L'effet papillon de SOPAR

Alors que le couple était séparé par des... (Martin Roy, LeDroit)

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Alors que le couple était séparé par des milliers de kilomètres, André écrivait chaque jour une longue lettre qu'il adressait à «my pretty and beautiful wife»... sans savoir que Reddipalem en entier lisait toute leur correspondance.

Martin Roy, LeDroit

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En 40 ans de développement durable, ils ont amélioré la qualité de vie de quatre millions de personnes dans 6000 villages aux quatre coins de l'Inde. Pour souligner la Journée mondiale de l'eau, qui avait lieu le 22 mars dernier, LeDroit et Radio-Canada braquent les projecteurs sur les fondateurs de l'organisme d'aide humanitaire SOPAR, André et Angèle Gingras, en les honorant du titre de Personnalité de la semaine.

Manille, 1968. À l'université Ateneo de Manila aux Philippines, un jeune Montréalais a fait l'heureuse rencontre d'une brillante étudiante originaire du village de Reddipalem, dans le sud de l'Inde. Les bancs de l'université philippine sont devenus les premiers décors d'une longue histoire.

«Quand on a décidé de se marier, j'ai dû retourner en Inde pour convaincre mes parents, selon la coutume, se souvient Angèle avec un sourire en coin. Ça a pris un an. Ça a été long, parce que dans mon clan, personne n'était marié à un étranger. J'étais la seule!»

Alors que le couple était séparé par des milliers de kilomètres, André écrivait chaque jour une longue lettre qu'il adressait à «my pretty and beautiful wife»... sans savoir que Reddipalem en entier lisait toute leur correspondance. Mais la persévérance des tourtereaux a fini par payer, et un an plus tard, Angel, devenue Angèle, a posé ses valises à Gatineau pour épouser son étranger préféré.

À cette époque, André venait tout juste de rejoindre les rangs de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). En 1972, il reçoit ses premières assignations. D'abord dans un Vietnam en guerre, puis au Haut-Commissariat du Canada en Inde, 18 mois plus tard. Depuis New Delhi, le couple et son premier fils - qui aura ensuite un frère et une soeur - visitent Reddipalem, où les villageois demandent de l'aide pour trouver une solution à la sécheresse endémique qui les frappe. De son propre bas de laine, le couple y finance la construction d'un château d'eau.

Peu de temps après, la famille Gingras revient s'établir dans le secteur de Limbour, à Gatineau, où des Indiens continuaient d'envoyer des lettres pour demander de l'aide. «Mais notre poche n'était pas trop profonde!» rit André. C'est donc Angèle qui a partagé son désir de les aider auprès des gens du voisinage. L'initiative a été reçue avec enthousiasme. Et en 1975, dans le sous-sol des Gingras, l'organisme qui allait devenir SOPAR a été fondé.

Pendant 12 ans, Angèle a construit des puits et coordonné le financement de l'éducation d'enfants depuis son chez-soi. Pendant une deuxième assignation d'André à New Delhi, dans les années 1990, SOPAR s'est dédoublé en une deuxième faction locale. Alors que l'organisme avait originalement recours à des contractants pour opérationnaliser ses programmes, des intervenants indiens ont été embauchés sous l'enseigne de Bala Vikasa, soit «petit développement». 

Si SOPAR a grandi modérément au Canada - il a déménagé ses bureaux et embauché trois employés, en plus de compter sur l'appui d'André depuis sa retraite -, sa croissance a été plus remarquable en Inde. Bala Vikasa emploie maintenant 350 personnes. Ses domaines d'intervention se sont aussi diversifiés; en plus de l'eau potable et de l'éducation, les femmes, les veuves, les fermiers et les enfants font l'objet de nombreux programmes. Un centre de formation a même été construit en 2002, et sert aujourd'hui de référence mondiale pour les intervenants en développement communautaire de 56 pays différents. Et ses villages modèles sont repris à titre d'exemple par le gouvernement canadien en matière de développement durable.

Au-delà des constructions tangibles et de ses programmes sociaux, SOPAR a contribué à faire changer les mentalités de plusieurs. «On fait changer les modes de vie, résume Angèle. Ce qu'on change, c'est la société elle-même.»

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