Le rêve d'un avenir en français

Jean-Paul Perreault n'a pas l'intention de tirer sa... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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Jean-Paul Perreault n'a pas l'intention de tirer sa révérence.

Martin Roy, Archives LeDroit

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C'est le cri du coeur d'une mère de famille, Lyse Daniels-Cesaratto, qui est à l'origine de la naissance d'Impératif français, le 25 mars 1975. Elle en avait ras-le-bol d'être contrainte de vivre, se divertir et travailler dans une autre langue que la sienne. L'organisme fête aujourd'hui ses 40 ans d'existence. Une grande fierté pour son président Jean-Paul Perreault, qui hérite cette semaine du titre de Personnalité LeDroit/Radio-Canada.

«À l'époque, à Lucerne (aujourd'hui le secteur Aylmer), c'était un monde de domination anglophone, à tel point que les francos se sentaient coupables d'être francos», se souvient le principal intéressé, qui a été élu dans ses fonctions à la fin des années 1980 après avoir assisté à une rencontre lors de laquelle le conseil d'administration a démissionné en bloc. À l'époque, une menace de fermeture planait au-dessus de l'organisme de recherche et de communication dont le siège social est en sol gatinois.

Même s'il ne manque pas de dire que de considérables progrès ont été faits et que le positionnement est beaucoup plus fort qu'il y a 40 ans, M. Perreault est loin de croire qu'Impératif français n'aura un jour plus sa raison d'être.

«Il y a de l'espoir pour bâtir un avenir en français et s'assurer que nos droits linguistiques ne soient pas bafoués, mais il y a encore du travail à faire. Rien n'est gagné. Nous sommes un organisme pugnace, les problèmes ne nous réjouissent pas, mais nous interpellent sur une base quotidienne et nous donnent de l'énergie. Il y a des situations d'arrogance, d'abus», indique-t-il.

Selon l'homme de 68 ans connu pour son franc-parler, l'Outaouais s'anglicise à un rythme inquiétant et de par son contexte frontalier avec la capitale nationale, on y observe des situations qu'il juge inacceptable, entre autres au sein de la fonction publique fédérale, le principal employeur de la région.

«Pour les fonctionnaires, le droit de travailler uniquement en français est rarement respecté, alors qu'ils travaillent au Québec. Nulle part ailleurs sur la planète vous ne verrez des gens qui travaillent pour l'État devoir parler une autre langue que celle du territoire sur lequel ils se trouvent», martèle-t-il, ajoutant qu'il est primordial de faire la distinction entre les réalités d'Ottawa et de Gatineau.

La nomination récente par le gouvernement Harper d'un ministre des Affaires étrangères unilingue anglophone (Rob Nicholson), les statistiques peu reluisantes à l'aéroport d'Ottawa (33% des agents de contrôle bilingues) et les maints commerçants en sol outaouais qui font fi du droit d'être servi en français sont quelques-uns des exemples, qui, selon M. Perreault, prouvent que le phénomène de mépris envers la langue de Molière existe encore en 2015.

«Le Canada se targue d'être un pays bilingue à l'échelle mondiale, mais quand on scrute la situation à l'échelle fédérale, on voit bien que c'est faux. Le gouvernement ment effrontément quant à cette prétention», déplore le président d'Impératif français.

Quelle est l'une des grandes victoires qu'il a remportée depuis qu'il dirige les rênes de l'organisation? La dénonciation des exigences à l'embauche pour les employés d'organismes internationaux, à qui l'on demandait d'avoir l'anglais comme langue maternelle (native English speaking), au début des années 2000.

La mission de l'organisme a beau ne pas avoir changé depuis quatre décennies, M. Perreault ne cache pas que l'un des irritants majeurs restera toujours le financement, encore davantage en cette ère de compressions à Québec. «L'Outaouais en fête à lui seul s'est fait couper 100000$ et on parle d'un montant du même ordre pour Impératif français. Il y a un problème sérieux de financement, ça met en péril nos champs d'action», se désole-t-il.

Chose certaine, tant que sa santé le lui permettra, Jean-Paul Perreault n'a pas l'intention de tirer sa révérence. «Le travail, pour moi, n'en est même pas un. Quand vous avez comme mission de rendre les gens heureux, d'intervenir dans des dossiers puis de gagner, d'organiser des festivals, ça donne le goût de recommencer. J'éprouve encore beaucoup de plaisir à faire ce que je fais, c'est agréable de voir nos progrès et la qualité de l'écoute», affirme-t-il d'un ton passionné.

Le sexagénaire confie également que son implication au sein de la communauté lui permet non seulement de canaliser ses énergies, mais également de vivre en toute sérénité le deuil de son épouse, décédée l'été dernier. «Je souffre encore beaucoup intérieurement. Nous nous aimions beaucoup et elle m'a dit que je devais continuer mon travail.»

Toutes les activités d'Impératif français seront teintées cette année des célébrations du 40e anniversaire, dont la Francofête (jusqu'au 29 mars) et l'Outaouais en fête (du 23 au 27 juin).

dleblanc@ledroit.com

Rencontrez la Personnalité de la semaine le lundi dans LeDroit, ainsi qu'à 8 h 40 à l'émission Bernier et Cie, animée par Carl Bernier sur ICI Radio-Canada Première 90,7 FM, et au Téléjournal Ottawa-Gatineau de 18 h présenté par Mathieu Nadon sur ICI Radio-Canada Télé.

À chaque semaine, un jury formé de représentants des rédactions du quotidien LeDroit, ainsi que d'ICI Ottawa-Gatineau, nomme un lauréat afin de souligner une réalisation exceptionnelle ou une contribution significative à la vie ou au rayonnement de la région.

Vous connaissez une personne qui mériterait d'être nommée ? Écrivez-nous à nouvelles@ledroit.com.

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