Message d'un commissaire à l'autre, une «refonte majeure» s'impose

«Alors qu'on s'apprête dans trois ans à célébrer... (Simon Bigras, Collaboration spéciale)

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«Alors qu'on s'apprête dans trois ans à célébrer le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, c'est peut-être le temps pour mon successeur de faire une refonte majeure de la loi», a déclaré le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, lors d'une rencontre éditoriale avec LeDroit.

Simon Bigras, Collaboration spéciale

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Paul Gaboury
Le Droit

Après dix années en poste, le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, s'apprête à passer le flambeau à son successeur en octobre prochain, en lui envoyant un message pour une réforme majeure du cadre législatif et réglementaire actuel.

« Alors qu'on s'apprête dans trois ans à célébrer le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, c'est peut-être le temps pour mon successeur de faire une refonte majeure de la loi », a déclaré le commissaire Fraser lors d'une rencontre éditoriale avec LeDroit.

Après une longue carrière de 35 ans comme journaliste, le commissaire Fraser n'a d'ailleurs jamais hésité pendant ce long mandat à reprendre la plume pour remettre les pendules à l'heure, souvent dans des médias du Canada anglais.

« Il y a des gens qui résistent encore, a raconté le commissaire Fraser. Mais il est presque impensable maintenant de voir des graffitis sur des affiches bilingues du gouvernement fédéral. Les attitudes ont changé. »

Une autre étape

À son arrivée en poste, il était question au commissariat de resserrer le cadre réglementaire, a expliqué M. Fraser. 

« Mais j'avais le sentiment qu'il aurait été difficile de faire accepter de tels changements par le gouvernement conservateur. On a vu ce qui est arrivé avec l'environnement. Alors, j'ai décidé de prendre l'approche de persuasion et de promotion, plutôt que des pouvoirs, pour faire avancer les choses », a expliqué le commissaire Fraser.

Son dernier rapport qui porte sur 33 institutions et ministères fédéraux démontre qu'il y a encore du travail à faire. Son rapport spécial sur Air Canada, le deuxième du genre produit dans l'histoire du Commissariat, a créé une « onde de choc » en recommandant notamment des amendes pour forcer le transporteur à respecter ses obligations linguistiques. 

« Selon mon expérience, ça prend du leadership à tous les niveaux pour affirmer que le bilinguisme est un élément clé de notre identité nationale, même si on ne parle pas l'autre langue officielle », souligne M. Fraser.

C'est lui qui a eu à surveiller que le « rêve » de l'ex-député fédéral et sénateur aujourd'hui décédé Jean-Robert Gauthier se réalise, celui de rendre exécutoire la partie VII de la Loi sur les langues officielles en obligeant les institutions fédérales à prendre des « mesures positives » pour assurer la vitalité des communautés linguistiques minoritaires. 

« La loi ne définit pas les mesures positives, il y a donc eu une période d'ajustement, dit-il. Je me souviens être arrivé en poste peu après l'annonce de l'abolition du programme de contestation judiciaire et d'avoir négocié, avec la FCFA (NDLR: Fédération des communautés francophones et acadiennes), cette entente hors cour ayant permis de maintenir un programme d'appui aux causes linguistiques. Sans amendement à la partie VII, cette entente hors cour aurait été inimaginable. » 

Plusieurs interventions directes et coups de téléphones auprès de dirigeants lui auront permis de faire des avancées, parfois petites, parfois importantes. Le « manuel » pour le bilinguisme lors des cérémonies des Jeux olympiques en est un exemple. La cause l'opposant à Radio-Canada a parfois, malgré un revers, permis des « changements de comportement ».

« De nouvelles obligations ont été insérées dans le renouvellement de licence par le CRTC. Grâce à notre intervention, il y a 15 h de nouvelles par semaine à la station de Windsor ».

À la retraite, le commissaire Fraser souhaite faire quelques voyages, et verra après pour le reste. Mais l'écriture ne devrait pas être finie pour celui qui, en 2006, publiait le livre Sorry, I Don't Speak French.

Sa succession

Le travail du comité de sélection pour lui trouver un successeur est déjà amorcé, et le poste sera bientôt affiché. « Je pense que le principe de l'alternance anglophone-francophone est valable pour le poste de commissaire. Il n'y a pas de doute qu'il y aura beaucoup d'intéressés. J'ai espoir que ce sera un processus équitable et rigoureux qui va permettre de choisir le meilleur candidat. »

Médias francophones

Le commissaire Fraser devrait déposer un rapport d'enquête sur la survie des journaux francophones en milieu minoritaire avant de quitter son poste. Tenu au secret, il n'a pas voulu discuter de l'ébauche de ce rapport, rappelant quand même que les journaux font face à un virage technologique. L'ancien journaliste reconnaît qu'ils jouent un rôle essentiel pour la vitalité des communautés minoritaires de langue officielle.

L'immigration

L'arrivée des immigrants pose un défi de taille pour les communautés minoritaires francophones partout au pays, différentes les unes des autres. Le commissaire Fraser s'est dit impressionné par l'engagement du gouvernement à relever le défi. « Un des problèmes, c'est qu'un immigrant qui souhaite trouver un emploi à Saint-Boniface va devoir parler anglais, à moins, par exemple, d'être professeur dans une école », souligne M. Fraser.

Ottawa, ville bilingue

S'il appuie sans réserve l'idée qu'Ottawa soit déclarée « ville bilingue », le commissaire Fraser souligne que cette reconnaissance suscite une perception différente selon que l'on parle des obligations d'Ottawa comme capitale du Canada, ou pour l'offre de services en français offerts par la ville à ses citoyens.

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