« L'espace public nous échappe, renchérit la professeur titulaire de l'Université d'Ottawa. Les gens ont de plus en plus peur de la sphère publique de la société et ils auront encore plus tendance à vouloir se créer des forteresses à partir de leur résidence, d'où ils vont commander leur épicerie, les films qu'ils veulent voir, etc. Un événement tragique comme celui d'Aurora, ou comme la fusillade récemment survenue au Centre Eaton de Toronto, équivaut à une perte d'innocence et de liberté supplémentaire, à une maille défaite de plus dans notre tissu social. C'est une autre blessure dans notre rapport avec les autres. »
La vitesse à laquelle circule l'information et la standardisation des banlieues sont autant d'éléments qui nourrissent également l'impact d'un tel drame sur la psyché collective.
« Ce qui faisait partie des probables relève maintenant des possibles, soutient Diane Pacom. Je suis persuadée que plusieurs personnes se questionneront sur leur sentiment de sécurité la prochaine fois qu'ils iront au cinéma, parce l'endroit où a eu lieu la tragédie ressemble à n'importe quel cinéplex érigé dans nos banlieues d'Ottawa-Gatineau. »
La recherche d'un bouc émissaire
Quant aux rapprochements entre le responsable de la fusillade d'Aurora et l'un des personnages de Dark Knight Rises qui pullulent sur le Web (port d'un masque, usage de bombes lacrymogènes, etc.), ils s'avèrent aussi inévitables qu'ils demeureront stériles s'ils ne provoquent pas « une réflexion collective », sur notre rapport à l'art autant qu'aux nouvelles technologies, au port des armes et à l'encadrement de la violence, selon elle.
« Nous avons tous le réflexe d'aller au plus évident, de chercher un bouc émissaire quand survient un drame de la sorte, fait valoir la sociologue. Certes, il y a un accroissement de la violence dans la culture populaire, et particulièrement dans les jeux vidéo et les films. Hollywood sera donc pointé du doigt. La censure ne s'avère toutefois pas une solution au fait que notre société est fascinée par l'horreur. Peut-être parce que nous vivons des existences trop confortables ? Il s'agit d'un problème social global. »
Plus de détails dans l'édition du 21 juillet ou sur ledroitsurmonordi.ca