Ottawa bilingue: la valse-hésitation d'Andrew Leslie

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«On doit aussi se demander quelles sont les implications (du bilinguisme officiel) dans les autres secteurs de la ville d'Ottawa, a lancé Andrew Leslie. On pourrait peut-être commencer ici? C'est une idée.»

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Le député fédéral d'Orléans, Andrew Leslie, se sent investi d'une mission: celle de «protéger les droits des Franco-Ontariens». Car, dit le militaire devenu politicien, ils ont été nombreux à voter pour lui le 19 octobre dernier. Mais aussi, M. Leslie dit croire fermement qu'il a la responsabilité de protéger la «masse critique» de francophones qui donne à Orléans son caractère distinct. LeDroit a rencontré le whip en chef du Parti libéral du Canada dans son bureau de circonscription, boulevard Centrum.

Les partisans du mouvement pour le bilinguisme officiel de la Ville d'Ottawa se sont réjouis lorsqu'Andrew Leslie a été élu. Et pour cause: ce dernier avait affirmé durant la campagne électorale qu'il interpellerait directement le maire d'Ottawa Jim Watson pour le faire changer d'avis.

Car c'est à ce dernier que revient, en fin de compte, la décision d'emprunter la voie du bilinguisme officiel. Pour l'instant, sa réponse a toujours été la même: non, ce n'est pas nécessaire, la politique de bilinguisme dont s'est dotée la ville il y a plus de 10 ans fonctionne très bien, répète-t-il en substance.

Aujourd'hui, M. Leslie fait marche arrière et tient des propos beaucoup plus nuancés, tout en se représentant encore en «champion» de cette cause. Il rappelle que le bilinguisme officiel sera décidé à la table des conseillers de la Ville d'Ottawa, et qu'il n'a pas l'intention de faire pression sur qui que ce soit. Le gouvernement fédéral, en bref, n'a pas à imposer sa vision.

«Oui, je serai un champion de la cause du bilinguisme officiel à Ottawa. Ça doit commencer avec la Ville d'Ottawa et on doit travailler avec les conseillers municipaux pour établir les conditions pour développer un consensus», dit-il.

M. Leslie admet que la Politique de bilinguisme de la Ville d'Ottawa ne va pas assez loin. Elle n'assure pas, selon lui, l'égalité des chances entre les francophones et les anglophones de la circonscription qu'il représente. Il rappelle avec fierté qu'Orléans est l'une des circonscriptions les plus bilingues de l'Ontario, «à 55 ou 60%», expose-t-il.

Implications politiques et économiques

Mais le député tempère aussitôt. Il se questionne sur les implications politiques et économiques qu'entraînerait l'officialisation du statut bilingue de la Ville d'Ottawa.

«Oui, je serai un champion de la cause du bilinguisme officiel à Ottawa. Ça doit commencer avec la Ville d'Ottawa et on doit travailler avec les conseillers municipaux pour établir les conditions pour développer un consensus.»

Andrew Leslie
député d'Ottawa-Orléans

«La première chose à faire est de savoir exactement ce que le bilinguisme veut dire et quelles sont les conséquences sur la Ville et la province; les coûts, les responsabilités des différents paliers de gouvernement.»

En attendant un consensus à la table du conseil municipal, M. Leslie croit qu'Orléans doit servir en quelque sorte de laboratoire. Il est donc possible, selon lui, d'améliorer les services en français à Orléans en travaillant en partenariat avec des organismes communautaires. Il dit d'ailleurs avoir eu «des dizaines de rencontres» avec ces groupes depuis qu'il a décidé de se lancer en politique.

Cette approche aurait toutefois le défaut de créer une asymétrie dans la prestation des services en français à l'échelle de la Ville d'Ottawa. Les droits des francophones d'Orléans pourraient être, en somme, mieux protégés que ceux d'autres secteurs, convient M. Leslie. Ce dernier n'y voit pas d'inconvénient.

«On doit aussi se demander quelles sont les implications (du bilinguisme officiel) dans les autres secteurs de la ville d'Ottawa. On pourrait peut-être commencer ici? C'est une idée.»

Le train léger jusqu'au chemin Trim

En campagne électorale, tous les candidats se sont engagés à débloquer les fonds nécessaires pour que la seconde phase train léger se rende jusqu'au chemin Trim plutôt qu'à la Place d'Orléans. Andrew Leslie est confiant que cette promesse ne tombera pas à l'eau, grâce au plan libéral d'investir massivement dans les infrastructures.

«C'est mon travail d'assurer qu'on n'arrête pas à Place d'Orléans. Ça va prendre quelques mois pour établir un consensus (avec les autres élus et son gouvernement). La bonne chose, c'est qu'on a deux ans pour y arriver», fait-il valoir.

Créer des emplois bilingues

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Patrick Woodbury, Archives LeDroit

À l'heure de pointe en semaine, des dizaines d'autobus font la boucle du centre-ville d'Ottawa à Orléans, vides dans un sens et pleins à craquer dans l'autre. «Il faut du trafic dans les deux sens», martèle M. Leslie.

Ce dernier compte sur le fait que le gouvernement fédéral veut délocaliser du centre-ville un certain nombre de fonctionnaires pour attirer un ministère et ainsi créer de l'emploi. Ce serait aussi une façon de consolider la masse critique de francophones d'Orléans, espère l'élu.

«Si on peut avoir quelques milliers de fonctionnaires qui viennent travailler dans un environnement francophone, ça va assurer que la proportion de francophones ne diminue pas, prétend-il. Ce sera mon rôle d'en démontrer le bien-fondé pour convaincre (le gouvernement) de choisir Orléans.»

Le point tournant de la campagne

Doubler le NPD à gauche. Il s'agit, selon l'élu d'Orléans, d'un des points tournants majeurs de la dernière campagne électorale.

M. Leslie raconte que le moment du dépassement a été choisi par Justin Trudeau.

«Il attendait que Tomas Mulcair (le chef du NPD) se commette au déficit zéro. Nous savions que ce n'était pas réaliste. Et nous l'avons laissé répéter son message pour deux, trois jours et paf!, on a été en mesure de présenter notre plan sur les infrastructures. C'est M. Trudeau qui a décidé du moment de notre annonce. Et je pense que ça a changé la donne. Il attendait que M. Mulcair fasse cette erreur et il était très confiant qu'il allait la commettre.»

Un rôle moins important que prévu

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Avec sa longue feuille de route, Andrew Leslie était en droit de s'attendre à se faire offrir un poste de ministre. Justin Trudeau a plutôt choisi de lui donner un rôle différent: celui de whip en chef du gouvernement.

Ce poste est généralement accordé à un élu ayant une fine connaissance de la procédure parlementaire. L'ex-militaire a d'autres qualités lui conférant le profil de l'emploi, assure-t-il, sourire en coin. Le whip est responsable de faire respecter la ligne de parti et gère le temps de parole des députés.

Est-il déçu d'avoir été écarté du cabinet? «Je suis un bon soldat. Je l'ai toujours été. Je ferai tout ce que mon chef me demande. C'est l'attitude appropriée. J'aborde (mon rôle) avec énergie et enthousiasme pour faire le travail», dit-il d'un trait.

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