Direction des services en français: des statistiques jugées «artificielles»

Une procédure permet à la Ville de « dégonfler... (Archives, Le Droit)

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Une procédure permet à la Ville de « dégonfler artificiellement » les statistiques et de se targuer ensuite d'avoir un meilleur bilan sur la place publique.

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La Direction des services en français (DSF) de la Ville d'Ottawa reconnaît que des plaintes déposées par des citoyens peuvent être regroupées, une pratique qui indigne des citoyens n'ayant pas tardé à réagir au lendemain du dévoilement du rapport annuel de l'organisation.

Une telle procédure permet à la Ville de « dégonfler artificiellement » les statistiques et de se targuer ensuite d'avoir un meilleur bilan sur la place publique, déplore Anne Lévesque, qui a récemment déposé des plaintes au sujet de deux cours distincts offerts au Centre communautaire Côte-de-Sable. 

Dans le premier cas, elle déplorait le fait qu'un cours de T-ball auquel est inscrit son fils était simultanément offert dans les deux langues et que conséquemment, les entraîneurs se sont adressés aux enfants uniquement en anglais durant les 10 premières minutes. Dans le second cas, l'instructrice du cours de danse de sa fille parlait régulièrement l'anglais, l'une des élèves étant anglophone, même si le cours était censé être dispensé dans la langue de Molière.

Après que la DSF lui ait répondu que ses plaintes allaient être regroupées car elles traitaient du même endroit et du même sujet (consignes offertes en anglais), l'Ottavienne a demandé à deux reprises que ses plaintes soient traitées et comptabilisées individuellement, selon un échange de courriels obtenu par Le Droit. Elle prétend ne pas avoir reçu de réponse à sa question par la suite. 

« Elles ont été regroupées sans mon consentement. Même si c'est peut-être plus facile à des fins administratives, ces plaintes devraient être calculées séparément car ce sont deux incidents différents où un droit est miné. C'est un peu suspect comme façon de faire », lance la Franco-Albertaine, ajoutant que le processus de dépôt d'une plainte devrait être simplifié. Selon elle, la Ville devrait s'inspirer du Commissaire aux services en français de l'Ontario et mettre la marche à suivre plus en évidence sur son site web.

Rappelons que le nombre de plaintes déposées à la DSF a chuté de 72 % en 2016, passant de 83 à 23, selon le rapport annuel.

Un ex-citoyen de la capitale qui souhaite garder l'anonymat déplore lui aussi que plusieurs de ses plaintes aient été regroupées, ces dernières années.

« C'est difficile de savoir si c'est une stratégie pour diminuer le nombre de plaintes ou encore une manière de contrebalancer le fait qu'il y a eu une hausse drastique en 2014, nous n'avons pas de preuve, mais c'est une pratique à dénoncer, car c'est clair que ça diminue leur nombre par rapport à la réalité », dit-il, s'interrogeant du même coup sur le nombre de plaintes jugées non recevables. 

La professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l'Université d'Ottawa, Linda Cardinal, qualifie le jumelage de plaintes de « démarche un peu mesquine qui ne donne pas une vision juste de la situation ».

La gestionnaire des services en français de la Ville d'Ottawa, Michèle Rochette, réplique que le processus de plainte n'a pas été modifié et qu'aucune plainte n'a été regroupée en 2016, tout en précisant que ça demeure possible.

« Lorsqu'une même personne soumet plusieurs plaintes concernant le même établissement ou programme/service et que celles-ci découlent du même événement ou de la même série de transactions dans un court laps de temps, la DSF peut les regrouper et les traiter comme une seule et unique plainte. Si nous recevons des plaintes de plusieurs personnes sur le même sujet, nous comptabilisons toujours ces plaintes individuellement », a-t-elle indiqué.




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