La 50 et ses impacts, deux ans plus tard

Les propriétaires de commerces installés aux abords de... (Benoit Sabourin, LeDroit)

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Les propriétaires de commerces installés aux abords de la route 148 s'entendent là-dessus: il y a une baisse d'achalandage évidente depuis l'ouverture de l'autoroute 50.

Benoit Sabourin, LeDroit

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Le 26 novembre 2012, l'ouverture du dernier tronçon de l'autoroute 50, un segment de 18 kilomètres érigé entre Papineauville et Fassett, marquait la concrétisation d'un projet ayant mis plus de quatre décennies à se réaliser. Deux ans plus tard, comment se porte le secteur économique de la route 148? Quels effets l'ouverture de la 50 a-t-elle eu sur l'ensemble de la Petite-Nation? Et enfin, comment évolue la voie rapide elle-même? LeDroit a sillonné le terrain afin de dresser un portrait de la situation.

Les intervenants économiques et politiques de la Petite-Nation sont unanimes: bien qu'il soit encore trop tôt pour établir un diagnostic clair quant aux impacts directs de l'ouverture de l'autoroute 50 sur les propriétaires de commerces installés aux abords de la route 148, il y a une baisse d'achalandage évidente.

Par un beau mercredi matin ensoleillé de novembre, le flot de circulation se fait timide au coeur du village de Plaisance. Ainsi va la vie depuis quelques années sur le corridor de la route 148, qui traverse la MRC Papineau.

Il y a deux côtés à la médaille. D'une part, il y a les gens d'affaires qui en arrachent. D'autre part, il y a ceux qui ont connu la guigne de la première année et qui se relèvent peu à peu de la tempête.

«La première année, nous avons eu une baisse de clientèle importante, mais ça s'est replacé avec le temps. J'ai peut-être perdu entre 10% et 12% de mon chiffre d'affaires finalement. Tout le monde prenait la 50 au début, mais on dirait que les gens recommencent à prendre la 148», raconte Rachel Bisson, propriétaire depuis 30 ans du casse-croûte Au casseau, à Fassett.

Pour Martin Gibeau, gérant-propriétaire de la station-service Sonic de Plaisance, la réalité est tout autre. Depuis la fin 2012, il a vu les recettes de son établissement fondre vitesse grand V. Il soutient avoir perdu 200000$ de profits nets depuis deux ans. Une perte d'argent qui a eu pour conséquence une réduction de son personnel, qui est passé de 11 à 5 employés en l'espace de 24 mois.

«Du moment où la 50 a été ouverte, ç'a été le jour et la nuit. C'est assez laborieux. Je n'ai plus autant de passants qu'avant. C'est plus la clientèle locale qui vient chez nous. Les commerces ont mal au ventre», confie M. Gibeau.

Trop tôt pour conclure

Les chiffres en provenance du débit journalier moyen annuel du ministère des Transports du Québec indiquent qu'au moins deux fois plus de véhicules ont emprunté l'autoroute 50 au détriment de la route 148, chaque jour, en 2013.

Pour certains secteurs, le débit est trois fois plus élevé sur la voie rapide. À titre d'exemple, une moyenne de 1960 automobilistes a foulé chaque jour la 148 entre le tronçon reliant Montebello à Fassett, en 2013, contre 5900 pour l'autoroute 50.

En 2011, pour le même tronçon, le tableau était complètement différent: 7600 véhicules empruntaient quotidiennement la 148, comparativement à 5500 pour l'autoroute.

La diminution considérable de passants dans les villages de la 148 n'explique pas nécessairement tous les problèmes économiques, affirme Jean Careau, directeur général de la Chambre de commerce Vallée Petite-Nation «Ce n'est pas évident de tirer des conclusions. Il y a des commerces qui ont fermé et d'autres qui ont aussi ouvert dans la région. On ne peut pas tout mettre sur le dos de l'autoroute 50», dit-il.

La directrice générale de la Société d'aide au développement de la collectivité (de Papineau, Mélissa Bergeron, rappelle pour sa part que plusieurs facteurs peuvent expliquer les difficultés financières d'une entreprise, dont le manque d'expérience, la mauvaise gestion financière ou encore le mauvais positionnement.

«C'est du cas par cas, dit-elle. On ne peut pas conclure que c'est seulement l'ouverture de l'autoroute qui est la cause des fermetures ou des difficultés vécues par les entreprises.»

Tout récemment, la MRC Papineau a octroyé un mandat à la Chambre de commerce Vallée Petite-Nation, afin qu'elle développe un plan de promotion territoriale. Avec les municipalités et ses partenaires, l'organisme devra préparer un plan de marketing pour la région. On mise beaucoup sur ce projet dans la Petite-Nation afin de favoriser le développement et de séduire de potentiels investisseurs. Dans la foulée de ce plan, un portail d'affaires sera notamment créé d'ici fin du mois de janvier 2015.

Malgré tout, à l'instar des autres intervenants du milieu, Aurèle Desjardins, directeur général du CLD de Papineau, reconnaît que la tâche n'est pas accomplie. «L'impact, on l'a eu et on l'a vécu. Maintenant, il faut voir comment on peut travailler pour dynamiser la 148 et s'assurer que ça progresse. C'est notre défi. On doit garder la flamme allumée. C'est loin d'être réglé. Il faudra encore bouger et pousser là-dessus.»

Du positif dans le nord de la Petite-Nation

Si les municipalités situées dans le corridor de la route 148 filent un mauvais coton en raison d'une baisse d'achalandage depuis l'ouverture complète de l'autoroute 50, c'est tout le contraire pour les villages situés au nord de la MRC Papineau, qui profitent de l'afflux important de circulation sur leurs routes.

«Depuis que la sortie entre Saint-André-Avellin et Papineauville est ouverte, nous avons un trafic fou sur la rue Principale. Il y a beaucoup de circulation, ce qui fait que les gens s'arrêtent dans les commerces et achètent», raconte la mairesse de Saint-André-Avellin, Thérèse Whissell.

Et les promoteurs immobiliers commencent à faire de l'oeil à sa municipalité.

La preuve: un projet d'une centaine de terrains doit se développer au cours des prochaines années sur la route 321 Nord. Des pourparlers sont aussi en cours pour trois autres projets d'importance en attente d'une confirmation. L'ouverture de l'autoroute 50 sur toute sa grandeur n'est pas étrangère à cette nouvelle réalité, estime la mairesse Whissell.

«Les promoteurs voient comment ça se passe. C'est encourageant pour eux de développer en raison de la circulation. En plus, nous sommes une municipalité de services.

«Nous avons un village attrayant pour les gens qui veulent venir s'y établir.»

À l'instar de ses voisines, Namur aussi est devenu un endroit qui accueille plus d'automobilistes, en raison principalement du déferlement de véhicules qui se dirigent vers Mont-Tremblant. Le maire Gilbert Dardel soutient que le volume de circulation sur la route 323 a augmenté d'au moins 15% depuis 24 mois.

Cette affluence est bienvenue, mais le village doit maintenant se démarquer. Les élus et les commerçants doivent d'ailleurs rencontrer les représentants de la Chambre de commerce Vallée Petite-Nation à ce sujet, en février.

«Le volume est là, mais il nous manque un projet pour que les gens s'arrêtent et qu'ils découvrent les richesses qu'on a, explique M. Dardel. Nos commerces profitent de la situation, mais on doit trouver une façon de garder les passants plus longtemps chez nous et de créer de l'investissement.

«C'est ce qu'on va essayer de regarder.»

Les aires de service attendues de pied ferme

Deux ans plus tard, certains projets rattachés à l'ouverture de l'autoroute 50 sont toujours sur la table à dessin et tardent à se concrétiser.

C'est le cas du dossier de la halte routière du ministère des Transports du Québec (MTQ), un dossier qui flotte toujours dans l'air.

Un projet privé a récemment été autorisé pour un emplacement aux abords de Montebello, sur le terrain du propriétaire du Parc Oméga.

La MRC Papineau attend toujours de connaître l'emplacement de l'aire de services que le ministère prévoit aménager entre Thurso et Lachute. Une étude à cet effet est en cours, a confirmé le MTQ. «On nous dit que toutes les aires de services sont revues dans l'ensemble du Québec. On sait au moins qu'il y en aura une du ministère dans notre MRC, mais on ne sait pas quand et on ne sait pas où», précise la préfète de la MRC Papineau, Paulette Lalande.

Pas d'élargissement bientôt

L'accident mortel qui a coûté la vie à un jeune automobiliste de 23 ans, le 31 mars dernier, dans le secteur du chemin Lépine, à Buckingham, a relancé le débat sur la sécurité de l'autoroute 50 et sur le possible élargissement de la voie rapide.

Dans un récent rapport, le coroner Paul Dionne soutient que la route n'est pas suffisamment éclairée dans ce secteur et réclame que des mesures soient prises pour assurer une meilleure sécurité entre les kilomètres 160 et 174 de l'autoroute.

En campagne électorale au printemps dernier à Buckingham, celui qui allait devenir premier ministre, le libéral Philippe Couillard, ouvrait la porte à un élargissement à quatre voies de l'autoroute 50 sur toute sa longueur pour une question de sécurité.

«Si c'est une question de sécurité des gens, on ne fera pas de compromis là-dessus. Si les chiffres se confirment, il va falloir agir. On va voir la situation. Certainement, il faut que cette autoroute-là soit complétée», avait-il déclaré.

Les accidents routiers ont fait sept morts depuis le 1er juin 2009, sur l'autoroute 50. La plupart de ces décès sont survenus à la suite de collisions frontales.

Le député libéral de Papineau, Alexandre Iracà, estime que l'aménagement imminent d'aires de services viendra améliorer la sécurité sur cette voie, tout comme l'ajout éventuel de voies de dépassement supplémentaires. De l'éclairage devra également être ajouté. Pas question d'élargissement pour le moment, cependant.

«Selon les données du ministère des Transports, on sait que ça joue entre 6000 et 7000 voitures par jour sur l'ensemble de l'autoroute 50. Pour justifier un quatre voies, il faut qu'il y ait une circulation d'au moins 10 000 véhicules par jour. C'est en augmentation et on s'en va là, mais il faut être honnête avec les citoyens, je ne suis pas prêt à dire que toute l'autoroute 50 sera à quatre voies à court terme.»

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