Dominique Gosselin, maître brasseur

Étant étudiant en biochimie à l'Université d'Ottawa, Dominique... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Étant étudiant en biochimie à l'Université d'Ottawa, Dominique Gosselin avait une bonne connaissance des enzymes, et de leur potentielle influence sur la saveur d'une bière.

Patrick Woodbury, Le Droit

Donner à l'Outaouais une micro-brasserie n'est pas chose facile. À 29 ans, c'est pourtant ce que Dominique Gosselin a réussi à faire. Ayant récemment lancé une bière à son effigie embouteillée, l'amateur et fin connaisseur de houblon a été choisi Personnalité de la semaine LeDroit/Radio-Canada.

Sa première bière était une vulgaire Budweiser. Pas parce qu'il l'aimait. «Oh que non». Plutôt parce que c'est la bière que son frère aîné buvait et qu'il n'avait pas encore l'âge légal pour s'en acheter. Aujourd'hui, Dominique Gosselin estime avoir goûté à plus de 5000 bières différentes, dont celles qu'il a lui-même créees et qui font depuis deux ans la réputation des Brasseurs du temps (BDT).

Âgé de 29 ans, Dominique, a grandi, comme il le dit, «dans les beaux quartiers» de Pointe-Gatineau où peu de choses le prédestinaient à devenir un artiste du houblon. C'est beaucoup plus pour boire de la bonne bière à peu de frais qu'une démarche artisanale qui l'a amené à commencer à brasser sa propre bière au tournant des années 2000. «Mais pas juste de la bière pas chère; de la maudite bonne bière pas chère», prend-il le soin de préciser.

«À l'époque, je plaçais des cannes sur les tablettes d'un Loblaw, raconte-t-il. J'avais un groupe d'amis qui buvait des bières de microbrasserie et j'ai commencé à m'intéresser à ça. J'aimais les différentes étiquettes. Je collectionnais même les bouteilles. J'en ai d'ailleurs plus de 4500 aujourd'hui.» C'est un ouvrage intitulé 404 bières à déguster au Québec, écrit par Mario D'Eer et Alain Geoffroy, l'un de ses partenaires dans l'aventure des BDT, qui a été le déclic chez Dominique.

«J'adorais les bières de microbrasserie et j'ai commencé à comparer mes observations avec celles de ces deux experts, explique-t-il. Le problème c'est que je vivais avec un budget d'étudiant à l'époque et de la bière à 5$ la bouteille, ça te gruge un budget ce n'est pas trop long.»

Dans le sous-sol des parents

Dominique Gosselin avait toutefois un atout dans sa manche. Il étudiait en biochimie à l'Université d'Ottawa. Il avait donc une base de connaissances pour développer des saveurs particulières en faisant interagir différents enzymes. «C'était aussi un trip scientifique, indique-t-il. Je cultivais même mes propres levures.»

Le maître brasseur a fabriqué sa toute première bière dans le sous-sol de ses parents, à Pointe-Gatineau. Il s'est d'abord procuré trois barils vides de 58 litres de bière dont il a découpé le dessus pour se faire des cuves. «J'ai pris un brûleur à blé d'inde qui fonctionnait au propane et je l'ai traficoté pour pouvoir le brancher sur le gaz naturel de la maison, raconte-t-il. Mes parents étaient au courant, mais pas les assurances. Disons qu'on ouvrait les fenêtres du sous-sol.»

C'est ainsi que Dominique brassa sa première bière. Une production de 45 litres de bière qu'il nomma Au-pied-du-courant, l'ancêtre de la bière du même nom disponible aux BDT depuis deux ans. «Son nom avait une connotation politique qui faisait référence à la prison où ont été pendus les patriotes dont le Chevalier de Lorimier, explique-t-il. Les gens qui y goûtaient pensaient que ça faisait longtemps que je brassais.»

Première bière en bouteille

Des voyages en Belgique, en Hollande et de nombreux Motorcycle Brew Pub Tour c'est le nom qu'il leur a donné aux États-Unis, lui ont ensuite permis de parfaire sa technique et enrichir ses connaissances brassicoles. Depuis l'ouverture des BDT, au printemps 2009, Dominique Gosselin a brassé 23 bières différentes. L'établissement est rapidement devenu un incontournable dans la région. Une première bière en bouteille sera disponible sur les tablettes des détaillants spécialisés de la région le 7 mars prochain. D'ici l'automne, les BDT prendront d'assaut le reste du Québec et dans un horizon de deux ou trois ans, une nouvelle installation de brassage plus grande devrait permettre à la microbrasserie de l'Outaouais de conquérir le marché canadien et américain.

Le maître brasseur n'est pas peu fier de sa première bière en bouteille. Tellement fier qu'il lui a donné son surnom, la DumDuminator. «Et en plus, sur l'étiquette, c'est ma grosse face, lance-t-il. Je l'avoue, j'ai eu le goût de me payer un 'égotrip'. Comme m'a dit un des serveurs ici, 'Tu sais que tu as réussi dans la vie quand tu as ta grosse face sur une bouteille de bière'.»

L'Outaouais était la dernière région au Québec, avec la Côte-Nord, à ne pas avoir une microbrasserie régionale. Cela s'explique par un historique un peu trouble qu'a l'Outaouais avec l'alcool, estime Dominique. «L'Outaouais est un peu particulier à cause de ses problèmes du passé avec la boisson, dit-il. Quand on a présenté notre projet pour la première fois, on a fait face à des élus pas mal frileux, probablement à cause de cet historique difficile. Je pense que deux ans plus tard, on peut dire qu'on a démontré aux élus municipaux qu'on peut faire un projet qui implique de l'alcool sans que ça devienne une honte régionale.»

mabelanger@ledroit.com

La chronique Personnalité de la semaine est diffusée ce matin, à 8h40, à l'émission Bernier et Cie animée par Carl Bernier à la radio de Radio-Canada au 90,7 FM, ainsi qu'à 18 h au Téléjournal Ottawa-Gatineau présenté par Michel Picard, à la télévision de Radio-Canada.

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