Un budget équilibré... avec un peu de gymnastique

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Le ministre fédéral des Finances Joe Oliver a présenté son budget, mardi.

La Presse Canadienne, Adrian Wyld

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La Presse Canadienne

Le gouvernement Harper a dû se livrer à une forme de gymnastique pour respecter sa promesse de déposer un premier budget écrit à l'encre noire en huit ans.

Ottawa dégagera cette année un excédent budgétaire de 1,4 milliard $ malgré le fléchissement de ses revenus, qui ont été plombés par l'effondrement des cours du pétrole et ses répercussions sur la croissance économique au pays.

«Promesse faite, promesse tenue. Monsieur le président, ce budget est un budget équilibré», s'est réjoui le ministre des Finances Joe Oliver lors de son discours en Chambre.

Mais pour respecter cet engagement et renouer enfin avec l'équilibre budgétaire à six mois des élections, le gouvernement fédéral a dû faire preuve d'imagination.

Il a notamment vendu le 6 avril dernier ses actions de General Motors - transaction dont le gain net se chiffre à 2,1 milliards $ - et réduit le montant de l'enveloppe réservée aux imprévus, la faisant passer de 3 à 1 milliard $.

Cette dernière stratégie a forcé le ministre Oliver à se porter à la défense du gouvernement conservateur, qui prêche la prudence d'un côté tout en imposant un régime minceur au fonds de prévoyance de l'autre.

«On a eu une chute du prix du pétrole de 50 ou 55 pour cent. Ça réduit le risque, évidemment, d'une autre chute du pétrole (...) C'est une des raisons pour lesquelles on pouvait réduire le montant du fonds de prévoyance», a-t-il exposé en conférence de presse.

Le grand argentier a également plaidé que dans l'exercice financier de 2015, le gouvernement affiche un excédent, et qu'il pourrait donc être en mesure de réagir, financièrement parlant, en cas d'imprévu.

Ce budget à forte teneur préélectorale contient plusieurs mesures fiscales déjà annoncées, mais également une flopée de nouveaux crédits d'impôt et promesses d'investissements qui feront probablement l'objet d'autant d'annonces dans les mois à venir.

Son signataire refuse cependant de parler d'un document électoraliste.

«Le budget a été conçu dans l'intéret des Canadiens, comme tout budget devrait l'être. Et nous croyons que les Canadiens ont besoin d'un répit», a plaidé M. Oliver avant de commencer à vanter le plan du gouvernement conservateur pour les familles canadiennes avec enfants.

Ces mesures fiscales annoncées en octobre dernier - fractionnement du revenu pour les familles ayant des enfants âgés de moins de 18 ans, bonifications au régime de prestation universelle pour la garde d'enfants (PUGE) - sont comprises dans l'exercice financier.

Le gouvernement Harper y a également inclus promesse formulée lors du discours du Trône d'octobre 2013: il fait passer de 5500 $ à 10 000 $ le plafond annuel de cotisation à un Compte d'épargne libre d'impôt (CELI) à compter de la présente année.

Mais il faudra attendre encore quelques années, parfois même quatre, avant de voir plusieurs des dispositions contenues dans le budget se concrétiser.

Les petites et moyennes entreprises (PME), entre autres, devront patienter jusqu'en 2019 avant que leur taux d'imposition ne soit complètement abaissé de 11 à 9 pour cent (il sera réduit d'un demi-point de pourcentage annuellement d'ici là).

C'est aussi le cas des investissements en infrastructures: le nouveau Fonds pour le transport en commun dévoilé dans le budget prévoit un premier décaissement de 250 millions $ en 2017-2018 et un second de 500 millions $ l'année suivante avant d'atteindre un milliard de dollars en 2019.

Et le gouvernement fédéral, qui se faisait reprocher de toutes parts sa timidité au chapitre des investissements en infrastructure, prévient que le fonds est conditionnel à une participation du secteur privé.

«Ces dernières années, les administrations publiques ont appris que la participation du secteur privé à la conception, à la construction, au financement et à l'exploitation des projets d'infrastructure permet d'obtenir un meilleur rapport qualité-prix», peut-on lire dans le budget qui compte près de 600 pages.

Le ministre Oliver n'a pas voulu spécifier quels chantiers pourraient bénéficier du soutien financier d'Ottawa.

«On va choisir les projets méritoires, s'est-il contenté de déclarer. Des projets, évidemment, il y en a au Québec, en Colombie-Britannique et partout au Canada qui ont besoin d'investissement fédéral.»

Les forces armées canadiennes bénéficieront aussi d'un coup de pouce supplémentaire, car Ottawa souhaite fait passer de 2 à 3 pour cent le facteur de progression annuel du budget au ministère de la Défense.

Celui-ci «recevra donc 11,8 milliards $ supplémentaires sur 10 ans, ce qui contribuera à assurer que le Canada puisse continuer de compter sur une puissance militaire apte au combat et prête à servir au pays et à l'étranger», est-il écrit dans le budget.

Des sommes sont également réservées à deux opérations militaires pour l'année 2015, soit la poursuite de l'intervention contre le groupe armé État islamique en Irak et en Syrie (360,3 millions $) et la mission de formation en Ukraine qui s'amorcera dans les prochaines semaines (7,1 millions $).

Et dans la foulée de la présentation du projet de loi antiterroriste C-51, le gouvernement annonce que la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et l'Agence des services frontaliers du Canada disposeront de davantage de ressources financières.

Les agences d'espionnage et corps policiers devront néanmoins s'armer de patience, puisque des 293 millions prévus à l'enveloppe, seuls 18 seront disponibles dès cette année.

Dans la portion sécuritaire de son discours aux Communes, Joe Oliver a déclaré que «les menaces à l'endroit du Canada ne se limitent pas aux djihadistes armés de fusils et de bombes».

Une autre menace plane sur le pays, a-t-il prévenu - celle qui se concrétiserait si les conservateurs étaient chassés du pouvoir au profit des libéraux à l'issue des élections fédérales prévues le 19 octobre 2015.

Le ministre Oliver n'a pas fait référence spécifiquement à la formation politique et à la situation économique qui prévalait alors que Pierre Elliott Trudeau était au pouvoir comme il l'a fait dans de récentes allocutions.

Mais il y est allé de cette mise en garde: «en ignorant les leçons du passé, ils empruntent la voie qui mène au déclin économique, un parcours qui ne connaîtra pas une fin heureuse».

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