La longue cavale de l'homme de 29 ans, soupçonné du meurtre et du démembrement de l'étudiant chinois Lin Jun le 24 mai dernier dans le quartier Côte-des-Neiges, a connu son dénouement à 18h49 précises sur le tarmac de l'aéroport de Mirabel - loin des regards des curieux, mais sous les flashs des caméras. Magnotta avait quitté Berlin à bord d'un Airbus Polaris des Forces armées canadiennes peu après 11 h (heure de Montréal), encadré par six enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
« Le vol s'est très bien déroulé. Il n'a pas fait de demande particulière », a indiqué le commandant Ian Lafrenière, qui patientait près de la piste en compagnie de dizaines d'agents de plusieurs corps policiers.
Procédures « particulières »
Luka Rocco Magnotta, qui a été arrêté le 4 juin dans un cybercafé de Berlin après une traque de 10 jours, était attendu de pied ferme à Mirabel. Des dizaines de véhicules du SPVM étaient sur place, ainsi que des voitures de la Sûreté du Québec et de la sécurité aéroportuaire. Magnotta a été accueilli par des hommes lourdement armés à sa sortie de l'avion. « C'est une procédure particulière pour une personne particulière », a précisé le commandant Lafrenière. « On voulait avoir l'accusé à Montréal. Heureusement, on a pu le ramener à bord d'un vol qui était sécuritaire et d'une façon qui était rassurante pour tout le monde, sans d'autres personnes à bord. »
Le départ d'Allemagne du présumé tueur a été confirmé en matinée par le ministre de la Justice du Canada, Rob Nicholson, mais le choix de l'aéroport d'arrivée n'a été connu qu'à la toute dernière minute. « Il a été sélectionné pour des raisons techniques et de sécurité », a expliqué Ian Lafrenière.
Après s'être posé, l'imposant appareil gris métallique qui transportait le prévenu a fait un long tour de piste pour s'arrêter derrière un hangar. Une quinzaine de véhicules ont ensuite lentement roulé vers la piste pour récupérer le suspect.
Magnotta, menotté et vêtu d'un chandail vert et de pantalons noirs, a été installé dans une camionnette rouge aux vitres teintées. Il a été conduit vers le Centre opérationnel Nord du SPVM, rue Crémazie, sous la garde d'une importante escorte. C'est là qu'il a été interrogé par les enquêteurs montréalais. Rappelons que la tête de la victime n'a toujours pas été retrouvée.
Comparution aujourd'hui
L'homme originaire de l'Ontario doit comparaître cet après-midi. Aucune hypothèse n'est encore écartée, mais il est probable qu'il comparaisse par vidéoconférence afin de limiter ses déplacements dans les rues de la métropole. Il fera face à au moins cinq chefs d'accusation, dont ceux de meurtre prémédité et d'outrage à un cadavre. « Ça pourrait être appelé à changer », a précisé le commandant Ian Lafrenière. S'il n'a toujours pas d'avocat (il n'en avait pas demandé à sa sortie de l'avion), l'accusé aura droit à l'aide juridique.
Jointe par La Presse, sa mère Anna Yourkin a refusé de confirmer si elle serait présente lors de la comparution de son fils. Elle n'a pas souhaité commenter son retour au pays. Elle était toujours à Peterborough, en banlieue de Toronto, hier soir.
Les proches de Lin Jun sont quant à eux soulagés de voir que l'homme soupçonné d'avoir tué leur ami sera enfin jugé. « Nous attendons impatiemment les résultats », a déclaré l'un d'eux.
À Ottawa comme à Montréal, on s'est félicité du retour d'un des hommes les plus recherchés de la planète en sol canadien. « Notre gouvernement a travaillé en étroite collaboration avec le SPVM, le Service des poursuites pénales du Québec et les autorités allemandes afin d'obtenir l'extradition de M. Magnotta de l'Allemagne, de même que son renvoi rapide vers le Canada », a affirmé le ministre Nicholson par voie de communiqué.
« Il y a eu une excellente coopération et nous sommes satisfaits que le suspect dans ce dossier ait décidé de revenir volontairement au Canada pour que cette affaire puisse suivre son cours le plus vite possible », a ajouté Vic Toews, ministre de la Sécurité publique. Même son de cloche au SPVM.