L'auteur de cette scène surréaliste, Jean-Luc Larocque, 25 ans, a plaidé coupable d'avoir ouvert le feu sur les bêtes avec une carabine de calibre .22, dans l'unique but de s'exercer au tir. Il a visé des caribous croyant que ses balles ne les tueraient pas.
La défense et la Couronne ont d'abord suggéré une peine de détention de quatre mois pour ce carnage de cervidés, et pour d'autres accusations de vol de véhicule tout-terrain (VTT), d'introduction par effraction, de possession d'outils de cambriolage et de bris de conditions.
Le « chasseur » est entré illégalement sur le terrain du camp de jour pour jeunes SAJO afin de voler le VTT, et se rendre à la chasse, au Parc Oméga.
« Mon client a expliqué aux policiers qu'il pensait que cela ne leur faisait rien, que ça ne blessait pas les (caribous), a expliqué Me Romain Goyard au juge Richard Laflamme. Il a tiré sur l'un d'eux et s'est rendu compte qu'il est tombé. Dès qu'il s'en est rendu compte, il s'est en allé. »
La procureure de la Couronne, Me Isabelle Michaud, a décrit une proposition commune de quatre mois. « Ce n'est pas une infraction avec laquelle on aura affaire souvent dans notre carrière. (...) C'est tellement hors-norme, tellement ridicule, mais choquant », a commenté Me Michaud, « particulièrement troublée ».
Les deux parties s'entendent pour dire que la vie d'aucun humain n'a été mise en danger par la folie de l'accusé.
Douilles et traces
Le juge Laflamme a rejeté l'offre de quatre mois de détention, et a ordonné une peine de six mois pour les tirs de carabine, et trois mois consécutifs pour les autres chefs d'accusation.
« C'est une infraction très stupide, mais est-ce qu'on peut parler d'une infraction très grave ? », a demandé Me Goyard, avant la sentence.
La Couronne a sensiblement tenu les mêmes propos. « M. Larocque était sur une 'dérape' de consommation de stupéfiants », a expliqué Me Michaud.
L'accusé a expliqué aux policiers qu'il était sous l'influence de l'amphétamine (speed) et qu'il n'avait pas dormi depuis quatre jours, lorsqu'il s'est rendu au Parc Oméga.
La défense a souligné « l'absence de préméditation et de professionnalisme » de l'individu.
Un employé du parc touristique a remarqué qu'une bête était morte et que quatre autres étaient blessées, dans les heures qui ont suivi la chasse improvisée. Les policiers ont trouvé les douilles sur le site, et ont suivi les traces de VTT, ce qui les a menés à M. Larocque. Les quatre autres bêtes n'ont finalement pas survécu au carnage.
Autant les avocats que le magistrat ont qualifié ces événements de peu banals. Pour le Parc Oméga, la perte des caribous est évaluée à 20 000 $.
Le juge Laflamme ne s'est pas laissé attendrir par l'état second de l'accusé, au moment où il avait les caribous dans sa mire. « Quatre-vingts pour cent des crimes sont commis sous l'effet de la drogue ou de l'alcool, a-t-il rappelé. On ne peut toujours absoudre des gens parce qu'ils étaient intoxiqués.»
Le détenu a fait savoir qu'il voulait régler son problème de toxicomanie.
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