La passion des irréductibles

Vincent Leclerc s'est longtemps considéré comme un imposteur.... (Archives, La Presse)

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Vincent Leclerc s'est longtemps considéré comme un imposteur. Mais en incarnant Séraphin Poudrier, il a trouvé rôle à son ambition

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Pas d'erreur, Vincent Leclerc est acteur. Il en a le bagout, l'aisance, la passion des irréductibles. Longtemps pourtant, il s'est considéré comme un imposteur. Aucune des grandes écoles de jeu montréalaises ne pontifie son CV. Les producteurs lui ont souvent fermé la porte. À 40 ans, cet enfant de la région trouve enfin rôle à son ambition en incarnant Séraphin Poudrier dans la série Les Pays d'en haut. Sa brillante interprétation de l'usurier le plus détestable du Québec lui vaut le prix du meilleur premier rôle masculin au gala des prix Gémeaux, doublé désormais du titre de la Personnalité de la semaine LeDroit/Radio-Canada.

Comment se forge-t-on pareille gueule de l'emploi ? Après coup, l'histoire semble toute tracée. Elle n'en est pas moins sinueuse. Portrait d'un comédien sincère qui a su dompter une profession difficile pour vivre de sa vocation

« Merci d'avoir accueilli un visage inconnu dans un rôle principal », a lâché à l'assistance un Vincent Leclerc bouleversé lors de la remise des prix le 18 septembre. Son discours a un arrière-goût d'amertume. Derrière la liesse de la victoire après trois nominations (en 2003 et en 2013), il n'édulcore pas son ressentiment à l'encontre d'un milieu fermé avide de vedettes et qui l'a longtemps boudé. « La télévision aurait besoin de renouveler son pool génétique, analyse-t-il. En parlant ouvertement, j'espérais inciter certains diffuseurs et producteurs à considérer les choses différemment. J'ai reçu beaucoup de commentaires positifs après la cérémonie. »

Son rôle de Séraphin, il le doit surtout au réalisateur Sylvain Archambault qui l'a défendu « bec et ongles » auprès de la production. « J'ai été repéré grâce au film Rouge Sang, de Martin Doepner, raconte-t-il. Mais on m'avait approché pour un autre rôle. Séraphin devait être confié à une vedette. » Il défend sa vision du personnage, finit par convaincre que ce monstre sacré du petit écran québécois peut s'incarner de façon plus humaine et nuancée. Vendu !

Dans l'échelle des valeurs de la « grande famille » du spectacle, il y a d'abord le cinéma. Puis la télévision, qui permet d'acquérir une jolie popularité, mais sans atteindre les sommets du grand écran. Et enfin, la publicité qui fait souvent office de parenthèse alimentaire. « La pub a été une véritable école pour moi, nuance le comédien. J'y ai appris à défendre des personnages, à prendre des risques, à développer une liberté de jeu. » Mais c'est à Ottawa que sa vocation prend forme.

À 22 ans, Vincent Leclerc aurait pu continuer à couler des jours paisibles comme « fonctionnaire comédien » au Musée canadien des civilisations, qui employait alors une troupe pour ses reconstitutions historiques. « Avec une assurance médicale et dentaire, c'était le bon plan ! » Il s'implique également sur la scène locale au sein de la Catapulte et du Trillium. « J'ai donné mes premiers shows avec Joël Beddows et Anne-Marie White, des chums », se souvient-il. 

Sur les conseils d'un ami, il part « vivre autre chose » à Paris, fin des années 1990, s'inscrit au prestigieux cours Florent - « une perte d'argent et de temps », peste-t-il -, puis finit par trouver une autre école avant de tenter sa chance à Montréal.

« Je dois beaucoup à mon mentor, Warren Robertson. » Un professeur américain issu du Actor's Studio, ami des plus grands - Paul Newman, James Dean, Jane Fonda - et qui enseigne à Montréal. Vincent Leclerc a suivi ses cours, et récemment, sa voie hollywoodienne : il s'incruste dans la peau bourrue d'un Canadien-français au côté de Leonardo DiCaprio dans The Revenant. « J'ai été très choyé depuis quelques années, mener une carrière anglophone m'a beaucoup aidé. »

Comment dit-on « viande à chien » en anglais ?

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