mme Ouellet a souligné l'audace de M. Péladeau, qui a quitté le monde des affaires pour plonger en politique.

«Il fallait le faire, oser faire le saut du milieu des affaires à la politique, c'est pas toujours un saut évident, a-t-elle dit. Merci de l'avoir fait avec nous et toute la course nous a prouvé que tu voulais travailler avec nous à construire le Québec, merci.»

M. Cloutier a rappelé qu'en début de campagne, il traînait en queue de peloton, avec quelques centaines d'appuis, avant d'en recevoir des milliers.

«Je prends l'engagement ce soir devant vous de non seulement travailler à l'unité de notre grande formation politique mais de continuer à porter les idées que j'ai défendues tout au long de cette course à la chefferie», a-t-il dit.

Durant le scrutin, qui s'est étalé sur trois jours, jusqu'à vendredi 17h, les membres en règle ont pu voter par téléphone et par Internet.

La victoire de M. Péladeau, qui souhaitait obtenir «un mandat clair et fort», a été accueillie avec force applaudissements et acclamations par par les partisans péquistes assistant à l'événement.

La course qui se termine est la quatrième de l'histoire du PQ à donner lieu à un vote des membres pour le choix de leur prochain chef.

Lors de la première, en 1971, René Lévesque avait été élu avec 79 pour cent des votes. Pierre Marc Johnson a succédé à M. Lévesque, en 1985, en recevant l'appui de 59 pour cent des militants. Vingt ans plus tard, André Boisclair a été nommé chef avec 54 pour cent des suffrages.

Avec son élection vendredi, M. Péladeau a réussi son premier grand test politique depuis qu'il est devenu député pour la première fois en avril 2014. Son arrivée en politique a coïncidé avec le pire résultat électoral de l'histoire du PQ, ce qui a mené à la démission de Mme Marois.

Dès mardi, M. Péladeau aura devant lui un nouveau défi, lorsqu'il endossera ses habits de chef de l'opposition officielle, devant le premier ministre Philippe Couillard, mais également le leader du gouvernement Jean-Marc Fournier.

Cette semaine encore, M. Fournier a abordé de front la question des risques de conflits d'intérêts de M. Péladeau, en évoquant le risque que le PQ se transforme en «Parti Québecor» si le péquiste s'entête à conserver le contrôle du conglomérat du secteur des télécommunications et des médias.

L'automne dernier, M. Péladeau s'est engagé à placer volontairement ses actifs en fiducie, une exigence limitée aux membres du conseil des ministres, tout en interdisant à son mandataire de vendre son bloc de contrôle de Québecor.

Dans dix jours, sa situation personnelle sera la trame de fond d'une commission parlementaire qui se penchera sur le rapport du commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale, dont certaines des recommandations pour éviter des conflits d'intérêts sont des références implicites à M. Péladeau.

Cette première vraie course à la direction au PQ, depuis celle de 2005 qui avait mené à l'élection de M. Boisclair, a été marquée par les abandons, un cycle amorcé par le député Jean-François Lisée.

M. Lisée, qui avait été le premier a évoquer les risques de conflits d'intérêts de M. Péladeau, a retiré sa candidature quelques jours avant le début officiel de la campagne, le 4 février.

Incapable de se positionner comme le meilleur deuxième, un titre rapidement acquis dans les sondages par M. Cloutier, le député Bernard Drainville, qui comptait le plus grand nombre d'appuis de députés après M. Péladeau, s'est rallié au favori, il y a moins d'un mois.

M. Drainville a pris sa décision quelques jours à peine après avoir pourtant mis les militants en garde contre la tentation de choisir «un mirage», «un sauveur», une référence à M. Péladeau.

Trois jours avant le début du vote des membres, le candidat Pierre Céré a été le dernier à déclarer forfait, en raison d'un manque de fonds pour compléter les formalités de candidature exigées par le PQ.

Quelques jours avant, M. Céré avait lancé un pavé dans la mare en évoquant les colères de M. Péladeau dans les coulisses de la course, ce que le principal intéressé a reconnu en plaidant qu'il n'avait pas «la langue de bois».

En mars, M. Péladeau s'est retrouvé au centre d'une controverse qui l'a forcé à présenter ses excuses, après avoir glissé, lors d'un débat des candidats, que l'immigration et la démographie nuisaient au projet souverainiste.

Durant sa campagne, M. Péladeau a répété son leitmotiv, soit de «faire du Québec un pays», sans toutefois s'engager à tenir un référendum sur la souveraineté dans le premier mandat d'un gouvernement péquiste.

M. Péladeau est ouvert à l'exploitation pétrolière, après consultation de la population, et il n'a pas fermé la porte à un projet d'oléoduc de TransCanada qui doit transporter du brut albertain vers l'est.

Ses deux adversaires, M. Cloutier et M. Ouellet, se sont prononcés contre le projet de pipeline et s'opposent également à toute fracturation hydraulique concernant les gisements d'or noir dans le schiste de l'île d'Anticosti.

Sur le front de la souveraineté, M. Cloutier proposait de recueillir un million de signatures en vue d'un référendum, tandis que Mme Ouellet était la seule à s'engager formellement à faire cette consultation dans un premier mandat.

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