Inconduite sexuelle dans l'armée: un rapport accablant

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne

Le temps est venu pour les Forces armées canadiennes (FAC) de s'attaquer sérieusement à la culture de sexualisation «propice aux incidents graves» et «hostile» aux femmes et aux homosexuels qui règne au sein de ses rangs.

C'est la conclusion à laquelle en vient l'ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps dans un rapport accablant portant sur l'inconduite sexuelle dans l'armée, qui souligne à gros traits la culture du secret entretenue par les hauts gradés.

Les militaires sont peu portés à signaler les cas d'inconduite sexuelle dans un contexte où «bon nombre pensent qu'il est permis de voir le corps des femmes comme un objet, de faire des blagues non sollicitées et blessantes à propos de relations sexuelles avec des femmes militaires», est-il écrit dans le document.

Cette réticence à dénoncer le harcèlement sexuel ou les agressions sexuelles est exacerbée par le fait que la chaîne de commandement «ignore» ou «tolère» ce type de comportement inapproprié, explique l'ex-juge Deschamps.

Au fil des quelque 700 entrevues réalisées entre juillet et décembre 2014, il est ainsi devenu «rapidement évident» qu'un pourcentage élevé de cas de harcèlement sexuel et d'agression sexuelle ne sont pas signalés, peut-on lire dans le rapport.

Quand les victimes présumées brisent le silence, elles se butent à des procédures administratives trop longues et trop lourdes, au cours desquelles elles doivent parfois confronter la personne qui les a harcelées.

Et quand une plainte de harcèlement sexuel est considérée comme étant légitime, la sanction imposée au coupable semblait «dérisoire» et «inefficace» - une «tape sur les doigts», écrit Marie Deschamps, à qui le chef d'état-major de la défense, le général Tom Lawson, avait confié le mandat de mener l'enquête.

Il existe bien des programmes de formation obligatoire sur les comportements sexuels interdits. Mais dans la pratique, ils ne semblent pas avoir grand effet - et les personnes qui les prodiguent «sont souvent complices des comportements interdits», souligne-t-on dans le rapport.

Les FAC doivent donc donner un sérieux coup de barre afin de corriger la situation.

Elles pourront notamment parvenir à changer la «culture de sexualisation» qui règne en améliorant l'intégration des femmes, entre autres parmi les militaires occupant un poste d'officier supérieur.

Car «il y a un lien indéniable entre l'existence d'une culture organisationnelle hostile, caractérisée par le manque de respect envers les femmes et leur dénigrement, et l'intégration peu réussie des femmes au sein de l'organisation», précise-t-on dans le rapport Deschamps.

Dix recommandations sont contenues dans le document, qui compte près de 90 pages. Parmi celles-ci, la création d'un organisme externe chargé de recueillir les signalements, la simplification du processus de traitement des plaintes et une révision des définitions associées à l'inconduite sexuelle.

Le rapport suggère aussi de permettre aux victimes d'agression sexuelle de demander un transfert de leur plainte aux autorités civiles.

Les FAC, qui avaient le document entre les mains depuis environ un mois, ont fourni aux médias un «plan d'action» reprenant les dix recommandations découlant du rapport Deschamps.

Elles disent «accepter» les deux portant sur l'admission du problème et le besoin d'élaborer en principe.

Les huit autres, qui sont plus concrètes, sont «acceptées en principe».

Le rapport Deschamps a été commandé après que le magazine L'actualité eut publié des reportages explosifs qui concluaient que les cas d'agressions sexuelles dans l'armée atteignaient aujourd'hui une fréquence sans précédent.

Lors de son témoignage devant un comité des Communes, en mai dernier, M. Lawson avait dénoncé toute inconduite sexuelle et s'était dit troublé par les allégations.

Mais il avait refusé d'adhérer à la thèse selon laquelle la violence sexuelle et le harcèlement font partie intégrante de la culture militaire. Il avait aussi encouragé les présumées victimes à faire confiance au système et à porter plainte.

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