400 ans de présence francophone en Ontario

Le curé Labelle: le Roi du Nord

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Hugues Théorêt

L'auteur est chercheur en histoire canadienne. Il prononce des conférences et écrit sur le sujet. Il a aussi travaillé sur des séries documentaires télévisées. En parallèle, il poursuit des études doctorales en histoire à l'Université d'Ottawa.

Le Droit

En Ontario comme au Québec, le champion de la colonisation francophone est sans contredit le curé Antoine Labelle.

Sous sa soutane, l'homme cache une armoire à glace qui mesure 1 m 80 cm et pèse 140kg. Au-delà de sa charpente digne des églises de l'époque, le curé Labelle se croit investi d'une mission providentielle visant à peupler le «nord» pour freiner l'exode des Canadiens français vers les États-Unis. La prospérité de son royaume, Labelle l'attend dans l'exploitation de ses ressources agricoles et minières, ses manufactures, dans le commerce et le tourisme. Dans une lettre du 19 avril 1887, il confirme ses projets de colonisation: «il faut enlever aux protestants les comtés d'Argenteuil et d'Ottawa et les assurer pour toujours en la possession des catholiques.» Labelle fonde la société de colonisation du diocèse de Montréal. Il souhaite la création d'un nouveau diocèse dans la vallée de l'Outaouais. Il préconise aussi l'érection de l'évêché d'Ottawa en archevêché. Labelle rêve de coloniser tout le territoire compris entre Montréal et Winnipeg jusqu'à la baie d'Hudson. Ce à quoi le curé Labelle et d'autres nationalistes, comme l'abbé Lionel Groulx, rêvent, c'est d'une Amérique française dont le territoire engloberait le Québec, l'est et le nord de l'Ontario, le Manitoba, une partie des terres de l'Ouest, l'Acadie et une partie de la Nouvelle-Angleterre. Cette Amérique française verra le jour. Mais elle n'aura pas d'organisation politique. Elle sera plutôt représentée par la nation canadienne-française qui émergera au lendemain de l'Acte d'Union de 1840 et qui se développera tout au long des XIXe et XXe siècles avec plein d'obstacles et d'embûches posés sur son chemin.

Les origines de Vanier

Les origines de Vanier remontent à la fin du XVIIIe siècle, alors que le canton de Gloucester est arpenté pour la première fois en 1792. Le territoire est alors occupé par des terres agricoles et quelques Loyalistes qui ont fui les États-Unis durant la guerre d'Indépendance américaine. La construction du canal Rideau et l'essor de l'industrie du bois au cours des décennies suivantes donnent son élan à Ottawa (appelée Bytown), qui attire de nombreux travailleurs. En 1909, les trois communautés d'origine sont fusionnées pour former le village d'Eastview, où vit alors la plus grande concentration de francophones de la capitale. Élevée au statut de ville en 1912, Eastview, compte alors 3169 habitants. Elle se dote de nouvelles infrastructures telles que les premières lignes de tramway passant par l'avenue Beechwood (1921), le nouveau pont Cummings (1922), ainsi que les premières lignes d'autobus destinées au transport en commun (1923). Le chemin Montréal, dont la construction a été entreprise en 1869 grâce à un investissement de la Ottawa, Montreal and Russell Consolidated Road Company, accueille rapidement de nombreux commerces, et devient l'artère principale d'Eastview. Afin de mieux refléter la présence des francophones qui représentent alors près des deux tiers de la population, on décide en 1969 de changer le nom de la ville. Eastview devient Vanier, en l'honneur du premier gouverneur général canadien-français, Georges-Philéas Vanier.

Le fromage St-Albert: une institution à l'est d'Ottawa

Le fromage St-Albert est devenu un symbole fort de l'Est Ontarien. À l'image des Franco-ontariens, ce produit de très haute qualité a surmonté plusieurs embûches au fil des ans. Dès la fin du XIXe siècle, les maîtres fromagers d'un charmant village de l'Est ontarien fabriquaient un Cheddar le St-Albert. Le président fondateur, Louis Génier, et ses neuf partenaires ne pouvaient deviner, le 8 janvier 1894, que leur petite fromagerie allait façonner l'histoire de toute la communauté et devenir une véritable institution. À l'époque, les fromageries de rang sont chose courante et celle de St-Albert est inscrite comme étant la Fromagerie #743 et enregistrée sous le nom «The St-Albert Co-Operative Cheese Manufacturing Association», avant même que naisse le célèbre mouvement coopératif Desjardins (en 1900). Cinq générations de producteurs laitiers et d'artisans développeront et maintiendront la tradition de qualité des fromages de la coopérative. Le 3 février 2013, les installations de la Fromagerie St-Albert sont complètement détruites par un incendie. Le 3 février 2015, la Fromagerie St-Albert renaît de ses cendres. L'entreprise a reconstruit ses installations et elle a pu reprendre sa production en conservant la même qualité de ses produits. Aujourd'hui, la Fromagerie St-Albert est la seule de l'Est ontarien à être toujours en opération.

La guerre des soutanes en Ontario

Pendant le dernier quart du XIXe siècle, un conflit de frontières ecclésiastiques divise les Canadiens anglais et les Canadiens français de l'Ontario. Les diocésains d'origine irlandaise n'aiment pas à être soumis à un évêque canadien-français, pas plus que les Canadiens ne digèrent la présence d'un curé irlandais. En 1870, l'érection de la province ecclésiastique de Toronto permet aux anglophones de se libérer de la tutelle de Québec. L'évêque de Toronto, John Joseph Lynch, tente d'annexer à sa province la partie ontarienne du diocèse d'Ottawa. Selon Lynch, le fait que la ville d'Ottawa se trouve en Ontario suffit à justifier ce transfert, mais il estime en plus que la capitale du pays doit avoir un évêque dont la langue maternelle est l'anglais. De plus, Mgr Lynch croit que les Irlandais sont un peuple choisi destiné à préserver et à répandre la vraie foi partout dans le monde. Le premier évêque du diocèse d'Ottawa, Mgr Eugène-Bruno Guigues, s'oppose à ce transfert en faisant valoir que la moitié des fidèles catholiques habitant la partie ontarienne du diocèse sont de langue française. Le Saint-Siège refuse d'apporter au diocèse d'Ottawa les changements réclamés par les évêques ontariens. Finalement, en 1874, Rome choisit Joseph-Thomas Duhamel pour succéder à Mgr Guigues. Mgr Duhamel est sacré en la cathédrale d'Ottawa le 28 octobre 1874. Mgr Duhamel exige que les prêtres anglophones apprennent le français et gronde sévèrement ceux qui refusent de desservir les francophones dans leur langue. En 1874, le diocèse d'Ottawa compte 60 paroisses, 80 prêtres et 100 000 fidèles. À la mort de Mgr Duhamel en 1909, le diocèse compte plus de 140 paroisses et missions, 250 prêtres et 150 000 fidèles.

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