Un exemple de patience et de persévérance

Daniel Poliquin est ravi que ce soit le... (Martin Roy, LeDroit)

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Daniel Poliquin est ravi que ce soit le traducteur qui ait été récompensé.

Martin Roy, LeDroit

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Daniel Poliquin est tombé dans l'univers des mots et de l'écriture très tôt. Il a fait carrière comme écrivain et traducteur et cumule une douzaine de titres à son actif. Il a récemment remporté le Prix littéraire du gouverneur général. Pour cette raison, il mérite le titre de Personnalité de la semaine LeDroit/ICI Radio-Canada.

La vengeance est douce au coeur de l'Iroquois, dit-on. La patience l'a du moins été au coeur du Franco-Ontarien: après avoir été nommé à quatre reprises pour un Prix littéraire du gouverneur général, Daniel Poliquin a finalement été couronné, la semaine dernière, pour sa traduction de L'Indien malcommode - Un portrait inattendu des Autochtones d'Amérique du Nord, de Thomas King.

L'amour des langues, des histoires et de l'écriture, c'est «une affaire de culture familiale», soutient M. Poliquin, récemment rencontré dans un café d'Ottawa.

D'abord, parce qu'à sept enfants autour de la table, «il fallait aller droit au but, bien choisir ses mots, quand on prenait la parole!» lance-t-il dans un large sourire.

Ensuite, parce que tout le monde aimait raconter des histoires, chez le clan Poliquin.

Il se souvient de sa grand-mère paternelle, capable de garder son auditoire en haleine à relater un long métrage qu'elle venait de voir, tout en lui inculquant des notions pédagogiques sur la hiérarchie des nobles (à preuve, son petit-fils peut encore nommer dans l'ordre princes, ducs, comtes, barons et chevaliers) par le biais des personnages mis en scène. «Quand elle racontait un film, c'était comme si nous aussi, nous l'avions vu!»

L'auteur qui a grandi dans la Côte-de-Sable évoque également sa mère qui, de par son métier d'infirmière, se trouvait «aux premières loges de la misère humaine qu'elle soulageait de manière exemplaire», mentionne-t-il avec un respect pleinement audible dans les intonations de sa voix. Une femme qui trouvait toutefois au chevet de ses patients la matière première pour nourrir son âme de «grande fabulatrice!»

«Ma mère adorait les histoires tristes, qu'elle contait en prenant tout son temps pour en dévoiler détails et rebondissements, pour bien marquer les mauvais coups du sort vécus par un ancien voisin ou quelqu'un d'autre.»

C'est sans oublier son père, journaliste et traducteur, qui écrivait des nouvelles et des contes publiés sous pseudonyme dans les pages littéraires du Droit, à une certaine époque.

Daniel Poliquin, qui mène toujours parallèlement une carrière d'interprète, l'avoue: «Je pouvais manquer mon coup, mais je n'avais pas le choix de traduire et d'écrire moi aussi!»

Comme il n'avait pas le choix d'aller là où son paternel n'avait pas osé aller, c'est-à-dire écrire des romans et des nouvelles qu'il signerait, lui, de son vrai nom.

Malheureusement, le père n'a jamais eu le temps de lire le premier roman de son fils de 28 ans, Temps pascal (1982).

«Papa était malade. Le soir où je lui ai annoncé que j'allais être publié, il a dit à ma mère qu'il était trop fier pour me demander de lire mon manuscrit, qu'il attendrait de le voir publier...»

Daniel Poliquin marque une pause avant de confier le point de chute de son histoire: «Papa est mort le lendemain...»

Pour émouvante qu'elle soit, cette histoire toute personnelle n'en est pas triste pour autant, tient-il à préciser: «Une vraie histoire triste aurait été celle d'un fils n'arrivant plus à écrire après ça.» Ce qui est loin d'être le cas pour celui qui cumule, depuis, une douzaine de titres à son actif incluant romans (de Visions de Jude au Vol de l'ange, en passant par L'Écureuil noir), recueils de nouvelles, essais et biographie (sur René Lévesque), ainsi que plusieurs livres d'auteurs anglophones traduits vers le français, dont Jack Kerouac, Mordecai Richler et David Hackett Fisher (Le Rêve de Champlain).

Le «gars de l'ombre»

D'ailleurs, l'auteur se réjouit que ce soit le traducteur qui ait été récompensé par le Conseil des arts du Canada, par le biais d'un Prix GG.

«J'ai entre autres eu la chance de traduire deux fois Douglas Glover [Le Rédempteur et Le Récit de voyage en Nouvelle-France de l'abbé peintre Hugues Pommier]. C'est lui qui, par le biais de son écriture, m'a donné la permission d'aller moi-même plus loin en tant qu'auteur. Le traducteur a toujours nourri l'auteur, parce que je suis un hérétique du métier: je ne traduis pas avec prudence, mais avec audace, et c'est justement cette audace qui me donne envie de repousser ensuite mes limites dans mes propres écrits. C'est un métier qui peut être aussi chiant que formidable, quoi, parce que le regard de l'autre nous féconde!» fait valoir celui qui, en ce moment, a un projet de fiction en friche et aucune traduction en vue.

«Mais c'est très bien ainsi: le cycle de création reprendra au moment opportun, ça ne sert à rien de forcer les choses», conclut Daniel Poliquin sagement. Et qui en profite pour poursuivre ses recherches sur la controversée affaire Coffin (le prospecteur gaspésien Wilbert Coffin a été pendu en 1956 pour le meurtre de trois chasseurs américains)...

Rencontrez la Personnalité de la semaine le lundi dans LeDroit, ainsi qu'à 8 h 40 à l'émission Bernier et Cie, animée par Carl Bernier sur ICI Radio-Canada Première 90,7 FM, et au Téléjournal Ottawa-Gatineau de 18 h présenté par Mathieu Nadon sur ICI Radio-Canada Télé.

À chaque semaine, un jury formé de représentants des rédactions du quotidien LeDroit, ainsi que d'ICI Ottawa-Gatineau, nomme un lauréat afin de souligner une réalisation exceptionnelle ou une contribution significative à la vie ou au rayonnement de la région. Vous connaissez une personne qui mériterait d'être nommée ? Écrivez-nous à nouvelles@ledroit.com.

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