Le chercheur veut cartographier notre parlure

Si on grandit à Québec plutôt qu'à Montréal... (Archives, Le Soleil)

Agrandir

Si on grandit à Québec plutôt qu'à Montréal ou Gatineau, certains mots ou expressions seront inévitablement prononcés différemment.

Archives, Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Québec dit « balène », Montréal, « balêne ». Entre la capitale et la métropole québécoise, on se chicane aussi la prononciation de « poteau ». D'ici un an, espère le chercheur et linguiste André Thibault, un atlas réunira tous ces régionalismes, dans une cartographie complète du français en Amérique du Nord.

Né au Québec, le professeur de l'Université Paris-Sorbonne compile actuellement les réponses de plus de 3 500 internautes sur les mots propres à leur région, de Vancouver à Moncton, et du Yukon à la Louisiane.

Ses résultats préliminaires, publiés sur le site le francaisdenosregions.com, « a créé un buzz sur les médias sociaux », dit-il. Plusieurs ont partagé le lien conduisant au billet portant sur l'utilisation du mot espadrille dans le nord de l'Amérique.

Le professeur de l'Université Paris-Sorbonne André Thibault s'est... (Courtoisie) - image 2.0

Agrandir

Le professeur de l'Université Paris-Sorbonne André Thibault s'est intéressé récemment au français régional européen et antillais. En 2016, sa curiosité l'a amené au nord du continent américain, où il veut recueillir des données sur les préférences phonétiques, grammaticales et lexicales. L'expression du jour est celle qui désigne les chaussures du sport. Histoires et origines des shoe-claques. (Propos recueillis sur francaisdenosregions.com, auprès d'André Thibault.)

Courtoisie

« Je suis particulièrement content de la participation des Ontariens », se réjouit M. Thibault, spécialisé dans les régionalismes en Europe, et dans les Antilles francophones. Il ajoute que le français des Antilles est assez près du français du Québec et de régions limitrophes à la Belle Province.

Son questionnaire en ligne compte une quarantaine de mots ou d'expressions. « Chaque région a ses mots particuliers ».

Les Canadiens utiliseraient de plus en plus de mots communs, tout en conservant des expressions bien à eux. « C'est le système scolaire qui fait cela », selon lui. Des mots « standardisés » sont davantage répandus qu'il y a quelques décennies, comme, par exemple, le mot « espadrille ».

M. Thibault invite les francophones d'Amérique à répondre à son questionnaire, afin de rendre ses cartes toujours plus précises.

De l'origine des espèces (des shoe-claques)

Le professeur de l'Université Paris-Sorbonne André Thibault s'est intéressé récemment au français régional européen et antillais. En 2016, sa curiosité l'a amené au nord du continent américain, où il veut recueillir des données sur les préférences phonétiques, grammaticales et lexicales. L'expression du jour est celle qui désigne les chaussures du sport. Histoires et origines des shoe-claques.

Propos recueillis sur francaisdenosregions.com, auprès d'André Thibault

  • Runnings
  • Ce mot désigne en anglais, selon l'Oxford English Dictionary, «each of a pair of shoes worn or designed to be worn while running». Attesté depuis 1914 en français canadien, il est très diffusé dans la grande région montréalaise (où son pourcentage d'emploi déclaré peut atteindre 100%) et en Abitibi, mais atteint également une forte proportion de locuteurs en dehors de sa zone d'origine, comme en Gaspésie. Il a toutefois beaucoup reculé ces dernières décennies devant espadrille, en particulier en Ontario.

  • Shoe-claques
  • Shoe-claques, mot hybride combinant un élément d'origine anglaise (shoe, soit chaussure) à un élément d'origine française (claque, un couvre-chaussure en caoutchouc), peut-être parce que les chaussures de sport se caractérisent par leur semelle en caoutchouc. Ce mot attesté depuis 1909 au Québec est clairement représentatif de l'est de la province, mais par rapport aux données de 1980, il a clairement reculé dans certaines régions, au profit d'espadrille au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou de runnings en Gaspésie. Son pourcentage d'utilisation ne dépasse d'ailleurs jamais les 55%.

  • Sneakers ou sneak («snik»)
  • En anglais, sneak (ou sneaker) désigne, selon l'Oxford English Dictionary «a soft soled, noiseless slipper or shoe». En fait, c'est le mot largement utilisé dans toute la Nouvelle-Angleterre pour désigner «the shoes we wear to the gym», le reste des États-Unis préférant «tennis shoes». C'est certainement de là qu'il se sera exporté aux régions voisines que sont les Cantons-de-l'Est (au Québec), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Les pourcentages ne dépassent jamais 55%.

  • Espadrilles
  • Dans les années 1970-1980, l'utilisation du mot «espadrilles» représentait quelques points à peine. Les résultats de la plus récente enquête montrent des pourcentages d'usage déclaré très élevés en moyenne sur la plus grande partie du territoire, même là où d'autres types le concurrencent. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, où shoe-claques régnait autrefois presque sans partage, est maintenant devenu un véritable bastion d'espadrilles (90%), mais ce dernier se défend aussi très bien dans la grande région de Québec, en Acadie ainsi qu'en Ontario. Les provinces de l'Ouest canadien n'échappent pas à cette tendance, bien au contraire. Au Manitoba par exemple, près de 87% des répondants utilisent espadrille, ne laissant que des miettes aux autres dénominations. Quant à la Saskatchewan et à l'Alberta, les pourcentages atteignent ou dépassent 60%.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer